Jamais la République démocratique du Congo n’avait connu pareille scène judiciaire : un ancien président, Joseph Kabila, traduit devant la Haute Cour militaire pour des accusations parmi les plus graves du droit pénal international. Absent à l’audience du 25 juillet, l’ex-chef de l’État (2001-2019) sera jugé par défaut le 31 juillet. Entre crimes contre la paix, haute trahison et participation présumée à un mouvement insurrectionnel, ce procès inédit s’ouvre sur fond de tensions politiques et de négociations fragiles avec la rébellion du M23. Tandis que Kinshasa martèle l’indépendance de la justice, le camp Kabila crie au complot, dénonçant une « mise en scène ridicule » orchestrée par le pouvoir.
La Haute Cour militaire de Kinshasa a reporté au jeudi 31 juillet la suite du procès intenté contre Joseph Kabila. L’ancien président congolais (2001-2019), absent à l’ouverture des débats le 25 juillet, sera jugé par défaut. Motif du renvoi : permettre aux avocats représentant la République d’accéder à l’intégralité des pièces du dossier.
La procédure, inédite dans l’histoire politique congolaise, s’appuie sur les articles 326 et 327 du code judiciaire militaire. Elle vise l’ex-chef de l’État pour participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, homicide intentionnel par balles. D’autres accusations, lourdes, complètent l’acte d’accusation : haute trahison, apologie, viol, torture, déportation et occupation à force ouverte de la ville de Goma.
Depuis mai, Joseph Kabila, sénateur à vie, n’est plus protégé par son immunité parlementaire. L’ouverture de ce procès intervient alors que des négociations sont en cours à Doha entre Kinshasa et la rébellion M23/AFC – discussions qui prévoient l’abandon des poursuites contre les combattants insurgés. Une coïncidence que le gouvernement balaye : « La justice ne négocie pas. Elle ne dialogue pas. Son calendrier n’est pas celui de la politique », a martelé Samuel Mbemba, ministre intérimaire de la Justice. « Il est de notre devoir d’accompagner les avocats de la République dans la constitution des parties civiles. Le reste appartient aux juges », a-t-il ajouté, insistant sur l’indépendance de la justice militaire.
Dans le camp Kabila, la riposte est immédiate. Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du PPRD et ancien dauphin désigné de l’ex-président, fustige « un procès bidon, inique, une mise en scène ridicule dictée par la peur d’un adversaire politique ». Et d’asséner : « La condamnation est déjà signée. Le reste, c’est du théâtre ».
L’audience de jeudi s’annonce décisive : le tribunal pourrait entrer dans l’examen du fond. Une certitude s’impose déjà : Joseph Kabila sera jugé en son absence.
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