Au Conseil de sécurité des Nations unies, vendredi 12 décembre à New York, Kigali a cessé de feindre. Pour justifier la présence de ses troupes à Goma et au Sud-Kivu, notamment dans l’occupation récente de la ville d’Uvira, le Rwanda affirme désormais agir pour « protéger les Banyamulenge » contre l’armée congolaise, invoquant des appels à l’aide internationale prétendument restés sans réponse. Cette déclaration marque un tournant. Non pas parce qu’elle révèle une situation nouvelle, mais parce qu’elle officialise enfin ce que la République démocratique du Congo dénonce depuis des mois : il ne s’agit pas d’une crise interne, mais d’une agression extérieure assumée, revendiquée, rationalisée par un discours humanitaire de circonstance. Cette reconnaissance publique met brutalement en porte-à-faux tous ceux qui, hier encore, juraient que « la crise est congolo-congolaise », renvoyant dos à dos victimes et agresseurs, État attaqué et forces d’occupation, au nom d’un faux équilibre moral. Où sont-ils désormais ? Les voix moralisatrices se sont tues, les appels mécaniques au « dialogue » se sont évaporés, remplacés par un silence aussi pesant que révélateur.
En admettant la présence de ses soldats sur le sol congolais, Kigali franchit une ligne politique et diplomatique claire. Il ne s’agit plus d’allégations, de rapports d’experts ou de témoignages concordants : le Rwanda revendique son intervention armée dans un État souverain, en la parant d’une justification ethnique et sécuritaire dangereusement familière dans l’histoire de la région. Protéger une communauté congolaise contre son propre État, sans mandat international, sans accord bilatéral, et par la force des armes, relève d’une logique d’ingérence pure.
Face à cette stratégie, la RDC n’est pas restée immobile. Elle a multiplié les démarches diplomatiques, saisi les instances internationales, accepté des processus de médiation souvent déséquilibrés, réformé son appareil sécuritaire et poursuivi, malgré la guerre, un agenda institutionnel et économique exigeant. Ce choix de la légalité et de la patience stratégique contraste avec la fuite en avant militaire de Kigali. Il mérite d’être reconnu : Kinshasa n’a pas cédé à la tentation de la surenchère, préférant l’État de droit au réflexe de la force brute.
L’argument rwandais de la « protection des Banyamulenge » pose enfin une question fondamentale : depuis quand une minorité nationale devient-elle le prétexte légitime à l’

