La décision est tombée, sèche et administrative. À cinq jours de l’échéance annoncée, le gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, a interdit la marche pacifique prévue le 15 décembre par l’opposant Jean-Marc Kabund, vice-président de la plateforme Coalition de la gauche congolaise. En cause, invoque l’Hôtel de Ville, un itinéraire jugé incompatible avec un arrêté provincial de 2021 interdisant les manifestations publiques dans plusieurs zones de la capitale. Le document officiel, signé par le directeur de cabinet du gouverneur, clôt toute ambiguïté : la ville « ne peut en prendre acte ». Derrière cette formulation policée, c’est une nouvelle illustration de la tension persistante entre l’ordre public tel que défini par l’autorité provinciale et l’exercice effectif des libertés publiques dans une capitale régulièrement placée sous régime d’exception sécuritaire.
Dans une correspondance officielle datée du 11 décembre 2025, le cabinet du gouverneur de Kinshasa accuse réception de la lettre adressée par Jean-Marc Kabund le 2 décembre, informant l’autorité urbaine de l’organisation d’une marche pacifique.
La réponse est sans appel. « Il est au regret de ne pouvoir en prendre acte », écrit le directeur de cabinet du gouverneur, au motif que l’itinéraire retenu traverse une zone interdite aux manifestations publiques, conformément à l’arrêté n° SC/329/CAB/GVK/GVM/2021 du 30 septembre 2021.
Un arrêté ancien, toujours opposable
Pris dans un contexte de fortes tensions sécuritaires, cet arrêté provincial interdit toute manifestation dans « certaines zones » de la ville de Kinshasa, sans limitation temporelle clairement définie. Quatre ans plus tard, il continue de servir de base juridique aux décisions de restriction des rassemblements publics.
Pour l’Hôtel de Ville, l’argument est strictement légal : tant que l’arrêté demeure en vigueur, toute activité politique ou citoyenne projetée dans les périmètres concernés est réputée irrecevable.
Sur le plan politique, la décision relance un débat récurrent à Kinshasa : celui de l’équilibre entre maintien de l’ordre et liberté de manifester. Si la Constitution congolaise garantit le droit de réunion pacifique, son exercice reste, dans la pratique, étroitement conditionné par l’appréciation des autorités locales.
Pour l’opposition, ces interdictions répétées participent d’une restriction de l’espace civique ; pour l’exécutif provincial, il s’agit avant tout de prévenir les troubles à l’ordre public dans une métropole de plus de quinze millions d’habitants.
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