La réponse à cette question — « Pourquoi Joseph Kabila dépêche ses hommes à Washington en catimini ? » — est simple : parce que la paix le menace plus que la guerre ne l’a jamais dérangé. Alors que les États-Unis pilotent un processus inédit visant à échanger sécurité contre minerais, avec en ligne de mire une paix durable dans l’Est de la RDC, Joseph Kabila voit se refermer la parenthèse d’une influence qu’il exerçait en coulisses, au prix du sang et de l’opacité. La présence simultanée à Washington de Moïse Katumbi, opposant déclaré de Félix Tshisekedi, et de Kikaya Bin Karubi, émissaire de l’ancien régime, alimente les spéculations sur une alliance de circonstance. Mais la manœuvre paraît tardive. En s’invitant dans une négociation où Kabila n’a plus de rôle légitime, ses hommes tentent un dernier coup de bluff diplomatique, dans l’espoir de torpiller une refondation sécuritaire qui pourrait définitivement fermer le robinet de la rente de la guerre. Car c’est bien cette paix-là, adossée à des garanties américaines, qui menace les intérêts les plus obscurs de l’ancien régime. En diplomatie comme en politique, les déplacements secrets en disent souvent long : l’ancien président joue ses dernières cartes dans l’ombre, non pour le salut du pays, mais pour préserver les ruines d’un empire personnel bâti sur l’instabilité.
Alors que Kinshasa et Kigali négocient sous l’égide des États-Unis un ambitieux accord « sécurité contre minerais », la diplomatie parallèle de Joseph Kabila se déploie dans l’ombre. L’ancien président, accusé de trahison et soupçonné de pactiser avec la rébellion soutenue par le Rwanda, tente de préserver ses réseaux et son influence. Un jeu dangereux aux relents de duplicité.
Le retour de Joseph Kabila par Goma — ville sous contrôle du M23 et de l’armée rwandaise — n’avait rien d’un simple geste politique. C’était un signal, une prise de position : l’ancien chef de l’État ne cherche plus à dissimuler ses accointances avec une région plongée dans la violence depuis deux décennies. Plus grave encore, alors que la République démocratique du Congo tente de tourner la page de cette insécurité chronique avec l’appui actif de Washington, l’homme fort d’hier active ses relais pour enrayer ce processus de paix.
La présence discrète mais significative de Kikaya Bin Karubi, l’un de ses plus proches collaborateurs, à Washington DC, en dit long sur la stratégie parallèle de l’ancien régime. Officiellement, l’émissaire de Kabila déclare vouloir « expliquer le bien-fondé de son retour en politique » et défendre sa famille politique. En réalité, tout indique une tentative de torpillage diplomatique du rapprochement en cours entre Kinshasa et les États-Unis, dans le cadre d’un accord visant à échanger stabilité régionale contre accès sécurisé aux ressources stratégiques.
Car si les États-Unis s’impliquent aujourd’hui directement pour forcer Kigali à cesser son soutien aux rebelles et garantir la paix à l’Est — en contrepartie d’une coopération accrue sur les chaînes d’approvisionnement critiques —, la manœuvre fragilise les anciens réseaux de prédation qui ont prospéré sur le chaos. Et Joseph Kabila, plus que quiconque, incarne cette ère de duplicité géopolitique, où les intérêts miniers personnels s’imbriquaient avec des compromissions sécuritaires de plus en plus visibles.
Des paiements occultes au Rwanda
Les révélations récentes de Jean-Pierre Bemba, confirmées par l’ancien vice-ministre sous Kabila, Willy Mishiki, sur les versements mensuels de 66 millions de dollars opérés par le régime Kabila au Rwanda en dehors de tout circuit bancaire officiel, prennent ici tout leur sens. Ce n’est plus seulement une rumeur : c’est un fait corroboré, un indice solide d’un pacte secret entre le régime Kabila et Kigali, dont le but semblait moins être la paix que la perpétuation d’un désordre profitable à certains.
Kabila aurait ainsi sciemment pérennisé la violence dans l’Est, permettant au Rwanda d’y maintenir une influence militaire et économique, en échange de concessions tacites ou d’avantages personnels. Une stratégie cynique et destructrice, qui expliquerait pourquoi l’ancien président a choisi de revenir par Goma, capitale informelle d’un Congo sous tension.
La diplomatie souterraine d’un homme acculé
Aujourd’hui inculpé par la Haute Cour militaire pour trahison, crimes de guerre, participation à un mouvement insurrectionnel et soutien à une armée étrangère, Joseph Kabila voit se refermer sur lui l’étau judiciaire. Son patrimoine est en voie de confiscation, un mandat d’arrêt international serait en préparation, et sa garde rapprochée, désormais composée d’ex-combattants rebelles et de soldats rwandais, ne fait qu’aggraver les soupçons.
Dans ce contexte, la mission de Kikaya Bin Karubi à Washington n’a rien d’innocent. Il s’agit de sauver ce qui peut l’être, de plaider une cause déjà condamnée, ou de négocier une forme d’immunité tacite. Mais la conjoncture internationale a changé. Les États-Unis ne misent plus sur les figures de l’ancien régime, mais sur la stabilité d’un partenaire institutionnel, incarné — malgré ses propres limites — par Félix Tshisekedi.
Une tentative de diversion ?
La présence simultanée à Washington de Moïse Katumbi, opposant de Félix Tshisekedi, et de l’envoyé de Kabila alimente aussi les spéculations sur une éventuelle alliance de circonstance. Mais la manœuvre paraît tardive. En s’invitant dans une négociation où Kabila n’a plus de rôle légitime, son entourage tente un dernier coup de bluff, dans l’espoir d’interrompre une refondation sécuritaire qui pourrait enfin mettre fin à l’instabilité de l’Est. Or c’est précisément cette paix-là, adossée à des garanties économiques et politiques américaines, qui menace les intérêts occultes de l’ancien régime.
Kabila est aujourd’hui cerné. Non par des adversaires politiques seulement, mais par les faits. Et son activisme diplomatique désespéré, mené dans l’ombre d’un processus de paix inédit, révèle surtout ce que fut sa gouvernance : une guerre entretenue pour durer, un pays bradé dans le silence, et un pouvoir exercé par procuration, depuis Kigali jusqu’aux mines du Kivu.
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