Tandis que le Rwanda, pourtant largement mis en cause dans les crimes de masse commis à l’Est de la République démocratique du Congo, tente aujourd’hui de museler la douleur congolaise en accusant à tort les artistes congolais de « négationnisme » pour avoir prévu un concert de solidarité le 7 avril à Paris, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a opposé une mise au point cinglante. « Ce n’est pas nous les négationnistes. Ne pas reconnaître les souffrances du peuple congolais, c’est aussi faire preuve de négationnisme », a-t-il rappelé, soulignant que cette initiative citoyenne, sans lien avec le gouvernement, n’avait rien d’une provocation mais relevait d’un droit fondamental : celui d’un peuple meurtri à rendre hommage à ses victimes. Le ministre a dénoncé la tentative d’instrumentalisation politique d’une simple coïncidence de calendrier, réaffirmant que les Congolais, eux aussi, ont le droit de témoigner, de se souvenir, et d’exiger justice.
Il est des douleurs que l’on ne peut ni hiérarchiser, ni opposer. Et pourtant, une polémique inutile et blessante a surgi au Rwanda et dans certains milieux rwandais à propos d’un concert de solidarité, organisé par des artistes congolais pour les victimes de l’Est de la RDC, prévu le 7 avril 2025.
Certains sont allés jusqu’à accuser les Congolais de négationnisme du génocide rwandais, simplement parce que cette initiative, indépendante de toute manœuvre gouvernementale, coïncidait avec la date de commémoration du génocide de 1994.
Face à cette accusation grave et infondée, la réaction du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, lors d’un briefing presse tenu jeudi 3 avril, a été d’une justesse salutaire. Interrogé par Infos27 sur ces critiques, il a opposé une vérité difficile à contester : « Ceux qui disent que nous sommes négationnistes, je crains de vous reprendre : c’est eux les négationnistes. Car ignorer les douleurs innommables que subit le peuple congolais depuis plus de deux décennies, c’est aussi du négationnisme ».
Le ministre a rappelé que ce concert n’était pas une initiative de l’État, mais bien de la société civile, dans le cadre d’une dynamique nationale autour du GENOCOST, cette campagne d’appropriation mémorielle qui vise à reconnaître les crimes de masse subis par les Congolais. Et si la date du 7 avril a été retenue, ce n’est ni par provocation ni par calcul, mais simplement par coïncidence de calendrier.
Il est donc intellectuellement malhonnête et politiquement dangereux de vouloir prêter à cette démarche des intentions qu’elle ne porte pas. Le concert n’a pas pour but de nier le génocide rwandais – reconnu et condamné par le peuple congolais comme par le reste du monde. Il s’agit au contraire d’un acte de mémoire, de solidarité et de dignité, dans un pays où les plaies ouvertes par des décennies de conflits – dont les responsabilités documentées par l’ONU et de nombreuses ONG – continuent de saigner.
« Vous ne pouvez pas nous tuer, nous piller, et nous dénier le droit le plus légitime d’être solidaires avec notre population », a lancé Patrick Muyaya. Ce cri du cœur mérite d’être entendu bien au-delà des frontières congolaises.
Non, les Congolais ne sont pas des négationnistes. Ils sont des survivants. Ils sont des témoins. Ils sont des voix qui réclament justice, reconnaissance et mémoire. Et s’ils choisissent de chanter, de se rassembler, de pleurer ou de témoigner à une date qui coïncide avec une autre tragédie, cela ne doit pas être vu comme un affront, mais comme un appel : à l’humanité partagée, à l’égale dignité des douleurs, à la reconnaissance mutuelle.
Vouloir empêcher les Congolais de parler de leur drame au nom du respect d’une autre mémoire, c’est ouvrir la voie à l’injustice et au mépris. Et c’est cela, le vrai danger.
Pitshou Mulumba

