La question du calendrier électoral s’invite déjà dans le débat politique congolais. Faut-il maintenir la tenue des scrutins si une partie du territoire échappe au contrôle de l’État ? Pour Germain Kambinga, président du mouvement Le Centre, la réponse est sans détour : la priorité n’est pas aux urnes mais au front. Tant que Goma, Bukavu ou Rutshuru restent instables, organiser des élections reviendrait, selon lui, à « entériner la balkanisation » du pays. Sans appeler explicitement à un maintien anticonstitutionnel de Félix Tshisekedi, l’ancien ministre plaide pour une continuité du commandement en temps de guerre. Une position qui replace la sécurité au sommet de l’agenda politique et bouscule déjà le débat sur l’alternance.
La formule est militaire. Elle se veut définitive. « On ne change pas le commandant de guerre en pleine bataille. »
Germain Kambinga ne parle pas d’abord d’élections. Il parle de front.
Invité à se prononcer sur l’avenir politique du pays et la perspective de 2028, le président du mouvement Le Centre assume une hiérarchie claire : la souveraineté avant le calendrier, la reconquête avant les urnes.
À ses yeux, le débat électoral paraît presque déplacé.
Comment voter, interroge-t-il, quand une partie du territoire échappe encore au contrôle de l’État ?
« Vous parlez d’élections sans Goma, sans Bukavu, avec Uvira, Rutshuru, Bunagana en instabilité… Est-ce sérieux ? »
La guerre d’abord, les urnes ensuite
Le raisonnement est politique autant que symbolique.
Organiser un scrutin amputé de plusieurs villes de l’Est reviendrait, selon lui, à normaliser la perte de contrôle territorial. À accepter, de fait, une fragmentation du pays.
« Je ne peux pas cautionner une élection sans Goma, sans Bukavu. Ce serait cautionner la balkanisation du Congo. »
Dans ce contexte, il appelle à soutenir prioritairement le chef de l’État et les forces armées engagées contre le M23 et ses soutiens extérieurs.
« La priorité pour chaque patriote, ce n’est pas la chaise musicale du pouvoir. C’est la victoire. »
Sans plaider formellement pour un dépassement des deux mandats constitutionnels, Germain Kambinga défend une continuité du commandement tant que dure le conflit.
« Gagnons d’abord la guerre. Si nous gagnons, nous irons triomphalement aux élections. 2028, c’est encore loin. »
Un débat sensible
La position illustre un dilemme plus large.
Comment concilier impératif démocratique et intégrité territoriale ? Faut-il maintenir coûte que coûte le calendrier institutionnel, ou attendre la stabilisation sécuritaire ?
Dans un pays où l’Est reste sous pression, la question ne relève plus de la théorie. Elle devient stratégique.
À mesure que la guerre s’enlise, la tentation d’un report ou d’un réaménagement du calendrier pourrait gagner du terrain.
Mais elle ouvre aussi un débat délicat sur l’équilibre entre légalité constitutionnelle et nécessité nationale.
Une chose est sûre : à Kinshasa, la campagne électorale n’a pas encore commencé. La bataille, elle, continue.
Infos27/Parole Écrite

