La lutte contre Ebola en République démocratique du Congo entre dans une phase critique où les enjeux sanitaires se mêlent désormais aux contraintes sécuritaires et humanitaires. Face à l’expansion de la souche Bundibugyo dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, le ministre de la Santé Roger Kamba estime qu’aucune riposte efficace ne peut être menée dans les territoires occupés par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda. Lors d’un briefing conjoint avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le ministre de la Santé a réclamé l’ouverture urgente d’un couloir humanitaire et insisté sur la nécessité d’une riposte globale, alors que les autorités sanitaires suivent déjà 3.600 contacts et que l’Ituri devient le principal foyer actif de cette 17ᵉ épidémie.
La riposte contre Ebola demeure impossible dans les zones occupées par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda, a averti le ministre de la Santé Roger Kamba, exigeant le retrait des forces rwandaises et l’ouverture urgente d’un couloir humanitaire afin d’assurer le suivi des contacts, l’accès des équipes sanitaires et la prise en charge des populations exposées dans l’Est de la République démocratique du Congo, lors d’un briefing mardi sur la situation épidémiologique.
« Nous avons demandé un couloir humanitaire », a déclaré Roger Kamba.
Pour le ministre de la Santé, la gestion d’une épidémie comme Ebola ne peut être morcelée entre différentes zones de contrôle militaire sans compromettre l’efficacité de la riposte sanitaire.
« On ne peut pas mener une riposte isolée. Nous devons rétablir la riposte », a insisté Roger Kamba.
Le ministre a également estimé que les forces occupant certaines zones affectées ne disposaient ni de l’expertise sanitaire ni des capacités nécessaires pour gérer une épidémie aussi complexe qu’Ebola.
Au-delà du défi strictement médical, les autorités sanitaires reconnaissent désormais que cette 17ᵉ épidémie prend une dimension logistique, sécuritaire, communautaire et politique de plus en plus préoccupante.
Le ministre de la Santé a notamment alerté sur les mouvements permanents de populations entre les territoires occupés et les zones sous contrôle gouvernemental, compliquant considérablement les opérations de traçage.
« L’efficacité de la riposte pour une épidémie, à l’instar d’Ebola, est impérativement globale », a soutenu Roger Kamba.
Selon les autorités sanitaires, le suivi des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés constitue désormais le principal enjeu de la lutte contre la propagation du virus.
Actuellement, les équipes sanitaires suivent près de 3.600 personnes contacts, sans symptômes à ce stade, dans les différentes zones affectées. Les autorités considèrent ce dispositif comme le véritable test de la riposte.
Les experts sanitaires rappellent qu’en cas d’échec du suivi des contacts, la chaîne de transmission peut rapidement s’étendre de manière silencieuse à d’autres provinces.
L’Ituri devient l’épicentre de la propagation
Les données épidémiologiques présentées par le ministère de la Santé montrent une concentration inquiétante des cas dans la province de l’Ituri, devenue le principal foyer actif de cette 17ᵉ épidémie provoquée par la souche Bundibugyo.
Onze jours après la déclaration officielle de l’épidémie, les autorités sanitaires reconnaissent que la RDC se trouve encore « au début d’une épidémie », dans une phase caractérisée par « une croissance du nombre de cas, des malades et des décès ».
Selon les chiffres arrêtés au 25 mai 2026, près de 1.000 personnes symptomatiques ont déjà été identifiées dans les zones touchées, tandis que le taux de positivité des tests oscille entre 30 et 35 %, signe d’une circulation active du virus.
Le pays totalise actuellement 101 cas confirmés d’Ebola, 220 décès probables ainsi que 17 décès confirmés liés au virus. Les structures sanitaires prennent également en charge 230 personnes isolées et traitées.
La propagation reste concentrée dans trois provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Dans le détail, l’Ituri compte désormais 7 zones de santé affectées sur 36, contre 3 zones au Nord-Kivu et 1 zone au Sud-Kivu.
Les zones de santé de Mongbwalu, Bunia et Rwampara enregistrent actuellement les chiffres les plus élevés de cas suspects et confirmés.
Les autorités sanitaires précisent toutefois que, malgré plusieurs alertes signalées ailleurs dans le pays, « aucun cas n’a été confirmé en dehors de ces trois provinces ».
Le défi communautaire au cœur de la riposte
Les autorités sanitaires reconnaissent également que la lutte contre Ebola se heurte à des résistances communautaires persistantes dans plusieurs localités touchées.
Les équipes médicales font face à la méfiance, aux rumeurs, aux croyances locales, aux cas de dissimulation des malades ainsi qu’aux refus de collaboration de certaines familles.
Pour Roger Kamba, les agents communautaires, les équipes de sensibilisation, les chefs locaux et les leaders religieux jouent désormais un rôle essentiel dans l’interruption de la chaîne de transmission.
Le ministre estime que la peur de la stigmatisation constitue également un obstacle majeur dans certaines zones affectées.
Une molécule annoncée pour des essais cliniques
Parallèlement, Roger Kamba a annoncé l’arrivée prochaine en RDC d’une molécule ayant déjà démontré son efficacité contre plusieurs variantes du virus Ebola, notamment les souches Zaïre, Soudan et Bundibugyo.
« Cette molécule sera disponible pour un essai clinique », a indiqué le ministre.
Selon lui, cette avancée thérapeutique pourrait constituer un tournant important dans la prise en charge médicale, alors qu’aucun vaccin spécifique contre la souche Bundibugyo n’est actuellement disponible.
Infos27

