Numérisation des finances publiques, publication des marchés en ligne, lois spécifiques contre la corruption : réunis à Kinshasa le 27 juin, l’APLC, l’IDLO et le PNUD ont dressé une feuille de route ambitieuse pour moraliser les finances et les marchés publics en République démocratique du Congo.
Pari d’envergure pour une gouvernance intègre. Vendredi 27 juin, un forum multisectoriel s’est tenu à Kinshasa sous l’impulsion de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), en partenariat avec l’Organisation internationale de droit du développement (IDLO) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Objectif : rassembler parlementaires, membres du gouvernement, magistrats, représentants du secteur privé et de la société civile pour un diagnostic sans concession sur les défaillances structurelles de la gestion des finances et de la passation des marchés publics en RDC – et pour esquisser des solutions.
« Nous sommes réunis aujourd’hui pour fédérer nos forces et définir des solutions concrètes pour une compréhension commune et une action coordonnée contre la corruption », a lancé d’emblée Michel-Victor Lessay, coordonnateur de l’APLC, en ouverture des travaux.
Un système vicié à tous les étages
Le constat dressé par M. Lessay est implacable. « Le risque de corruption est indéniablement très élevé et représente un enjeu majeur pour la stabilité et le développement du pays », a-t-il déclaré, pointant du doigt une série de dérives : faible reddition des comptes, détournements de fonds, absence de sanctions, manipulations récurrentes des marchés publics, interférences politiques, et sous-financement chronique des organes de contrôle.
Il évoque aussi des dysfonctionnements plus profonds : « l’inefficacité de la détection des actes de corruption, l’opacité dans l’octroi des concessions, la gestion opaque des revenus liés aux ressources naturelles, ou encore la corruption dans les régies financières et les douanes ». Un diagnostic qui fait écho aux préoccupations des bailleurs internationaux, régulièrement critiques sur l’usage des fonds publics en RDC.
Une batterie de propositions concrètes
Face à cette situation, les participants au forum ont formulé une série de recommandations pour amorcer une transformation structurelle. Parmi les mesures phares figurent : La mise en place d’une plateforme nationale de transparence budgétaire accessible à tous les citoyens ; La publication en ligne de l’ensemble des marchés publics et de leurs bénéficiaires ; La numérisation complète des finances publiques, avec traçabilité des flux en temps réel ; L’instauration d’une déclaration obligatoire du patrimoine pour tous les agents publics, sans exception ; L’adoption d’une loi spéciale anti-corruption ainsi que d’une loi sur l’accès à l’information publique ; L’intégration de tous les logiciels publics dans une plateforme unique, et la digitalisation des processus de collecte fiscale.
Les participants ont également appelé à renforcer le rôle de la société civile, à protéger ses membres contre les intimidations, et à accorder un financement suffisant à la lutte contre la corruption – actuellement estimé à moins de 5 millions de dollars américains par an.
Vers un renforcement du contrôle parlementaire
Autre piste évoquée : le renforcement de la Cour des comptes, bras armé du Parlement dans le contrôle de la gestion publique, et la consolidation de l’indépendance de l’Assemblée nationale, afin de garantir une véritable séparation des pouvoirs. Les appels à doter le Parlement de moyens suffisants pour exercer une surveillance effective sur l’exécutif se sont multipliés.
« Il est temps d’aller au-delà des déclarations de principe. Ce que nous proposons ici, c’est une réforme de fond, une transformation culturelle de la gestion publique », a insisté un représentant de l’IDLO, saluant la qualité des échanges lors des différents panels.
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