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Kinshasa
20 janvier, 2026 - 14:10:21
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À l’ONU, la RDC place le Conseil de sécurité face à l’épreuve de la responsabilité

Ce n’était ni une supplique ni un plaidoyer de circonstance. À New York, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la République démocratique du Congo a parlé d’une voix ferme, maîtrisée et résolument politique. En intervenant lors de la 10063ᵉ séance consacrée à la situation en RDC, la ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner a posé une exigence claire : le temps des déclarations est révolu, celui de l’application des décisions est venu. Dix jours après la signature à Washington d’un accord de paix présenté comme historique, Kinshasa constate une réalité brutale sur le terrain – bombardements, déplacements massifs de populations, violations répétées du cessez-le-feu – et en tire une conclusion sans ambiguïté : la crédibilité du multilatéralisme se joue désormais dans la capacité du Conseil à faire respecter sa propre résolution 2773. En choisissant la diplomatie plutôt que l’escalade, la RDC n’a pas renoncé à sa souveraineté ; elle en a fait un test de vérité pour l’ordre international.

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni vendredi 12 décembre à New York pour sa 10063ᵉ séance consacrée à la situation en République démocratique du Congo, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la coopération internationale, de la francophonie et de la diaspora congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a livré une intervention à la fois grave et structurée, articulée autour d’un message central : la paix ne survivra pas sans responsabilité.

La cheffe de la diplomatie congolaise est revenue sur l’accord de paix signé le 4 décembre à Washington par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous la facilitation des États-Unis. Présenté comme porteur d’un « espoir de tournant historique », cet accord, soutenu par des garants régionaux et internationaux, a pourtant été suivi, moins de vingt-quatre heures plus tard, d’une reprise des violences dans l’Est du pays, notamment autour d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi, marquée par des bombardements, l’usage de drones explosifs et des avancées coordonnées des forces RDF-M23.

S’appuyant sur le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, la ministre a dressé un constat sans concession : le cessez-le-feu exigé par la résolution 2773 n’est pas respecté, les attaques contre les civils persistent, l’accès humanitaire demeure entravé et la situation sécuritaire continue de se dégrader malgré les efforts diplomatiques engagés.

Pour Kinshasa, la crédibilité du Conseil se mesure à l’exécution de ses décisions

Thérèse Kayikwamba Wagner a tenu à souligner que la RDC avait fait le choix délibéré de la diplomatie, non par faiblesse, mais par responsabilité. Elle a rappelé l’attachement de son pays aux processus de Washington, de Doha et de Luanda, ainsi qu’à l’action de l’Union africaine, insistant sur la bonne foi constante de Kinshasa et son respect du droit international.

Mais ce choix, a-t-elle averti, ne saurait être un blanc-seing à l’impunité. Depuis le 4 décembre, plus de 500 000 personnes ont été nouvellement déplacées dans le Sud-Kivu, déjà fragilisé, selon des données confirmées par les mécanismes humanitaires et l’OCHA. Les tirs ayant atteint le Burundi font planer un risque sérieux de régionalisation du conflit, Uvira n’étant située qu’à une trentaine de kilomètres de Bujumbura.

Face à ce tableau, la ministre congolaise a dénoncé le recours à des narratifs inversés et à la désinformation visant à attribuer à la RDC la responsabilité d’attaques imputées à la coalition RDF-M23, rappelant que ces violations contreviennent à plusieurs engagements internationaux, dont la résolution 2773, l’accord du 27 juin, l’accord de Washington et le cadre de Doha.

Neuf mois après l’adoption unanime de la résolution 2773, a-t-elle insisté, l’inaction du Conseil a un coût tangible : de nouvelles villes tombées, des administrations parallèles installées, des milliers de victimes supplémentaires, et même la MONUSCO prise pour cible. « Une résolution non appliquée n’empêche pas la violence, elle l’encourage », a résumé la ministre, appelant à un sursaut.

La RDC plaide ainsi pour un mandat de la MONUSCO renouvelé et renforcé, garantissant la protection des civils, le retrait des forces étrangères, la sécurité du personnel onusien et l’autorité du Conseil lui-même. Elle a également appelé à des sanctions ciblées, à un embargo sur les minerais exportés comme rwandais, à la remise en cause du statut du Rwanda comme contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix, ainsi qu’à un contrôle strict des transferts d’armes.

En conclusion, Kinshasa a rappelé que si les « solutions africaines aux problèmes africains » ont leur valeur, elles ne peuvent justifier un relativisme juridique. La souveraineté, les droits humains et le droit international demeurent universels. Le message est clair : la RDC a choisi la paix, mais elle attend désormais que la communauté internationale fasse respecter les engagements pris. Sans cela, c’est l’autorité même du système multilatéral qui vacille.

