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17 avril, 2026 - 04:30:01
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Justice ou règlement de comptes ? Affaire des 19 millions : Mutamba refuse de plier

Pris dans la tourmente d’un présumé détournement de 19 millions de dollars, le ministre d’État Constant Mutamba choisit de contre-attaquer frontalement, brisant les codes de la réserve ministérielle pour dénoncer un « complot judiciaire ». En ligne de mire : le Procureur général Firmin Mvonde, accusé à mots à peine couverts de partialité. Derrière ce bras de fer inédit se joue bien plus qu’un simple dossier pénal : l’autorité politique face à une justice perçue comme instrumentalisée, et l’ascension risquée d’un jeune ministre décidé à faire bouger les lignes, quitte à en payer le prix fort.

L’affaire aurait pu être un simple dossier judiciaire. Elle devient, en l’espace de quelques jours, un affrontement de haute intensité entre deux piliers de l’appareil d’État. Le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Constant Mutamba, n’est pas du genre à esquiver les coups. Loin de plier sous le poids des accusations de détournement de 19 millions de dollars – fonds destinés à la construction de la prison centrale de Kisangani –, le jeune ministre riposte avec la vigueur d’un homme en croisade.

Lundi 26 mai, devant les cadres et agents de son ministère, c’est un Constant Mutamba offensif et combatif qui s’est exprimé, balayant d’un revers de main les accusations portées contre lui par le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde. « Ils ont dit que j’ai fui à partir de la Tanzanie, je suis venu les affronter », a-t-il déclaré. Plus qu’une défense, c’est une offensive assumée : « Dites-lui que je n’ai pas peur de la prison, je suis prêt. »

Un duel à ciel ouvert

Depuis le 21 mai, date de la saisine de l’Assemblée nationale par Firmin Mvonde en vue de l’autorisation d’instruction du ministre d’État, c’est un malaise grandissant qui est observé. Vendredi 22 mai, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, a annoncé la création de deux commissions ad hoc pour examiner le réquisitoire du Procureur général. Une procédure régulière sur le papier, mais qui prend, dans le contexte actuel, des allures de guerre de tranchées.

Constant Mutamba, qui se présente comme la cible d’un « complot judiciaire », contre-attaque en contestant non seulement le fond des accusations mais aussi la légitimité de celui qui les porte : « Quelqu’un qui fait l’objet d’enquêtes ne peut pas initier une action contre le ministre », a-t-il affirmé, en allusion à des dossiers présumés impliquant le procureur lui-même. Il a même interdit au secrétaire général à la Justice de répondre aux convocations de ce dernier, signal fort d’un bras de fer assumé entre le ministère et la magistrature.
Ascension contrariée ou affirmation politique ?

Nommé avec fracas, Constant Mutamba fait figure de rénovateur dans un secteur miné par les lenteurs les querelles de prérogatives. Sa volonté affichée de faire bouger les lignes se heurte aujourd’hui à ce qu’il qualifie de « résistance des maffieux ».
Mais au-delà du choc institutionnel, c’est un choix de posture que Constant Mutamba opère : celui du ministre intègre, intransigeant, qui refuse d’être sacrifié sur l’autel des règlements de comptes. Un pari risqué.

Une affaire aux résonances politiques

Dans les couloirs du Palais du peuple, plusieurs députés murmurent que le réquisitoire contre le ministre d’État pourrait avoir des motivations moins juridiques que politiques. Le moment de la procédure interroge : en pleine réforme des structures pénitentiaires et alors que Mutamba multiplie les signaux de fermeté – lutte contre la corruption, audits internes, suspension de magistrats –, cette mise en cause pourrait apparaître comme une riposte des forces conservatrices.

Le président Félix Tshisekedi, jusqu’ici silencieux, est désormais au pied du mur. Soutiendra-t-il son ministre dans cette épreuve ? Ou laissera-t-il les institutions judiciaires suivre leur cours, quitte à affaiblir une figure de proue de sa réforme de la justice ?

Quoi qu’il advienne, Constant Mutamba, en politicien habile, est bien décidé à transformer l’épreuve en tremplin, pourvu qu’il s’en sorte indemne.

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