La menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial, ne concerne pas seulement le Moyen-Orient : elle expose brutalement la vulnérabilité des économies dépendantes des importations, au premier rang desquelles la République démocratique du Congo. Chaque jour, une part décisive du pétrole et du gaz consommés sur la planète transite par ce passage étroit. Sa paralysie provoquerait une flambée immédiate des prix, une inflation importée et une contraction des échanges, dont les effets se répercuteraient jusqu’au cœur de l’Afrique. Dans une tribune d’alerte, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku appelle à anticiper ce scénario extrême, soulignant les risques pour le pouvoir d’achat, la stabilité économique et le secteur minier, pilier des recettes nationales. Face à ce danger systémique, Kinshasa devra miser sur une stratégie de résilience : développement des capacités de raffinage, valorisation du potentiel hydroélectrique, relance agricole et constitution de réserves stratégiques. L’enjeu dépasse la gestion de crise. Si les routes maritimes venaient à se reconfigurer au profit de l’Atlantique, des infrastructures comme le port en eau profonde de Banana ou le corridor de Lobito pourraient devenir des atouts majeurs. Dans un monde interdépendant, l’avertissement est clair : se préparer n’est plus un choix, mais une condition de survie économique.
La menace d’une escalade militaire prolongée au Moyen-Orient fait peser une inquiétude croissante sur l’économie mondiale. Dans une tribune au ton grave, le ministre congolais du Commerce extérieur Julien Paluku met en garde contre les conséquences systémiques qu’aurait une fermeture du détroit d’Ormuz, ce passage stratégique par lequel transite une part essentielle de l’énergie consommée sur la planète. Loin d’être un simple point de tension régional, ce corridor maritime constitue, selon lui, le véritable « poumon de l’économie mondiale ».
Chaque jour, près d’un quart du pétrole consommé dans le monde et un tiers du gaz naturel liquéfié empruntent ce goulet étroit reliant le golfe Persique à l’océan Indien. Une interruption brutale du trafic provoquerait immédiatement un choc d’approvisionnement, susceptible de faire flamber les prix du brut au-delà de 100 dollars le baril et d’alimenter une inflation mondiale difficilement maîtrisable. Même sans blocage total, la montée des risques sécuritaires : attaques de missiles, drones ou sabotages, suffirait à renchérir les assurances maritimes et à détourner les armateurs, réduisant l’offre de transport énergétique.
L’inquiétude tient aussi à l’absence d’alternatives crédibles. Les pipelines reliant certains pays du Golfe à la mer Rouge ou au golfe d’Oman ne pourraient absorber qu’une fraction du flux habituel. Quant aux réserves stratégiques des grandes puissances, elles ne constitueraient qu’un amortisseur temporaire face à un choc prolongé. Dans ce scénario, Ormuz deviendrait une arme géopolitique majeure, capable de provoquer un véritable « arrêt cardiaque » de l’économie mondiale.
Pour la République démocratique du Congo, pourtant éloignée géographiquement de la zone, l’impact serait direct. Économie ouverte et dépendante des importations énergétiques, le pays subirait de plein fouet la hausse des prix du carburant et du transport, avec une inflation importée susceptible d’éroder le pouvoir d’achat. Le secteur minier, pilier des recettes nationales et grand consommateur de carburant, serait particulièrement exposé.
Face à cette menace, la tribune plaide pour une anticipation stratégique. À moyen terme, la réduction de la vulnérabilité passerait par la transformation locale du pétrole, la relance des capacités de raffinage, le développement agricole pour limiter la dépendance alimentaire et l’exploitation accrue du potentiel hydroélectrique. À court terme, la constitution de réserves stratégiques de carburant et de denrées de base apparaît comme une nécessité pour amortir les chocs.
Au-delà de l’urgence, la fermeture d’Ormuz pourrait redessiner les routes commerciales mondiales en faveur de l’Atlantique, renforçant l’importance des infrastructures portuaires africaines, notamment le port en eau profonde de Banana et le corridor de Lobito. Un basculement qui, s’il est anticipé, pourrait aussi ouvrir de nouvelles opportunités.
