Ce n’était ni une supplique ni un plaidoyer de circonstance. À New York, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la République démocratique du Congo a parlé d’une voix ferme, maîtrisée et résolument politique. En intervenant lors de la 10063ᵉ séance consacrée à la situation en RDC, la ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner a posé une exigence claire : le temps des déclarations est révolu, celui de l’application des décisions est venu. Dix jours après la signature à Washington d’un accord de paix présenté comme historique, Kinshasa constate une réalité brutale sur le terrain – bombardements, déplacements massifs de populations, violations répétées du cessez-le-feu – et en tire une conclusion sans ambiguïté : la crédibilité du multilatéralisme se joue désormais dans la capacité du Conseil à faire respecter sa propre résolution 2773. En choisissant la diplomatie plutôt que l’escalade, la RDC n’a pas renoncé à sa souveraineté ; elle en a fait un test de vérité pour l’ordre international.
Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni vendredi 12 décembre à New York pour sa 10063ᵉ séance consacrée à la situation en République démocratique du Congo, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la coopération internationale, de la francophonie et de la diaspora congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a livré une intervention à la fois grave et structurée, articulée autour d’un message central : la paix ne survivra pas sans responsabilité.
La cheffe de la diplomatie congolaise est revenue sur l’accord de paix signé le 4 décembre à Washington par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous la facilitation des États-Unis. Présenté comme porteur d’un « espoir de tournant historique », cet accord, soutenu par des garants régionaux et internationaux, a pourtant été suivi, moins de vingt-quatre heures plus tard, d’une reprise des violences dans l’Est du pays, notamment autour d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi, marquée par des bombardements, l’usage de drones explosifs et des avancées coordonnées des forces RDF-M23.
S’appuyant sur le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, la ministre a dressé un constat sans concession : le cessez-le-feu exigé par la résolution 2773 n’est pas respecté, les attaques contre les civils persistent, l’accès humanitaire demeure entravé et la situation sécuritaire continue de se dégrader malgré les efforts diplomatiques engagés.
Pour Kinshasa, la crédibilité du Conseil se mesure à l’exécution de ses décisions
Thérèse Kayikwamba Wagner a tenu à souligner que la RDC avait fait le choix délibéré de la diplomatie, non par faiblesse, mais par responsabilité. Elle a rappelé l’attachement de son pays aux processus de Washington, de Doha et de Luanda, ainsi qu’à l’action de l’Union africaine, insistant sur la bonne foi constante de Kinshasa et son respect du droit international.
Mais ce choix, a-t-elle averti, ne saurait être un blanc-seing à l’impunité. Depuis le 4 décembre, plus de 500 000 personnes ont été nouvellement déplacées dans le Sud-Kivu, déjà fragilisé, selon des données confirmées par les mécanismes humanitaires et l’OCHA. Les tirs ayant atteint le Burundi font planer un risque sérieux de régionalisation du conflit, Uvira n’étant située qu’à une trentaine de kilomètres de Bujumbura.
Face à ce tableau, la ministre congolaise a dénoncé le recours à des narratifs inversés et à la désinformation visant à attribuer à la RDC la responsabilité d’attaques imputées à la coalition RDF-M23, rappelant que ces violations contreviennent à plusieurs engagements internationaux, dont la résolution 2773, l’accord du 27 juin, l’accord de Washington et le cadre de Doha.
Neuf mois après l’adoption unanime de la résolution 2773, a-t-elle insisté, l’inaction du Conseil a un coût tangible : de nouvelles villes tombées, des administrations parallèles installées, des milliers de victimes supplémentaires, et même la MONUSCO prise pour cible. « Une résolution non appliquée n’empêche pas la violence, elle l’encourage », a résumé la ministre, appelant à

