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6 juillet, 2026 - 18:42:24
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Les précédents que l’on oublie : Quand des prêtres contestaient déjà la CENCO… sans que le débat ne devienne tribal

Les faits ont la mémoire longue. Ceux qui s’empressent aujourd’hui d’attribuer à des considérations tribales la prise de distance de plusieurs prêtres de l’archidiocèse de Kananga vis-à-vis de la déclaration de la CENCO gagneraient à relire l’histoire récente de l’Église catholique en République démocratique du Congo. En 2006, des évêques du Grand Kivu avaient publiquement exprimé leurs réserves sur des positions de la hiérarchie catholique relatives au processus électoral. En 2011, des prêtres de la province ecclésiastique de Lubumbashi, au Katanga, s’étaient ouvertement désolidarisés du cardinal Laurent Monsengwo après sa célèbre déclaration sur les résultats de la présidentielle. À aucun de ces épisodes, le débat n’avait été réduit à une opposition entre communautés ou régions. Ressusciter aujourd’hui le réflexe tribal face au cas de Kananga relève moins d’une analyse objective que d’une volonté de discréditer un débat d’idées. L’histoire, elle, rappelle que les divergences au sein de l’Église ont toujours existé et qu’elles méritent d’être examinées sur le fond, non à travers le prisme de l’appartenance régionale.

Le débat suscité par la prise de position de plusieurs prêtres de l’archidiocèse de Kananga sur le changement de la Constitution mérite d’être replacé dans son contexte historique. Les désaccords internes au sein de l’Église catholique congolaise ne sont ni nouveaux ni exceptionnels. Ils ont jalonné plusieurs moments de la vie politique nationale, sans jamais être interprétés sous un prisme tribal.

Près de vingt prêtres de Kananga ont récemment pris leurs distances avec la déclaration de la CENCO du 19 juin, estimant qu’elle « n’est ni un décret, ni un arrêté, encore moins une décision » et qu’elle « ne peut s’ériger en une institution de la République ». Ils soutiennent que la Constitution peut être révisée ou changée par les voies prévues par la loi fondamentale et appellent au respect du libre arbitre des citoyens.

Ces positions ont immédiatement donné lieu, sur les réseaux sociaux et dans certains espaces politiques, à des lectures identitaires cherchant à opposer le Kasaï au reste du pays. Pourtant, l’histoire récente démontre exactement le contraire.

En 2011, le Katanga s’était désolidarisé du cardinal Monsengwo

Après les élections présidentielles de novembre 2011, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya avait déclaré que les résultats proclamés par la CENI n’étaient « conformes ni à la vérité ni à la justice ». Cette sortie avait provoqué une réaction inhabituelle d’une partie du clergé catholique.

Le 14 décembre 2011, les prêtres de la province ecclésiastique de Lubumbashi publièrent une longue déclaration dans laquelle ils prenaient leurs distances avec cette position. Ils reprochaient au cardinal de cibler particulièrement le Katanga et estimaient que « la vérité des urnes n’est pas une vérité théologique ».

Ces prêtres dénonçaient toute tentative de manipulation contre leur province et invitaient les contestataires à saisir la Cour suprême de justice plutôt que d’alimenter les tensions politiques. Ils rappelaient également que le rôle des pasteurs devait être de prêcher la paix et la réconciliation.

À aucun moment, ce débat n’avait été présenté comme une opposition entre communautés ou comme une fracture ethnique.

Le Grand Kivu avait également exprimé ses réserves

Quelques années auparavant, au lendemain des élections de 2006, plusieurs évêques du Grand Kivu avaient eux aussi exprimé leurs réserves face aux prises de position du cardinal Frédéric Etsou et de Mgr Laurent Monsengwo sur le processus électoral.

Là encore, il s’agissait d’un désaccord pastoral et institutionnel sur l’appréciation d’une situation politique. Le débat était resté centré sur les arguments développés par les uns et les autres, sans dériver vers une lecture tribale.

Une constante dans l’histoire de l’Église congolaise

Ces précédents rappellent une évidence : au sein de l’Église catholique en RDC, il n’a jamais existé de pensée unique. Des évêques, des prêtres ou des provinces ecclésiastiques ont déjà exprimé, à différentes périodes, des appréciations divergentes sur les grands événements politiques du pays.

Les prises de position des prêtres de Kananga s’inscrivent donc dans une tradition de liberté d’expression interne qui a déjà existé au Katanga, au Kivu ou à Kinshasa.

Transformer aujourd’hui ce débat en affrontement tribal reviendrait à ignorer les faits et à réécrire l’histoire. En 2006 comme en 2011, lorsque des religieux du Katanga ou du Grand Kivu avaient publiquement marqué leur désaccord avec certaines positions de la hiérarchie catholique, personne n’avait invoqué leur origine provinciale pour discréditer leurs arguments.

L’histoire invite ainsi à privilégier le débat sur le fond plutôt que les procès d’intention fondés sur l’appartenance régionale. C’est à cette condition que le pluralisme d’opinion, y compris au sein des institutions religieuses, peut contribuer sereinement au débat démocratique en République démocratique du Congo.

 

 

 

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