Un mois après l’entérinement à Washington de l’accord censé relancer le processus de paix dans l’est de la République démocratique du Congo, le constat dressé par Kinshasa est sévère. Sur Radio Okapi, le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a durci le ton contre le Rwanda et l’AFC/M23, accusés de « vider de toute valeur » les engagements signés sous médiation américaine. Dès l’entame, la ligne est claire. Kinshasa ne se dérobe pas au processus. « Nous sommes partis à Washington à la demande du médiateur américain », rappelle le ministre, insistant sur le fait que les États-Unis sont témoins directs des échanges, à travers le mécanisme conjoint de coordination de la sécurité et le comité de supervision prévus par l’accord. Mais cette architecture diplomatique, aussi sophistiquée soit-elle, se heurte à une réalité brutale : la poursuite des offensives sur le terrain. Six jours après la signature, l’occupation d’Uvira a fait voler en éclats l’illusion d’un apaisement immédiat. Pour Patrick Muyaya, il ne s’agit ni d’un dérapage ni d’une mauvaise interprétation. « Ce ne sont que des subterfuges, ce ne sont que des prétextes », tranche-t-il, visant Kigali. « Le Rwanda, le seul langage qu’il comprend, c’est le langage de la République. » Une formule qui résume l’exaspération de Kinshasa face à ce qu’il décrit comme une stratégie assumée de duplicité.
Le gouvernement congolais affirme continuer de croire au processus de Washington et aux médiateurs américains. « Les déclarations faites au Conseil de sécurité, comme celles du secrétaire d’État, sont claires », souligne le porte-parole Patrick Muyaya. Mais cette confiance n’exclut plus la critique frontale. Selon lui, la pression exercée jusqu’ici n’a pas suffi. « L’injonction donnée n’était pas assez suffisante », estime-t-il, jugeant que Kigali teste les limites de la patience internationale.
Une violation assumée des engagements
Pour Kinshasa, les faits parlent d’eux-mêmes. « Sinon, il n’y aurait pas eu ces attaques systématiques sur les localités qui ont précédé l’attaque sur Uvira », observe Patrick Muyaya. La continuation du conflit, malgré les annonces de retraits, est présentée comme la preuve que les engagements pris à Washington « n’ont pas de valeur à l’heure actuelle » pour Kigali. Une attitude que le gouvernement congolais juge constante : annonces, démentis, puis reprise des armes.
La responsabilité de l’AFC/M23 est directement engagée. L’appel récent du mouvement invitant des militaires voulant rejoindre Kinshasa à se manifester est qualifié sans détour de « diversion ». « Les personnes présentées sont des prisonniers », insiste le ministre, rejetant l’idée d’un geste de bonne volonté. Plus encore, il va jusqu’à affirmer que « même les dirigeants de l’AFC/M23 sont des prisonniers du Rwanda », privés de toute autonomie réelle. Une accusation qui démontre que le mouvement rebelle n’est qu’un relais opérationnel de Kigali.
Cette lecture est étendue aux processus parallèles. À Doha, rappelle Patrick Muyaya, des mécanismes de cessez-le-feu avaient été arrêtés, avec des réunions techniques en octobre et des avancées, notamment sur la question des prisonniers. « Lorsque nous nous accordons sur un cessez-le-feu, on ne retouche plus aux armes », martèle-t-il. Or, la reprise des combats est présentée comme une « récidive » caractéristique de ceux « qui ne respectent jamais les cessez-le-feu ».
Conditionner le dialogue au retrait
Face à ce qu’il qualifie de violations « flagrantes », le gouvernement congolais pose désormais des conditions explicites. « Il faut quitter Uvira. Il faut repartir aux lignes de départ », affirme Patrick Muyaya, conditionnant toute avancée substantielle dans les négociations à un retrait effectif de l’AFC/M23 et des forces rwandaises. Le message est destiné autant aux médiateurs qu’aux protagonistes : la RDC n’entend plus « rediscuter encore des retraits » pendant que les armes continuent de crépiter.
Dans ce contexte, Kinshasa dénonce également une guerre de l’information. Le ministre évoque « tous ces poisons rwandais, les fake news, les mensonges », accusant Kigali de produire « industriellement du mensonge » à destination des réseaux sociaux congolais. Une bataille parallèle que le gouvernement affirme mener « systématiquement » pour déconstruire la désinformation.
Un mois après Washington, la séquence diplomatique est donc entrée dans une phase de vérité. La RDC maintient sa foi dans les médiations internationales, soutenue par le président Félix Tshisekedi, mais elle durcit son discours contre le président Paul Kagame et ses alliés. Pour Kinshasa, la paix ne peut plus être un slogan diplomatique. Elle doit se traduire par des actes mesurables : le retrait, le silence des armes et le respect des engagements signés.
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