Ci-dessous l’intervention de son excellence madame Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’état, ministre des Affaires étrangères, coopération internationale, francophonie et diaspora congolaise de la République démocratique du Congo

10063e Séance du Conseil de Sécurité des Nations Unies

« La situation en République Démocratique du Congo »

New York, le 12 décembre 2025

Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Je vous remercie de me donner la parole pour l’examen du rapport du Secrétaire général ainsi que pour l’examen du renouvellement du mandat de la MONUSCO.

Je salue la qualité du rapport et je rends hommage au Département des opérations de paix, aux acteurs humanitaires et à l’ensemble du personnel onusien qui, jour après jour, œuvrent à la protection des civils dans des conditions d’une extrême gravité, nous rappelant que la raison d’être de cette Organisation est de défendre la dignité humaine, même lorsque les circonstances sont les plus adverses.

Je salue également la présence ici et les contributions importantes du Secrétaire général adjoint, Monsieur La Croix, de la Sierra Leone en sa capacité de Président du Comité 1533, du Président international de Médecins Sans Frontières, et du Représentant Permanent du Burundi.

Monsieur le Président,

Le 4 décembre dernier, à Washington, les Présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont signé un Accord de paix facilité par les États-Unis d’Amérique, sous le leadership du Président Donald J. Trump. Cet accord, soutenu par les garants régionaux et internationaux, portait et porte l’espoir d’un tournant historique.

Pourtant, moins de vingt-quatre heures après cette signature, les faits ont contredit les engagements pris : bombardements, drones explosifs, avancées coordonnées autour d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi. Il n’est pas acceptable qu’un accord solennel soit ainsi récusé dès le lendemain par ceux qui s’y étaient engagés. Ces actes remettent en cause la dynamique née à Washington et confirment ce que le rapport du Secrétaire général souligne :

– le cessez-le-feu exigé par la résolution 2773 n’est pas appliqué ;

– les attaques contre les civils persistent ;

– l’accès humanitaire est entravé ;

– et la situation continue de se détériorer malgré les efforts diplomatiques.

Excellences,

La République Démocratique du Congo a volontairement choisi la voie de la diplomatie. Ce choix n’est ni une concession, ni un signe de fragilité. Il reflète notre maîtrise, notre sens des responsabilités et notre foi en des mécanismes multilatéraux qui, s’ils sont pleinement assumés, peuvent encore ramener la paix.

Nous avons fait ce choix parce que nous croyons :

– en l’engagement des États-Unis, facilitateur principal du processus de Washington ;

– en la constance de l’État du Qatar, garant du processus de Doha ;

– et en la valeur normative du Processus de Luanda, dont les principes continuent de guider l’action de l’Union africaine désormais conduite par la République Togolaise.

La RDC a agi de bonne foi. La RDC continue d’agir avec bonne foi. La diplomatie n’est pas pour nous un choix par défaut : elle est l’expression de notre responsabilité d’État et de notre respect du droit international.

Monsieur le Président,

Excellences,

Depuis le 4 décembre au soir, les positions autour de Gatogota, Ruvunge, Kaziba, Rurambo, Luvungi et le long de l’axe Kamanyola–Uvira ont été visées par des bombardements provenant des positions RDF–M23. Des drones kamikazes ont frappé des zones civiles.

Plus de 500 000 personnes ont été nouvellement déplacées. Le Sud-Kivu, déjà en fragilité, atteint un seuil de rupture. Ces faits sont documentés par les mécanismes humanitaires et confirmés par OCHA.

Ils créent également un risque majeur de régionalisation : des tirs ont déjà touché le Burundi. Uvira n’est distante que de trente kilomètres de Bujumbura. Aucun pays voisin ne peut être exposé à de telles attaques sans risque d’escalade. La stabilité régionale ne peut reposer sur la normalisation de violations aussi graves.

Monsieur le Président,

Moins d’une semaine après la signature des Accords de Washington, certains acteurs ont choisi de s’écarter des engagements librement acceptés. Le recours à des narratifs inversés et à une désinformation systématique pour attribuer à la République Démocratique du Congo la responsabilité des attaques commises par la coalition RDF–M23 est une stratégie désormais bien documentée par les mécanismes internationaux.

Nous ne pouvons accepter que la manipulation devienne un instrument de politique régionale. Les faits sont têtus. Les résolutions de ce Conseil le sont davantage. La vérité n’est pas négociable et le droit international ne peut être dévoyé pour légitimer l’agression.

Les violations constatées contreviennent :

– à la résolution 2773 ;

– à l’Accord du 27 juin ;

– à l’Accord signé à Washington le 4 décembre ;

– à la Déclaration de principes et l’Accord cadre de Doha ;

– et aux conditions même de la mise en œuvre du Cadre d’intégration économique régionale aussi signé à Washington.

Aujourd’hui, c’est la crédibilité de tous ces processus — et de leurs garants — qui est en jeu.

Mr. President, Excellencies, Members of the Council, We have reached a moment of truth. Either the international order accepts being openly defied, namely by Rwanda, or this Council assumes its responsibility.

Impunity has gone on for far too long. The Congolese people cannot continue to bear the cost of commitments that are violated and resolutions that are not implemented.

The facts are clear. The ceasefire demanded by Resolution 2773 has not been respected. Foreign forces, namely the RDF, remain on Congolese soil. Civilians continue to be targeted. Humanitarian access is obstructed, and disinformation is being used deliberately to invert responsibilities and shield the perpetrators.

The credibility of all processes — Washington, Doha and the African facilitation — depends on one principle: accountability.

Without consequences, agreements have no force. Without consequences, the cycle of violence will continue.

Resolution 2773 is not lacking in clarity. What is lacking is its enforcement. A resolution that is not enforced does not deter violence; it invites it. When violations carry no cost, impunity becomes policy.

The responsibility now before this council is not to restate its decisions, but to enforce them.

Monsieur le Président, Neuf mois après l’adoption unanime de la résolution 2773, le constat est implacable.

Une nouvelle ville est tombée. Une administration parallèle s’est consolidée. Des milliers de familles supplémentaires ont fui. D’autres ont été tués, violés, terrorisés. Et même la MONUSCO — Casques bleus, personnel civil, leadership — a été prise pour cible.

Pendant ces neuf mois, ce Conseil n’a pris aucune mesure concrète pour faire respecter sa propre résolution et pour défendre sa propre Mission. Des appels, des avertissements… mais aucun acte.

Ce vide d’action a permis au Rwanda de poursuivre et d’étendre ses opérations, dans un environnement où les violations ne rencontrent aucune conséquence.

Le moment est venu pour ce Conseil d’affronter une question essentielle : comment, en trois décennies de crise, l’absence de mesures coercitives a-t-elle contribué à la persistance de ces violations ?

Monsieur le Président, La résolution 2773 demeure la boussole de l’engagement onusien. Elle doit être appliquée dans toute sa portée, sans ambiguïté ni exception.

La RDC appelle à un mandat robuste, cohérent, adapté aux réalités du terrain — et protecteur de l’autorité même de ce Conseil.

Le mandat renouvelé doit :

– garantir la protection des civils ;

– réaffirmer le retrait des forces étrangères ;

– soutenir les opérations humanitaires ;

– inclure explicitement la protection des Casques bleus, du personnel civil et du leadership de la MONUSCO ; – condamner toute attaque contre eux ;

– et empêcher tout contournement des décisions du Conseil.

Car en effet, l’obstruction du mandat des Nations Unies par le Rwanda et le M23 ne peut jamais justifier son affaiblissement. Ce Conseil ne peut céder face à ceux qui le défie et défient son autorité.

Monsieur le Président, La RDC est un pays africain. Elle fait aussi pleinement partie de la communauté internationale.

Nous respectons les « solutions africaines aux problèmes africains », mais cela ne peut devenir un relativisme juridique permettant de contourner les normes universelles.

Il n’existe pas de version régionale des droits de l’homme ou de la souveraineté. Toute solution durable doit s’appuyer sur les principes universels de la Charte des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Le peuple congolais a choisi la paix. Il l’a demandée, il l’a négociée, il l’a signée. Il ne doit pas payer le prix de la mauvaise foi de ceux qui tournent le dos à leurs engagements.

La paix ne peut reposer sur des promesses non tenues. Le peuple congolais a droit à la sécurité, à la justice et au respect du droit international.

Ce Conseil doit agir pour que ces droits ne restent pas théoriques, mais deviennent enfin une réalité. C’est pourquoi la République Démocratique du Congo appelle ce Conseil à :

– mettre en œuvre intégralement la résolution 2773 ;

– imposer des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression ;

– instaurer un embargo total sur les minerais exportés comme rwandais ;

– révoquer le statut de contributeur de troupes du Rwanda aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies;

– et établir un régime de notification systématique pour tout transfert d’armes vers le Rwanda.

Les garants de Washington, de Doha, et de la facilitation africaine doivent également assumer leurs responsabilités : ces accords ne survivront qu’à la condition d’une fermeté collective et cohérente.

Il appartient désormais à la communauté internationale de faire respecter les engagements pris et de permettre, enfin, l’avènement d’une paix durable dans l’Est de la République Démocratique du Congo et dans toute la région des Grands Lacs.

Je vous remercie.

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