Le Dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi ne saurait, selon Kasanda Katuala Olivier, député national PEP-AAAP et membre de la majorité, devenir une tribune politique pour les groupes armés. Réagissant aux propos du cardinal Fridolin Ambongo à Assise, l’élu de Lukunga défend une distinction entre le dialogue entre Congolais et les négociations sécuritaires avec les belligérants. Il exige des acteurs soutenus par le Rwanda le dépôt des armes et un engagement de loyauté envers la République avant toute participation au processus national. « Un dialogue qui intègre les armes n’est pas un dialogue : c’est une capitulation », martèle-t-il, en défendant la ligne de Félix Tshisekedi sur la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Infos27 : Honorable Kasanda Katuala, vous avez participé samedi à la rencontre entre le Président Tshisekedi et les parlementaires de la majorité à la Cité de l’Union africaine. Comment avez-vous reçu, dans ce contexte, les propos tenus lundi par le cardinal Ambongo à Assise ?
Kasanda Katuala Olivier : Avec le respect dû à Son Éminence et à la sollicitude pastorale qui est la sienne. Le cardinal a raison de rappeler que la force militaire seule n’apportera pas la paix et que les blessures sont réelles. Mais la formule selon laquelle « un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue » inverse la réalité. Un dialogue qui intègre ceux qui tiennent encore les armes n’est pas un dialogue : c’est une capitulation. Samedi, devant nous, le chef de l’État a confirmé que le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État vise à rétablir une normalité institutionnelle. Il a annoncé l’équipe préparatoire. Il a aussi rappelé, après la création le 12 octobre à Goma du FRN par Joseph Kabila, que reprendre les armes contre le pays que l’on a dirigé pendant dix-huit ans, c’est donner une coloration congolaise à une agression dont les ressorts rwandais sont documentés. La porte est ouverte aux compatriotes. Elle n’est pas ouverte aux armes. L’ouvrir sans conditions serait précisément transformer le dialogue en monologue de l’agresseur.
Infos27 : Le cardinal parle de préalables, de lignes rouges et d’exclusions décidées d’avance. Quelle est, précisément, la condition posée ?
Kasanda Katuala Olivier : Elle est claire et, pour un pays en guerre contre un voisin agresseur, parfaitement naturelle : ceux qui sont instrumentalisés par le Rwanda doivent déposer les armes et renoncer publiquement à cette allégeance. C’est tout. Il s’agit d’exiger un engagement de loyauté à la nation congolaise avant de s’asseoir à la table des républicains. Ce n’est pas une exclusion arbitraire. C’est le minimum pour éviter la capitulation. Un dialogue qui intègre les armes n’est pas un dialogue entre Congolais : c’est la reconnaissance politique de ceux qui ont choisi de saigner leurs compatriotes et endeuiller leur nation dans le seul but d’assouvir l’appétit vorace de notre voisin agresseur. Le Président Tshisekedi n’a pas fermé la porte. Il a simplement refusé de la laisser ouverte à ceux qui continuent à nous faire la guerre.
Infos27 : Que répondez-vous à ceux qui estiment que, sans ces acteurs, le processus restera un monologue ?
Kasanda Katuala Olivier : Qu’ils confondent deux tables. Ceux qui maintiennent leur allégeance à Kigali, qui refusent de condamner l’agression et de reconnaître le coût humain de trente ans de guerre, ont un autre cadre : les négociations de Doha, pour le cessez-le-feu, le désarmement et le cantonnement. Les intégrer sans conditions au Dialogue national reviendrait à dérouler le tapis à ceux qui ont cru que la prise du pouvoir par les armes était aussi légitime que le suffrage. Ce serait une capitulation. Ce serait trahir la mémoire des millions de victimes et violer le serment de non-répétition après la passation du pouvoir pacifique de janvier 2019. Personne n’a le droit d’exiger de la République qu’elle recule après ce pas de géant. Le vrai monologue, ce serait d’accepter que ceux qui tiennent encore les armes dictent les termes du dialogue.
Infos27 : D’autres pays, y compris en Afrique, ont-ils accepté d’ouvrir sans conditions leur dialogue interne à ceux qui les agressaient ou convoitent leurs territoires et leurs richesses ?
Kasanda Katuala Olivier : Non. L’Ukraine n’a pas invité sans conditions les forces qui occupent une partie de son territoire et convoitent ses ressources à décider de son ordre constitutionnel. Elle a séparé les négociations de cessez-le-feu des discussions sur sa souveraineté. Les États baltes, après l’occupation, n’ont pas considéré comme légitime de négocier la restauration de leur indépendance avec ceux qui avaient collaboré à l’annexion. Le Koweït n’a pas ouvert de dialogue constitutionnel avec les forces irakiennes qui l’avaient envahi en 1990 au nom de revendications territoriales et pétrolières. En Afrique, l’Éthiopie, après le conflit au Tigré, n’a pas traité les forces qui avaient pris les armes et reçu des appuis extérieurs comme des partenaires égaux dans le débat sur son architecture institutionnelle sans conditions préalables de désarmement et de reconnaissance de l’unité nationale. Le Soudan du Sud, confronté à des revendications armées sur des zones pétrolières, n’a pas confondu les pourparlers de cessez-le-feu avec une table où les groupes soutenus de l’extérieur décideraient de la souveraineté. Dans chaque cas, intégrer sans conditions ceux qui tenaient encore les armes aurait été une capitulation, pas un dialogue. Nul n’a exigé de ces nations qu’elles normalisent, au nom de l’inclusivité, la présence à leur table de ceux qui venaient de les agresser avec l’appui d’un voisin.
Infos27 : En résumé, quelle ligne défendez-vous ?
Kasanda Katuala Olivier : je me répète : « un dialogue qui intègre les armes n’est pas un dialogue : c’est une capitulation ». Le Dialogue national doit rester le lieu des Congolais qui choisissent encore la République. Les autres ont d’autres tables. Nous pouvons entendre la sollicitude exprimée à Assise par le Cardinal Ambongo, mais nous ne pouvons pas, au nom de cette sollicitude, renoncer à distinguer le « dialogue des compatriotes » de la « négociation avec ceux qui ont choisi les armes et l’allégeance étrangère ». Dialoguer sans préalable de loyauté avec les supplétifs d’un voisin aux appétits hégémoniques documentés ne changera rien sur le terrain. C’est pourtant évident !! Cela reviendrait à nier que les appétits de notre voisin agresseur portent sur des terres et des richesses. La paix ne se fait pas uniquement entre amis, le cardinal a raison. Elle exige cependant que ceux qui prétendent s’asseoir à la table des compatriotes acceptent d’abord de cesser de faire la guerre à la nation. C’est ferme, c’est clair, et c’est conforme à ce que le Président a rappelé samedi devant sa Majorité.
Propos recueillis par Pitshou Mulumba

