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17 avril, 2026 - 04:10:32
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Forum Médias Chine–RDC : Kinshasa scelle une alliance stratégique de l’information et du développement

Kinshasa a accueilli, mercredi 18 mars à l’Hôtel Béatrice, la première édition du Forum Médias Chine–RDC, une rencontre d’envergure réunissant près de 200 participants issus des sphères politique, diplomatique et médiatique. Bien au-delà d’un simple cadre d’échanges, ces assises ont acté une montée en puissance de la coopération informationnelle entre les deux pays, désormais érigée en levier stratégique du partenariat global sino-congolais. Au cœur des débats : la modernisation à la chinoise, les ambitions de transformation économique de la RDC et le rôle central des médias dans la bataille des récits à l’échelle mondiale. Entre diplomatie médiatique, souveraineté narrative et lutte contre la désinformation, les différentes interventions ont convergé vers une même exigence : construire un espace informationnel crédible, structuré et capable d’accompagner les mutations économiques et géopolitiques en cours. Dans un contexte international marqué par une intensification des guerres informationnelles, Kinshasa et Pékin affichent clairement leur volonté de parler d’une voix plus audible et coordonnée.

C’est dans un contexte de redéfinition des rapports internationaux et de montée en puissance du Sud global que s’est tenue, à Kinshasa, la première édition du Forum Médias Chine–RDC. Organisé à l’Hôtel Béatrice, l’événement a rassemblé près de 200 participants, parmi lesquels des membres du gouvernement, des diplomates, des responsables d’institutions publiques et des professionnels des médias.

Placée sous le thème : « Modernisation à la chinoise et voie de développement de la RDC : exploration conjointe de nouvelles trajectoires gagnant-gagnant », cette rencontre marque une étape significative dans l’approfondissement des relations bilatérales entre Kinshasa et Pékin, en mettant en avant un pilier souvent sous-estimé : la coopération médiatique.

Dès l’ouverture, le ton a été donné : il ne s’agit plus seulement de coopération économique ou infrastructurelle, mais d’une bataille stratégique autour de l’information, des perceptions et du récit international.

Le Directeur général de l’ACP : bâtir un récit commun et structuré

Prenant la parole en premier, le Directeur général de l’Agence Congolaise de Presse (ACP), Bienvenu-Marie Bakumanya, a inscrit cette initiative dans une dynamique historique et stratégique.

« Ce moment marque l’aboutissement d’une volonté commune : celle de renforcer l’amitié et la coopération entre nos deux Nations », a-t-il déclaré, rappelant que les relations sino-congolaises, enracinées depuis l’époque de Mobutu et Mao, connaissent un nouvel élan depuis 2023 sous l’impulsion des présidents Félix Tshisekedi et Xi Jinping.

Insistant sur le rôle central des médias, il a souligné une faiblesse structurelle dans la perception du partenariat sino-congolais : « Pendant trop longtemps, le récit du partenariat sino-congolais est resté fragmenté. »

D’un côté, des investissements visibles mais insuffisamment valorisés ; de l’autre, une RDC encore perçue comme simple pourvoyeuse de matières premières.

Face à ce constat, il a appelé les médias à devenir « les architectes d’une communication » capable de refléter les retombées concrètes de cette coopération.

Le DG de l’ACP a également insisté sur la dimension opérationnelle du forum, conçu comme « un laboratoire technique » visant à mutualiser les compétences et à renforcer la présence médiatique croisée entre les deux pays.

Patrick Muyaya : la diplomatie médiatique au cœur de la souveraineté narrative

Dans son allocution d’ouverture des assises, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a livré une analyse structurée de la place de l’information dans les relations internationales contemporaines.

« Notre monde n’est plus structuré uniquement par la diplomatie politique ou par la coopération économique », a-t-il affirmé. « Il est nettement façonné par la circulation de l’information. »

Pour le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo, la coopération médiatique est désormais un instrument stratégique à part entière, au service de la crédibilité des États et de la compréhension des réalités internationales.

Son intervention a également été marquée par une mise en garde contre les manipulations informationnelles visant la RDC, notamment dans le contexte du conflit à l’Est.

Il a dénoncé « une stratégie de manipulation informationnelle » accompagnant l’agression rwandaise, évoquant un « poison rwandais » alimenté par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.

Face à cette guerre hybride, Kinshasa entend opposer « la transparence et la force de la vérité ».

« Aucun mensonge ne résiste durablement à la vérité », a-t-il martelé.

Le ministre de la Communication et Médias a ainsi défendu la notion de « souveraineté narrative », qui consiste pour un État à maîtriser son propre récit sur la scène internationale.

Enfin, il a appelé à des résultats concrets, notamment l’élaboration d’une feuille de route de coopération médiatique entre les deux pays, incluant formation, coproduction et circulation d’une information équilibrée.

Le ministre d’Etat en charge de la Justice : la lutte contre la corruption comme fondement de la confiance

Intervenant sur le thème des instruments de lutte contre la corruption, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a replacé la question de la gouvernance au cœur du partenariat économique.

« La corruption ne constitue pas qu’un simple délit financier ; c’est un poison qui s’attaque aux racines mêmes de la démocratie », a-t-il affirmé.

Il a détaillé les réformes engagées par la RDC, notamment la création du Tribunal pénal économique et financier, la mise en place de lois renforcées contre la corruption et la redynamisation d’institutions telles que la COGEBISCO.

L’objectif est clair : instaurer un climat de confiance pour les investisseurs, y compris les partenaires chinois. « En la combattant, nous améliorons le climat des affaires », a-t-il insisté.

Le ministre d’Etat en charge de la Justice a également souligné l’importance de la coopération judiciaire internationale, notamment avec la Chine, pour lutter contre les flux financiers illicites.

Enfin, il a appelé les médias à jouer un rôle actif dans cette lutte : « Vous êtes les sentinelles de cette transformation. »

Le Vice-Premier ministre de l’Économie : vers une diversification économique structurée

Le Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale a, quant à lui, orienté son intervention vers les enjeux économiques du partenariat sino-congolais.

Après un rappel de l’historique des relations bilatérales établies en 1972, il a insisté sur la nécessité pour la RDC de sortir de sa dépendance aux ressources minières.

« L’heure est aujourd’hui venue d’ouvrir un nouveau chapitre fondé sur la diversification économique », a-t-il déclaré.

Cette diversification passe par le développement de chaînes de valeur locales, notamment dans l’agriculture, le bois et les minerais stratégiques comme le cobalt.

La Chine apparaît, dans cette perspective, comme un partenaire clé, capable d’apporter expertise technologique, investissements et accompagnement industriel.

Le ministre a également mis en avant le rôle des médias comme « pont entre les peuples », capables de favoriser la compréhension mutuelle et d’accompagner les transformations économiques.

Zhao Bin : la modernisation chinoise comme opportunité pour la RDC

L’ambassadeur de Chine en RDC, Zhao Bin, a placé son intervention sous le signe de la modernisation et des opportunités.

« La modernisation à la chinoise offrira beaucoup plus d’opportunités pour le développement et le redressement de la RDC », a-t-il affirmé.

Il a évoqué plusieurs axes de coopération : agriculture, infrastructures, énergie, technologies, éducation et santé.

Pékin entend également faciliter l’accès des produits congolais à son marché, notamment à travers des initiatives commerciales et tarifaires.

L’ambassadeur a insisté sur le rôle des médias comme « pont important reliant les cœurs et les esprits », appelant à renforcer les échanges et la compréhension mutuelle.

Xinhua : consolider une voix commune du Sud global

Intervenant par visioconférence, le président de l’agence Xinhua, Fu Hua, a replacé ce forum dans une perspective historique et géopolitique plus large.

Il a rappelé les liens anciens entre la Chine et l’Afrique, tout en soulignant la montée en puissance du Sud global.

« La Chine et la RDC partagent la responsabilité de défendre les intérêts communs du Sud global », a-t-il déclaré.

Il a également insisté sur le rôle stratégique des médias dans cette dynamique, appelant à « raconter les belles histoires de la coopération bilatérale » et à renforcer la présence des deux pays dans les systèmes de gouvernance mondiale de l’information.

Une nouvelle étape dans la bataille mondiale des récits

Au terme des différentes interventions, une convergence claire s’est dégagée : la coopération médiatique n’est plus un simple volet secondaire des relations internationales, mais un pilier stratégique.

Dans un monde marqué par la désinformation, la compétition narrative et l’influence numérique, la RDC et la Chine entendent construire un espace informationnel crédible, structuré et offensif.

Ce forum apparaît ainsi comme un point de départ, appelé à se traduire par des actions concrètes : échanges de contenus, formation, coproductions et renforcement des capacités technologiques.

Au-delà des discours, l’enjeu est désormais de transformer cette ambition en résultats tangibles.

Car, comme l’a résumé un intervenant en citant un proverbe chinois : « Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. »

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