Dans les provinces ravagées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les populations civiles subissent depuis plus de deux ans les conséquences d’un conflit d’une brutalité rare, la quête de vérité progresse à pas comptés. La visite à Kinshasa de Mme Marlene Urscheler, cheffe de la mission d’établissement des faits du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, marque une étape délicate mais décisive dans le processus d’investigation lancé par le Conseil des droits de l’homme en février dernier. À défaut de pouvoir accéder pour l’instant aux zones directement touchées, les enquêteurs entendent recueillir les témoignages des victimes en exil ou déplacées, afin de documenter les crimes commis. Entre attentes immenses et fragilité du contexte sécuritaire, le rapport prévu en septembre prochain portera les espoirs d’une justice internationale souvent annoncée, rarement concrétisée.
Alors que les violences perdurent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), la communauté internationale s’active pour documenter les exactions commises depuis plus de deux ans. Mercredi 21 mai, le ministre de la Communication et Médias, et porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a reçu en audience à Kinshasa Mme Marlene Urscheler, coordinatrice de la Mission d’établissement des faits du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH).
Cette mission, mise en place dans le cadre de la résolution A/HRC/RES/S-37/1 adoptée le 7 février 2025 lors d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme, a pour mandat d’enquêter sur les violations des droits humains commises dans l’Est de la RDC, sur une période couvrant les faits survenus entre janvier 2022 et la date de présentation du rapport. Ce dernier est attendu en septembre prochain à Genève.
« Une approche impartiale »
À l’issue de l’échange, Mme Urscheler a livré les grandes lignes du travail en cours : « Nous avons justement échangé sur les Kivu. Nous avons dialogué sur cette crise, sur la situation à l’Est du pays. Nous allons nous concentrer sur les derniers mois, mais bien sûr, il y a beaucoup d’autres éléments qu’il faut également prendre en compte », a-t-elle déclaré, soulignant l’ampleur de la tâche.
La responsable onusienne a précisé que les investigations étaient menées « de manière impartiale » et qu’elles visaient à établir les faits en toute indépendance : « Le rapport sera présenté en septembre prochain devant le Conseil des droits de l’homme », a-t-elle ajouté, sans se prononcer à ce stade sur les responsabilités engagées.
« Une véritable justice pour les victimes »
Pour sa part, le ministre Patrick Muyaya a rappelé l’attachement du gouvernement congolais à la lutte contre l’impunité et à l’accès à la justice pour toutes les victimes. « Il est impératif que chaque Congolais ayant subi des violations puisse bénéficier d’une véritable justice », a-t-il affirmé à l’issue de la rencontre, marquant la volonté de Kinshasa de coopérer avec les instances internationales dans le traitement de cette crise humanitaire et sécuritaire.
Les investigations menées par la mission sont encore en cours. Pour des raisons de sécurité, les enquêteurs ne se sont pas encore rendus dans les provinces concernées. En revanche, des opérations ont déjà été engagées dans plusieurs pays voisins, où des survivants et réfugiés congolais ont pu être interrogés. Des déplacements sont également prévus dans d’autres régions de la RDC proches de la zone d’enquête.
Consultations élargies
En marge de l’audience avec le ministre de la Communication et Médias, la délégation de l’ONU a également rencontré des représentants de la société civile congolaise, d’autres autorités nationales, ainsi que des membres de la MONUSCO et d’agences onusiennes présentes dans le pays. L’objectif : recueillir un maximum de témoignages et garantir une approche pluraliste du processus d’enquête.
Cette visite marque une étape importante dans la mise en œuvre du mandat confié par le Conseil des droits de l’homme au Haut-Commissariat. Elle intervient dans un contexte de forte pression diplomatique et de mobilisation accrue des acteurs congolais et internationaux autour de la situation dramatique à l’Est, où les forces du M23, soutenues selon Kinshasa par le Rwanda, continuent de semer la terreur parmi les populations civiles.
Le rapport attendu à l’automne devrait constituer un jalon déterminant pour documenter les responsabilités, ouvrir la voie à d’éventuelles poursuites internationales, et nourrir le plaidoyer en faveur d’une paix durable dans une région meurtrie par des décennies de conflits.
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