Le procès de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, qui s’ouvre ce lundi 3 mars 2025 à la Cour constitutionnelle, dépasse le simple cadre judiciaire. Il incarne l’épreuve de vérité d’une justice souvent perçue comme sélective et impuissante face aux grands scandales financiers. L’affaire Bukanga-Lonzo, où plus de 200 millions de dollars se sont volatilisés, pose une question essentielle : la RDC est-elle enfin prête à rompre avec l’impunité ou assistera-t-on à un nouveau simulacre de reddition des comptes ?
Ce lundi 3 mars 2025, la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo rouvre un dossier emblématique, celui du scandale du projet agro-industriel de Bukanga-Lonzo. Ce vaste programme, porté sous le gouvernement de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, devait révolutionner l’agriculture congolaise et assurer l’autosuffisance alimentaire du pays. Mais au lieu d’un modèle de réussite, il est devenu le symbole du naufrage de la gouvernance et de la mauvaise gestion des deniers publics. Aujourd’hui, la justice se penche enfin sur cette affaire, en tentant d’apporter des réponses aux nombreuses interrogations qu’elle soulève.
Matata Ponyo, désormais député national élu de Kindu, se retrouve au cœur d’un dossier aux ramifications complexes. Il est accusé, aux côtés d’anciens hauts responsables comme Deogratias Mutombo Mwana Nyembo, ex-gouverneur de la Banque centrale du Congo, et l’homme d’affaires sud-africain Grobler Christo, d’avoir orchestré la disparition de plus de 200 millions de dollars américains destinés à ce projet. Un audit a révélé des irrégularités troublantes, et la justice veut désormais faire toute la lumière sur l’usage réel de ces fonds.
Mais au-delà du sort judiciaire des prévenus, c’est toute la question de la reddition des comptes qui est posée. Pendant trop longtemps, en RDC, la gestion des ressources publiques a été marquée par l’impunité et l’opacité. Des projets aux ambitions louables ont été détournés de leur objectif initial, laissant la population avec des infrastructures inachevées et des dettes colossales. L’échec de Bukanga-Lonzo en est une illustration frappante : ce qui devait être une locomotive pour l’agriculture nationale s’est transformé en gouffre financier.
Ce procès n’est donc pas seulement celui d’un ancien Premier ministre et de ses collaborateurs. Il est une épreuve pour la justice congolaise elle-même. Sera-t-elle capable d’aller jusqu’au bout et de dire le droit, en dehors de toute interférence politique ou arrangement de coulisses ? Ou assistera-t-on encore à l’un de ces feuilletons judiciaires où l’opinion publique est abreuvée de rebondissements sans enjeu véritable ?
Matata Ponyo, de son côté, clame son innocence. Il dénonce un acharnement politique et soutient que les décisions ayant conduit à l’échec du projet ont été prises après son départ du gouvernement. Ses avocats ont multiplié les recours pour contester la compétence de la Cour constitutionnelle, mais cette dernière a tranché : les faits ayant été commis lorsqu’il était en fonction, elle est en droit de juger l’affaire.
L’audience du 3 mars 2025 est donc un moment crucial. Elle doit non seulement permettre d’établir les responsabilités dans cette affaire, mais aussi donner un signal fort quant à la volonté du pays d’assainir sa gouvernance. Il en va de la crédibilité des institutions congolaises et de la confiance des citoyens envers leur justice.
La population observe. L’issue de ce procès dit si la lutte contre l’impunité en RDC est une réalité ou un simple slogan. La justice à l’opportunité d’écrire une nouvelle page, celle d’un État où les gestionnaires publics sont redevables de leurs actes. Rendons-lui ce qu’elle attend : vérité et justice, sans compromis ni calculs politiques.
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