86.86 F
Kinshasa
18 janvier, 2026 - 13:40:03
Image default
Flash InfosLa unePolitique

De la négation à l’aveu, à New-York, Kigali reconnaît l’attaque d’Uvira : le récit d’une crise « congolo-congolaise » vole en éclats

Au Conseil de sécurité des Nations unies, vendredi 12 décembre à New York, Kigali a cessé de feindre. Pour justifier la présence de ses troupes à Goma et au Sud-Kivu, notamment dans l’occupation récente de la ville d’Uvira, le Rwanda affirme désormais agir pour « protéger les Banyamulenge » contre l’armée congolaise, invoquant des appels à l’aide internationale prétendument restés sans réponse. Cette déclaration marque un tournant. Non pas parce qu’elle révèle une situation nouvelle, mais parce qu’elle officialise enfin ce que la République démocratique du Congo dénonce depuis des mois : il ne s’agit pas d’une crise interne, mais d’une agression extérieure assumée, revendiquée, rationalisée par un discours humanitaire de circonstance. Cette reconnaissance publique met brutalement en porte-à-faux tous ceux qui, hier encore, juraient que « la crise est congolo-congolaise », renvoyant dos à dos victimes et agresseurs, État attaqué et forces d’occupation, au nom d’un faux équilibre moral. Où sont-ils désormais ? Les voix moralisatrices se sont tues, les appels mécaniques au « dialogue » se sont évaporés, remplacés par un silence aussi pesant que révélateur.

En admettant la présence de ses soldats sur le sol congolais, Kigali franchit une ligne politique et diplomatique claire. Il ne s’agit plus d’allégations, de rapports d’experts ou de témoignages concordants : le Rwanda revendique son intervention armée dans un État souverain, en la parant d’une justification ethnique et sécuritaire dangereusement familière dans l’histoire de la région. Protéger une communauté congolaise contre son propre État, sans mandat international, sans accord bilatéral, et par la force des armes, relève d’une logique d’ingérence pure.

Face à cette stratégie, la RDC n’est pas restée immobile. Elle a multiplié les démarches diplomatiques, saisi les instances internationales, accepté des processus de médiation souvent déséquilibrés, réformé son appareil sécuritaire et poursuivi, malgré la guerre, un agenda institutionnel et économique exigeant. Ce choix de la légalité et de la patience stratégique contraste avec la fuite en avant militaire de Kigali. Il mérite d’être reconnu : Kinshasa n’a pas cédé à la tentation de la surenchère, préférant l’État de droit au réflexe de la force brute.

L’argument rwandais de la « protection des Banyamulenge » pose enfin une question fondamentale : depuis quand une minorité nationale devient-elle le prétexte légitime à l’occupation militaire d’un pays voisin ? Les Banyamulenge sont des Congolais à part entière. Leur sécurité relève de la responsabilité de l’État congolais, non d’une armée étrangère poursuivant ses propres objectifs stratégiques, économiques et territoriaux. Instrumentaliser leur sort revient à les exposer davantage, en les transformant en alibi géopolitique.

Dès lors, que signifie encore l’injonction répétée au « dialogue » ? Dialoguer sur quoi, et avec qui ? Sur la reconnaissance d’un droit d’ingérence ? Sur la normalisation d’une occupation armée ? Le dialogue n’a de sens que s’il s’inscrit dans le respect de la souveraineté, du droit international et de la vérité des faits. Tout le reste n’est qu’un écran de fumée.

La sortie rwandaise au Conseil de sécurité a au moins une vertu : elle clarifie le débat. Le conflit à l’Est de la RDC n’est pas une querelle interne mal gérée, mais une agression étrangère enveloppée d’un discours humanitaire cynique. Face à cela, la communauté internationale ne peut plus se réfugier dans l’ambiguïté confortable. Il est temps d’appeler les choses par leur nom, d’exiger le retrait des troupes étrangères et de soutenir sans réserve les efforts légitimes de l’État congolais pour rétablir son autorité sur l’ensemble de son territoire.

La RDC n’est ni à vendre, ni à négocier sous la menace. Elle a choisi la voie difficile de la responsabilité, de la diplomatie et de la réforme. À ceux qui persistent à soutenir, par naïveté ou calcul, les groupes armés et leurs parrains régionaux, un avertissement s’impose : on ne construit pas la paix en récompensant l’agression. On ne protège pas les peuples en piétinant les États. Et l’histoire, tôt ou tard, demande des comptes à ceux qui auront confondu silence et neutralité.

Infos27

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus