À Lomé, l’engagement international se renforce autour de la médiation togolaise dans la crise entre la RDC et le Rwanda. Reçu par le président Faure Gnassingbé, Médiateur de l’Union africaine, le Représentant spécial de l’Union européenne pour les Grands Lacs, Johan Borgstam, a salué l’accord de paix signé à Washington et insisté sur la nécessité de sa mise en œuvre concertée. Bruxelles s’aligne sur Lomé pour faire de la paix un objectif partagé.
C’est un soutien de poids à la médiation africaine qui s’est exprimé, mardi 1er juillet, dans les salons feutrés de la Présidence du Conseil du Togo. Reçu à Lomé par le chef de l’État Faure Essozimna Gnassingbé, Médiateur de l’Union africaine dans la crise entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, le Représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs, Johan Borgstam, a salué « un pas important dans la bonne direction » : la signature, le 27 juin dernier à Washington, d’un accord de paix historique entre Kinshasa et Kigali.
La rencontre, rendue publique par un communiqué officiel de la Présidence du Conseil togolais, a porté sur les efforts conjoints pour faire taire les armes dans l’Est de la RDC. Une région ravagée depuis plus de deux décennies par des conflits armés et trafics en tous genres, sur fond d’un ballet d’acteurs locaux et internationaux souvent en désaccord. Dans ce labyrinthe géopolitique, Lomé tente désormais d’imprimer un cap.
« Ce qui compte maintenant, c’est la mise en œuvre »
Johan Borgstam, envoyé spécial de Bruxelles dans la région, n’a pas caché les attentes de l’Union européenne quant à la suite du processus enclenché à Washington. « C’est un pas important dans la bonne direction, mais ce qui compte maintenant, c’est la mise en œuvre avec l’implication et la participation des populations concernées », a-t-il insisté, appelant à ancrer la paix dans la réalité du terrain.
Un message limpide. Laccord paraphé sous l’égide de Marco Rubio, Secrétaire d’État américain prévoit une cessation des hostilités, le désengagement des forces, le désarmement progressif des groupes armés – notamment le M23/AFC –, et leur éventuelle réintégration conditionnelle dans les forces régulières. Mais c’est surtout son application concrète qui interroge. Et qui fera foi.
Le texte introduit également des dispositions ambitieuses sur l’intégrité territoriale, le respect de la souveraineté et la mise en place d’un cadre d’intégration économique régional, dans une région morcelée par les rancœurs historiques, les rivalités transfrontalières et les intérêts miniers concurrents.
Une médiation togolaise en première ligne
Depuis sa désignation en avril dernier comme Médiateur de l’Union africaine dans cette crise à rebondissements, Faure Gnassingbé s’emploie à multiplier les consultations. Dans les coulisses, Lomé tisse des ponts entre les chancelleries, les gouvernements et les acteurs régionaux. « J’ai fortement souligné l’importance qu’attache l’Union européenne à ce que tous les efforts de médiation pour la région des Grands Lacs soient bien coordonnés », a confié Johan Borgstam à l’issue de son entretien.
Le soutien européen à la médiation togolaise n’est pas anodin. Il marque une convergence de vues entre Bruxelles et Lomé dans la volonté de faire émerger une solution durable. À l’heure où les initiatives se croisent – de l’EAC à la CIRGL, en passant par les États-Unis –, la cohérence des démarches diplomatiques devient un enjeu en soi.
Washington donne l’impulsion, l’Afrique assume
En toile de fond, l’accord de Washington, qui a surpris par sa rapidité autant que par son ambition, continue de susciter des réactions contrastées. Si Kinshasa y voit une « percée décisive », certains analystes africains pointent la nécessité d’un ancrage local et d’une appropriation continentale de la solution. En recevant l’émissaire européen, le président togolais réaffirme ainsi que la paix dans les Grands Lacs ne peut se bâtir sans les Africains.
Au cœur de cette architecture diplomatique, la RDC reste le maillon central. Son avenir à l’Est dépendra autant des engagements pris que de la capacité de ses partenaires – régionaux, africains, occidentaux – à converger autour d’une feuille de route commune. L’Union européenne s’y engage. Le Togo s’y attelle. Reste désormais à concrétiser. Et à tenir.
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