L’image restera. Celle d’un franc congolais qui, contre toute attente, reprend des couleurs. À la mi-octobre 2025, la monnaie nationale s’échange autour de 2 190 CDF pour un dollar américain, contre près de 2 800 quelques mois plus tôt. Une appréciation spectaculaire, de l’ordre de 29 %, qui tranche avec les neuf premiers mois de l’année, dominés par la volatilité du taux de change et une inflation soutenue. Ce retournement n’est pas le fruit du hasard. Il consacre une séquence macroéconomique plus disciplinée, dans laquelle la coordination entre politique monétaire et politique budgétaire a joué un rôle central.
La stabilisation du franc congolais a mis un terme à la dépréciation observée sur les deux segments du marché des changes officiel et parallèle. Elle a surtout contribué à freiner l’inflation des biens et services, qui rognait le pouvoir d’achat des ménages depuis le début de l’année.
Cette évolution est étroitement liée à la bonne tenue du secteur minier, moteur traditionnel de l’économie congolaise, mais aussi à un pilotage monétaire plus rigoureux sous la conduite du gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso.
L’ajustement de la liquidité bancaire, notamment à travers la deuxième phase d’actualisation de la réserve obligatoire, a permis de contenir les excès de masse monétaire. Près de 558,6 milliards de CDF ont ainsi été ponctionnés, tandis que les banques commerciales ont fortement souscrit aux Bons BCC, signe d’un regain de confiance dans les instruments de régulation.
Finances publiques : discipline sous contraintes
L’année 2025 aura également été marquée par une amélioration notable de la mobilisation des recettes publiques. Sur les dix premiers mois, celles-ci ont progressé de 104,8 %, traduisant un élargissement de l’assiette fiscale et un meilleur rendement des régies financières.
Les dépenses, elles, ont légèrement dépassé les prévisions : 27 280 milliards de CDF contre 27 169 milliards programmés générant un déficit de trésorerie de 3 478 milliards de CDF sur la période. Un déséquilibre toutefois jugé maîtrisé, couvert par des émissions de titres publics et des marges de trésorerie, dans un contexte marqué par les coûts exceptionnels liés à la guerre dans l’Est et aux priorités sociales, notamment le Programme de développement local des 145 territoires.
Au total, le Trésor public a mobilisé environ 25 014,6 milliards de CDF de recettes en 2025, pour des dépenses estimées à 29 200,2 milliards, soit un déficit annuel d’environ 4 185,6 milliards de CDF.
Réserves de change et croissance au-dessus de la moyenne régionale
Autre indicateur clé : les réserves internationales. Celles-ci se sont établies à près de 7,4 milliards de dollars, représentant environ trois mois d’importations, un niveau conforme aux standards de viabilité du Fonds monétaire international.
Dans le même temps, la balance commerciale est restée excédentaire, avec un surplus provisoire de 9,9 milliards de dollars à fin août, porté par les exportations minières.
La croissance économique a été initialement estimée à plus de 5,6 % en 2025, au-dessus de la moyenne projetée pour l’Afrique subsaharienne, située entre 3,8 % et 4,1 %.
Le secteur minier, pilier et levier stratégique
En 2025, le secteur minier a couvert près de 30 % du budget national, équilibré à hauteur de 49 846,8 milliards de CDF, soit environ 16,87 milliards de dollars. Une performance qui confirme le rôle central de ce secteur dans l’économie congolaise.
Mais l’année a surtout été marquée par une intensification des réformes de gouvernance minière. Sous l’impulsion successive des ministres Kizito Pakabomba et Louis Watum Kabamba, la lutte contre l’exploitation et le commerce illicites des minerais a été renforcée. Les sites de Masisi (Nord-Kivu) et Kalehe (Sud-Kivu) ont été déclarés « zones rouges », en raison d’activités illégales attribuées à des réseaux soutenus par l’armée rwandaise.
Le 22 février 2025, le conseil d’administration de l’ARECOMS a suspendu temporairement, pour quatre mois, toute exportation de cobalt. Une décision qui a contribué à la remontée des cours sur le marché mondial.
La diplomatie minière congolaise s’est également illustrée à Singapour, à Osaka, à Washington, à Londres ou encore à Tianjin, avec la signature de partenariats structurants, dont un projet de manganèse à Luozi et un accord de principe avec KoBold Metals.
Diversification productive : agriculture, pêche et élevage
Consciente de sa dépendance aux importations alimentaires, la RDC a tenté en 2025 d’amorcer une inflexion. Le ministère de l’Agriculture a lancé des campagnes agricoles dans l’ensemble des provinces, encourageant la structuration des producteurs en coopératives et l’accès au crédit. Des équipements, semences améliorées et tracteurs ont été distribués afin d’augmenter les rendements et structurer des chaînes de valeur complètes.
Sur le front de la pêche et de l’élevage, l’année a été marquée par l’arrivée de nouvelles unités de pêche industrielle, la mise en service de huit bateaux fabriqués en Égypte et le lancement de projets structurants sur le lac Tanganyika. Les enquêtes scientifiques menées entre mai et août ont généré plus de 90 millions de dollars en trois mois grâce à une pêche durable.
En parallèle, une vaste campagne de vaccination gratuite du bétail a été conduite dans plusieurs provinces, visant à protéger les cheptels et stabiliser le secteur de l’élevage.
Une année charnière, sans illusion
L’année 2025 ne signe pas la fin des vulnérabilités structurelles de l’économie congolaise. La productivité agricole reste faible, les coûts logistiques élevés et la dépendance aux importations toujours lourde. Mais elle aura rappelé une évidence : lorsque la discipline macroéconomique, la gouvernance sectorielle et la coordination institutionnelle s’alignent, des marges de manœuvre existent.
En cela, 2025 apparaît comme une année charnière. Celle où la stabilité redevient un objectif crédible et un levier de transformation.
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