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France : artisan de l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter entre au Panthéon

Au cours d’une sobre mais vibrante cérémonie, jeudi 9 octobre 2025, le président de la République, Emmanuel Macron, a célébré les combats de Robert Badinter : l’abolition de la peine de mort, la mémoire de la déportation, l’État de droit. Des combats d’une terrible actualité.

Saisissante image du cénotaphe – le monument funéraire- de Robert Badinter, posé sur un tapis bleu blanc rouge, au pied des marches du Panthéon. Julien Clerc entame sa chanson : « L’assassin assassiné », consacrée en 1980 à la lutte pour l’abolition du châtiment suprême. « Le sang d’un condamné à mort, c’est du sang d’homme, c’en est encore, c’en est encore », chante-t-il.

Au fronton du Panthéon, pour marquer l’entrée de l’artisan de l’abolition de la peine de mort dans le grand temple républicain, il y’a ces mots : « La justice française ne sera plus une justice qui tue ». Ces mots que Robert Badinter a prononcé à l’Assemblée nationale, en 1981, pour réclamer l’abolition de la peine de mort, promulguée il y’a juste quarante-quatre ans. « Aucun homme, aucun pouvoir ne saurait disposer du droit de vie et de mort sur quiconque en temps de paix », disait-il. Emmanuel Macron promet, dans son discours, de continuer à « porter » son combat « jusqu’à l’abolition universelle ».

« Être un humaniste, c’est croire au jour, même au cœur de la nuit », a dit, quelques minutes plus tôt, le comédien Philippe Torreton. Tandis que lentement, le cénotaphe de Robert Badinter, recouvert d’un drapeau français, et porté par la Garde républicaine, remonte la rue Soufflot – dans le Ve arrondissement de Paris-, sous les applaudissements.

« Renversez l’échafaud ! »

La foule est dense, massée de part et d’autres du long tapis bleu et blanc qui relie le Panthéon, pour accueillir le monument funéraire de Robert Badinter dans la nécropole républicaine. Ses cendres sont restées au cimetière de Bagneux -dans les Hauts-de-Seine, en région parisienne- mais dans le cercueil ont été symboliquement déposés sa robe d’avocat, une copie de son discours pour l’abolition de la peine de mort, et trois livres, dont un de Victor Hugo. Le cénotaphe va reposer dans le caveau « des révolutionnaires de 1789 », où reposent Condorcet, l’abbé Grégoire et Gaspard Monge depuis le bicentenaire de la Révolution.

« Renversez l’échafaud ! », avait dit Victor Hugo, le 15 septembre 1848, à la tribune de l’Assemblée constituante. Le comédien Guillaume Gallienne lit un extrait de ce discours, qui défendait, comme Badinter, plus tard, « l’inviolabilité de la vie humaine ».

Tout au long du parcours, des haltes se font sous les mots majeurs qui ont éclairé l’existence de Robert Badinter : Justice, République, Mémoire. Marina Hands, Sandrine Bonnaire, Eric Ruff lisent des textes de l’avocat, du garde des Sceaux à « l’enfance blessée », qui a vu son père arrêté, le 9 février 1943, à Lyon par la Gestapo, et qu’il n’a plus jamais revu.

Une voix « toujours juste »

Robert Badinter, c’était d’abord « une voix, forte et singulière », a dit, à son tour, Emmanuel Macron, après l’arrivée du cénotaphe dans l’édifice, devant une symbolique haie d’honneur d’avocats. Une voix « pleine de colère et d’indignation », mais « toujours juste ».

« Il entre au Panthéon et nous entendons sa voix qui plaide ses grands combats essentiels et inachevés : l’abolition universelle de la peine de mort, la lutte contre le poison antisémite et ses prêcheurs de haine, la lutte pour la défense de l’État de droit », a-t-il dit.

Ses paroles résonnent particulièrement, alors que la tombe de Robert Badinter a été profanée le matin même. Il était né alors que sévissait « la haine des juifs », rappelle le président. « Cette haine odieuse le poursuit jusque dans son sommeil d’outre tombe », cingle-t-il. Et son combat, pour cette raison, reste d’une vibrante actualité. « Les morts nous écoutent, conclut Emmanuel Macron. Portez leur combat, pour que les vivants espèrent ».

En effet, la journée a été ternie par une profanation de la tombe de Robert Badinter dans la matinée à Bagneux, où il est effectivement enterré. Les « tags qui insultent ses engagements contre la peine de mort et pour la dépénalisation de l’homosexualité », dénoncés par le maire de la ville, Marie-Hélène Amiable, ont été rapidement nettoyés. « Honte à ceux qui ont voulu souiller sa mémoire », avait immédiatement réagi Emmanuel Macron.

Intense, sobre, la cérémonie s’est achevée par une projection monumentale et animée, retraçant, à nouveau, la vie de Robert Badinter. Il est la cinquième personnalité à entrer au Panthéon sous les mandats de l’actuel président de la République.

« Universalisme républicain »

Emmanuel Macron a déjà fait entrer dans la nécropole républicaine Simone Veil, rescapée d’Auschwitz et auteure de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), l’écrivain chroniqueur de l’horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale, Maurice Genevoix, la star du music-hall, résistante et militante antiraciste franco-américaine, Joséphine Baker, et le résistant communiste d’origine arménienne , Missak Manouchian. L’historien et résistant Marc Bloch sera à son tour panthéonisé mi-juin 2026, 82 ans après son exécution par la Gestapo en 1944.

Celui qui fut aussi président du Conseil constitutionnel, de 1986 à 1995, repose désormais au Panthéon. Pourtant, son épouse, Élisabeth Badinter, a longtemps hésité avant d’accepter la panthéonisation de son conjoint (de 1966 à 2024).

Lorsqu’elle a appris la nouvelle, selon laquelle Emmanuel Macron souhaitait intégrer son époux au Panthéon, Élisabeth Badinter, s’est alors vue complètement déstabilisée. Auprès de l’Express, cette dernière a dévoilé la raison pour laquelle cette décision l’a, quelque peu, ébranlée. « Quand le président de la République m’a dit sa volonté de panthéoniser Robert, j’étais embêtée par une chose », a-t-elle d’abord reconnu. Avant d’entrer dans les détails : « Je mesurais, bien sûr, l’immense honneur qui lui était fait ; je distinguais, aussi, la nécessité de ce symbole par les temps qui courent. Mais, je savais – car on en avait parlé, il y’a longtemps – que Robert n’envisageait pas de reposer loin de moi. Et moi, je ne suis vraiment pas fan des entrées au Panthéon au titre d’épouse… » C’est pourquoi Élisabeth Badinter a alors préféré (en accord avec ses enfants) ériger un cénotaphe au Panthéon, afin de respecter les dernières volontés de son mari.

Pour l’historien Denis Peschanski, le fil conducteur de ces choix présidentiels est l’« universalisme républicain ». « C’est la France des Lumières, qu’incarnait Robert Badinter à travers son combat abolitionniste mais aussi sa défense acharnée des victimes et sa lutte pour les droits ».

Les célébrations ont commencé, dès mercredi 8 octobre, par une veillée funèbre au Conseil constitutionnel. Et elles se poursuivent : le public peut, à son tour, lui rendre hommage au Panthéon, qui a rouvert ses portes à la visite, samedi 11 octobre. Une exposition inédite est consacrée à cette figure républicaine dans la crypte jusqu’en mars 2026.

Robert Kongo, correspondant en France

 

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