73.18 F
Kinshasa
16 juillet, 2026 - 05:15:25
Image default
CoopérationDiplomatieFlash InfosLa une

RDC–Éthiopie : signature d’un accord-cadre pour relancer les relations bilatérales

Vingt ans de silence diplomatique balayés d’un trait de plume : en scellant un accord de coopération multisectorielle à Addis-Abeba, la RDC et l’Éthiopie rouvrent une page stratégique de leur histoire commune. Commerce, sécurité, culture, science, formation technique : cette relance tous azimuts traduit une volonté claire de peser davantage dans les dynamiques régionales africaines. Mais derrière l’effusion protocolaire, reste à prouver que cette convergence d’intérêts saura résister aux inerties bureaucratiques et aux rivalités d’influence.

Vingt ans après une rupture silencieuse mais durable, la République démocratique du Congo (RDC) et la République fédérale démocratique d’Éthiopie ont scellé, mardi 6 mai, un accord de coopération bilatérale qui marque un tournant majeur dans leurs relations diplomatiques. Signé dans la capitale éthiopienne, ce texte jette les bases d’un partenariat stratégique entre deux États africains à la recherche d’une influence accrue sur la scène continentale.

Paraphé par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État congolaise en charge des Affaires étrangères, et son homologue éthiopien Gedion Timothewos Hessebon, l’accord porte sur plusieurs axes de coopération, notamment économique, scientifique, technologique, culturel et sécuritaire. « Cet accord est un symbole fort de notre volonté commune de bâtir un avenir de coopération solide et durable », a déclaré la ministre congolaise, saluant devant la presse locale « un nouveau souffle » dans la diplomatie africaine.

Un partenariat à géométrie variable

Ce rapprochement s’inscrit dans un contexte de repositionnement stratégique des deux pays, à l’heure où les dynamiques régionales redessinent les équilibres diplomatiques sur le continent.

Pour Kinshasa, il s’agit d’amplifier son ancrage dans la diplomatie africaine, dans la droite ligne de son engagement au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Addis-Abeba, pour sa part, voit dans ce partenariat l’opportunité de renforcer ses échanges avec l’Afrique centrale, au moment où l’Éthiopie cherche à diversifier ses alliances économiques.

Selon un communiqué du ministère congolais des Affaires étrangères, les domaines de coopération identifiés concernent « l’investissement réciproque, la formation technique, les échanges culturels et l’appui à la recherche scientifique ». L’accord prévoit également l’élaboration de mécanismes de suivi bilatéraux et l’organisation de commissions mixtes annuelles.

Des ambitions régionales assumées

Au cours de sa visite officielle, Mme Kayikwamba Wagner doit rencontrer plusieurs hauts responsables du gouvernement éthiopien, avec pour objectif d’élargir encore le spectre de la coopération. Des discussions sont en cours autour de dossiers sensibles comme la sécurité transfrontalière, la lutte contre le terrorisme régional et les infrastructures de connectivité.

Un des moments forts de ce déplacement devrait être la rencontre entre la ministre congolaise et Mahmoud Ali Youssouf, nouveau président de la Commission de l’Union africaine. Cette entrevue, prévue en marge de réunions techniques, portera notamment sur la contribution de la RDC à l’intégration régionale, dans un contexte où l’Union africaine cherche à relancer sa vision panafricaine sur des bases plus pragmatiques.

Héritage panafricain et réalignement stratégique

Ce rapprochement entre Kinshasa et Addis-Abeba fait écho à une histoire commune ancrée dans les luttes indépendantistes et les idéaux du panafricanisme des années 1960. Loin de la rhétorique passéiste, le nouvel accord mise sur une convergence d’intérêts concrets et sur une volonté politique de sortir d’une logique d’isolement bilatéral. « C’est un acte de lucidité et de responsabilité géopolitique », estime un diplomate africain en poste à Addis-Abeba.
Dans un contexte continental marqué par les tensions sécuritaires, les rivalités d’influence et les repositionnements économiques, l’initiative conjointe de la RDC et de l’Éthiopie pourrait servir de modèle à d’autres rapprochements Sud-Sud sur le continent. Encore faudra-t-il que la mise en œuvre de l’accord suive le rythme des ambitions affichées.

À Addis-Abeba comme à Kinshasa, l’heure est désormais à l’action. Le retour de la RDC dans le jeu diplomatique régional, à travers ce partenariat symbolique et structurant, semble bien engagé. Reste à transformer l’essai par des projets concrets et une diplomatie de résultats.

Justin Mupanya

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus