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Kinshasa
9 décembre, 2025 - 00:33:21
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Une décennie de régulation et de stabilité : la Cour constitutionnelle célèbre son enracinement

Dix ans après sa mise en place, la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo célèbre une décennie d’engagement au service de la Constitution, de la démocratie et de l’État de droit. Installée le 11 avril 2015, à la suite de la réforme ayant consacré la séparation d’avec l’ancienne Cour suprême, cette institution s’est progressivement affirmée comme un acteur central de la régulation institutionnelle. Le 4 avril 2025, dans le cadre des festivités organisées à son siège à Kinshasa-Gombe, le président de la Cour, Dieudonné Kamuleta Badibanga, a livré un discours dense et introspectif, dressant un bilan empreint de reconnaissance envers ses prédécesseurs et de fidélité à l’idéal constitutionnel. À travers cette célébration, la haute juridiction ne s’est pas contentée de faire mémoire de son parcours : elle a réaffirmé sa vocation à demeurer un socle de stabilité, un rempart contre l’arbitraire, et une vigie lucide dans un paysage politique et institutionnel souvent chahuté.

La justice constitutionnelle en République démocratique du Congo vient de franchir un cap symbolique. Une décennie s’est écoulée depuis l’installation de la Cour constitutionnelle, le 11 avril 2015, dans le sillage de la réforme ayant mis fin à l’ancienne Cour suprême. Ce vendredi 4 avril 2025, dans l’enceinte solennelle de son siège à Kinshasa-Gombe, cette haute juridiction a entamé la célébration de ses dix ans d’existence sous le thème évocateur : « Dix ans de justice constitutionnelle, bilan et perspectives ». À la tête de cette institution, le président Dieudonné Kamuleta Badibanga a livré un message dense, porteur de mémoire, de reconnaissance, mais aussi d’ambition pour l’avenir.

Une Cour devenue pilier de la démocratie

Depuis sa création, la Cour constitutionnelle n’a cessé de jouer son rôle de vigie institutionnelle, de gardienne de la Constitution et d’arbitre des conflits entre les pouvoirs. Sa vocation première, celle de garantir la conformité des lois et des actes aux normes suprêmes, s’est doublée d’une fonction profondément stabilisatrice dans l’architecture politique congolaise.

« Lubrifiant et régulateur constitutionnel », selon les mots du président Kamuleta, la Cour s’est imposée comme l’un des piliers fondamentaux de la démocratie et de l’État de droit. Elle s’est illustrée par des arrêts historiques sur des questions aussi sensibles que les contentieux électoraux, l’interprétation des textes organiques, ou encore la défense des droits fondamentaux. Ces décisions ont, à bien des égards, redéfini les équilibres institutionnels et permis d’éviter bien des impasses politiques.

Un hommage à la continuité et à l’héritage

Le président Kamuleta, dans une adresse empreinte de solennité et de reconnaissance, a tenu à saluer les efforts conjoints ayant façonné l’institution : « Aujourd’hui, en célébrant cet anniversaire, nous rendons un hommage tout d’abord à Son Excellence Monsieur le Président de la République et Magistrat suprême, qui n’a ménagé aucun effort pour la concrétisation de sa vision de l’État de droit. »

Mais au-delà des institutions vivantes, l’hommage s’est étendu aux juges d’hier et d’aujourd’hui, aux collaborateurs discrets, aux praticiens du droit, aux pionniers et bâtisseurs de l’ombre. L’évocation chaleureuse du président émérite Dieudonné Kaluba Dibwe, salué pour sa présence, a témoigné d’une volonté assumée de continuité institutionnelle. Le président Kamuleta insiste : « Depuis que je suis à la tête de cette institution, j’ai gardé la main tendue et la porte ouverte à tous ceux qui nous ont précédés. Parce que si aujourd’hui nous célébrons 10 ans, on n’aurait pas 10 ans si eux n’avaient pas commencé… »

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Une reconnaissance institutionnelle à l’endroit du président émérite Kaluba (à droite).

Ce sens de la mémoire et de la filiation institutionnelle est précieux. Dans un pays où les ruptures brutales et les réinitialisations administratives ont souvent affaibli la culture de l’État, l’exemple donné par la Cour constitutionnelle est porteur d’une espérance : celle d’un ancrage progressif de l’État dans une culture de solidité, de respect et de transmission.

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La présence des anciens juges a été honorée avec respect et reconnaissance.

Témoignages d’une décennie d’engagement
La commémoration a été également l’occasion de rendre un vibrant hommage aux magistrats ayant accompli leur mission avec loyauté et dévouement. Les juges Wasenda Corneille et Mavungu Jean-Pierre, qui ont accompli leur mandat de neuf ans, ont partagé des témoignages empreints d’humilité et de gravité. Leurs récits, riches d’enseignements, ont offert un regard intérieur sur les exigences du métier de juge constitutionnel et sur les tensions parfois extrêmes traversées dans l’exercice de leur devoir.

Ces voix, venues du cœur même de l’institution, rappellent combien la solidité d’une Cour ne repose pas seulement sur des textes, mais bien sur la probité, la discrétion, l’endurance et le sens du devoir de ceux qui l’incarnent.

Une ouverture vers le peuple

Le lancement des journées portes ouvertes à l’issue de la cérémonie a été un geste significatif. Trop souvent perçue comme une forteresse lointaine, la justice constitutionnelle s’est ici ouverte au public, aux citoyens, aux étudiants, aux justiciables. Un geste fort, symbolisant la volonté de démystifier la justice, de l’ancrer dans la vie démocratique, de la rapprocher du peuple.
Certes, les défis restent nombreux. La tentation de l’instrumentalisation politique, les lenteurs administratives, ou encore les failles dans la vulgarisation des décisions demeurent des zones d’effort. Mais la vision exposée par le président Kamuleta repose sur une lucidité apaisée. Il ne s’agit pas de nier les difficultés, mais d’y répondre par le renforcement de la culture institutionnelle :
« Il y a certaines choses que nous avons faites facilement parce qu’eux [les prédécesseurs] ont peut-être trébuché, ont souffert, ou ont été blessés. Et nous avons tiré les leçons. Si cette culture institutionnelle peut rester au sein de nos institutions surtout judiciaires, ce pays sera grand. »

C’est là tout le sens de cet anniversaire : non pas seulement se retourner vers le passé, mais s’appuyer sur lui pour mieux s’orienter vers l’avenir.

Pitshou Mulumba

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