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14 mai, 2026 - 07:18:18
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Hydrocarbures : les syndicats dénoncent 720 000 dollars de parafiscalité captés chaque mois par un comité ministériel

Un prélèvement discret, mais des montants colossaux. Dans le secteur stratégique des hydrocarbures, des organisations syndicales accusent la ministre d’État Acacia Bandubola d’avoir institué un mécanisme parafiscal qui détournerait chaque mois près de 720 000 dollars au profit d’un comité nouvellement créé. En cause : un arrêté attribuant 6 % des recettes de la taxe « Effort de reconstruction et stock stratégique » au fonctionnement d’un Comité de suivi, contre seulement 1 % pour le collecteur public. Alors que cette taxe est censée financer la sécurité énergétique du pays, les agents dénoncent une opacité budgétaire et menacent de grève. Entre impératif de transparence et nécessité de garantir l’approvisionnement en carburant, la controverse place la gestion des fonds pétroliers sous haute tension.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Chaque mois, près de 12 millions de dollars issus de la parafiscalité pétrolière transitent par les caisses publiques. Sur ce montant, 6 %, soit environ 720 000 dollars, seraient affectés au fonctionnement d’un comité ministériel. Une ponction que les syndicats qualifient de « détournement déguisé ».

Au cœur de la controverse : un arrêté signé le 29 octobre 2025 par la ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, créant un « Comité de suivi et de gestion du stock stratégique » (CSGSS). Officiellement, cette structure doit sécuriser soixante jours de réserves et stabiliser les prix des produits pétroliers.

Un taux jugé disproportionné

Selon les organisations syndicales, le problème réside dans la clé de répartition.

Alors que la collecte est assurée par la Direction générale des douanes et accises (DGDA), qui ne conserverait qu’1 % pour ses frais, le comité capterait 6 % des recettes.

« Malgré l’augmentation des recettes pétrolières, les agents ne perçoivent aucune prime, tandis que le comité bénéficie d’un subside équivalent à 6 % », dénoncent-ils dans une déclaration issue de leur assemblée générale.

D’après leurs estimations, ce mécanisme représenterait plus de 8 millions de dollars par an.

Concentration des pouvoirs

Au-delà des montants, les syndicats pointent un risque institutionnel. Le comité cumulerait décision, contrôle et certification financière.

« La même autorité conçoit les orientations, valide les décisions et certifie les montants. Cette confusion des rôles favorise les conflits d’intérêts », alertent des cadres de l’administration. Ils s’interrogent : « Quel travail supplémentaire ce comité accomplit-il que n’assurent pas déjà les administrations existantes ? »

Autre critique : l’absence de mécanisme d’audit indépendant.

Les syndicats regrettent qu’aucune obligation de contrôle externe ne soit prévue, ni par la Cour des comptes, ni par un cabinet tiers. Ils appellent l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) à se saisir du dossier. « La certification interne ne remplace pas un contrôle externe », insistent-ils.

Menace sociale

En privé, certains représentants brandissent la menace d’une grève pour « dénoncer des détournements voilés des fonds publics ».

Pour eux, l’enjeu dépasse les primes. La taxe « Effort de reconstruction et stock stratégique » est censée garantir la sécurité énergétique nationale. Tout détournement fragiliserait l’approvisionnement en carburant.

« Chaque franc retiré de sa finalité, c’est un risque de pénurie », préviennent-ils.

Le gouvernement défend, de son côté, la nécessité de structurer la gestion du stock stratégique. Mais sur le terrain, la défiance persiste.

Entre impératif de gouvernance et soupçons d’opacité, le débat révèle une tension plus large : comment concilier gestion publique efficace et transparence dans un secteur aussi sensible que les hydrocarbures ?

Les syndicats attendent désormais des explications chiffrées et des garanties. Faute de quoi, le dossier pourrait rapidement quitter les salles de réunion pour gagner la rue.

Infos27

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