L’alerte est claire : dans un monde interdépendant, un conflit localisé peut déclencher une crise globale. Pour la RDC comme pour l’ensemble des économies fragiles, la question n’est plus de savoir si un tel choc surviendra un jour, mais si elles seront prêtes lorsqu’il se produira.
Tribune de Julien Paluku
Le commerce mondial retient son souffle : vers un séisme économique si le détroit d’Ormuz est fermé
Lorsque les USA et Israël parlent de plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient, cela n’est pas sans conséquences sur le commerce international. En effet, le détroit d’Ormuz est souvent qualifié de « poumon de l’économie mondiale ». Avec les tensions entre l’Iran et les USA, une fermeture de ce verrou stratégique ne serait pas seulement un incident régional, mais un séisme systémique.
L’importance stratégique : Un verrou sans alternative
Le détroit d’Ormuz est le point de passage maritime le plus important au monde pour le commerce de l’énergie. Environ 20 à 25 % de la consommation mondiale de pétrole (soit plus de 20 millions de barils par jour) et un tiers du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) mondial transitent par là.
Il est l’unique voie de sortie pour les exportations massives de l’Arabie saoudite, de l’Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït et du Qatar.
Plus de 75 % du pétrole transitant par le détroit est destiné aux marchés asiatiques (Chine, Japon, Inde, Corée du Sud), faisant d’Ormuz le cordon ombilical des usines du monde.
Les risques majeurs au niveau du commerce mondial
En cas de blocage total, le baril de Brent pourrait franchir la barre des 100 $ en quelques jours. Cela entraînerait une hausse brutale des prix et des coûts de transport, alimentant une inflation mondiale difficile à contenir pour les banques centrales.
Par ailleurs, même sans fermeture totale, le simple risque d’attaques de missiles et drones fait exploser les primes d’assurance maritime. Certains armateurs pourraient refuser de naviguer dans la zone, réduisant de fait l’offre de transport disponible.
Les scénarios de contournement :
Il n’existe actuellement aucune alternative capable d’absorber la totalité du flux d’Ormuz. L’Arabie saoudite et les Émirats disposent de pipelines vers la mer Rouge ou le golfe d’Oman, mais leur capacité ne couvre que 15 à 20 % du trafic habituel du détroit.
Les USA et l’Europe peuvent puiser dans leurs réserves, mais cela ne constitue qu’un remède à court terme.
En résumé, si l’Iran utilisait Ormuz comme arme de guerre, cela reviendrait à un « arrêt cardiaque » pour l’économie planétaire.
C’est précisément pour cette raison que les USA et leurs alliés considèrent la libre circulation dans le détroit comme une ligne rouge absolue.
Impact sur la RDC et perspectives
Bien que la RDC soit géographiquement éloignée du golfe Persique, son économie est hyperdépendante des flux mondiaux. Une fermeture du détroit d’Ormuz provoquerait une onde de choc qui se traduirait par : L’explosion du coût de la vie (inflation importée) ; L’impact sur le secteur minier, qui consomme d’énormes quantités de carburant pour faire tourner les engins.
Sur le plan structurel, si la RDC ne peut pas empêcher la fermeture d’Ormuz, elle peut réduire sa vulnérabilité en transformant son pétrole sur place par la relance de la SOCIR (Société congolaise des industries de raffinage), en produisant sa propre nourriture (parcs agro-industriels) et en utilisant son immense potentiel hydroélectrique (Inga).
Sur le plan conjoncturel (urgence) : Constitution et gestion de réserves stratégiques en augmentant les capacités de stockage de la SEP Congo (Services des entreprises pétrolières) et de la SONAHYDROC ; Création de réserves stratégiques de denrées de base (maïs, riz) pour stabiliser les prix sur le marché intérieur lorsque les coûts d’importation s’envolent.
En conclusion, pour faire face à ce genre de chocs exogènes, qui sont inévitables, la RDC a fait le choix de la diversification économique et de voies d’approvisionnement.
Si le détroit d’Ormuz est bloqué, le trafic mondial se déplacera massivement vers l’Atlantique, d’où l’importance stratégique du PORT EN EAU PROFONDE DE BANANA ET DU CORRIDOR DE LOBITO.
La planification permet d’anticiper.
Julien PALUKU

