Face à l’annonce d’un dialogue national inclusif par le Président Félix Tshisekedi, le député national Olivier Katuala Kasanda a défendu, dans un entretien exclusif accordé à Infos27, une concertation ancrée dans la souveraineté, la Constitution et la recherche d’une paix durable. L’élu de Lukunga a estimé que ce processus ne devait ni remettre en cause la légitimité des institutions issues du suffrage universel ni servir de cadre à une quelconque légitimation de l’agression rwandaise et de l’occupation de territoires congolais. Pour ce membre de l’Union sacrée de la nation, la sécurité, le retrait vérifiable des forces étrangères, le silence des armes et la justice pour les victimes constituent des préalables essentiels à toute démarche de réconciliation. Il a également plaidé pour une participation active des victimes, des femmes, des jeunes et de la société civile, tout en excluant toute impunité pour les auteurs présumés de crimes graves. À ses yeux, les conclusions du dialogue devront déboucher sur des mécanismes de suivi contraignants, traduits en lois, en budgets et en actions concrètes, afin que la cohésion nationale ne se soit pas construite au prix de la souveraineté et de la justice.
Interview
Infos27 : Honorable Olivier Kasanda Katuala, quelles sont les conditions politiques, institutionnelles et sécuritaires indispensables pour garantir un dialogue national réellement inclusif et crédible en RDC ?
Honorable Olivier Kasanda Katuala : Un dialogue crédible exige d’abord le respect absolu des institutions issues du suffrage universel. Comme l’a clairement posé le Président de la République, il ne peut remettre en cause la légitimité des institutions ni se tenir à l’étranger. Il doit se dérouler sur le sol national, sous l’égide des institutions de la République, dans le strict respect de la Constitution et des lois.
Politiquement, seuls les Congolais qui condamnent explicitement l’agression rwandaise et le rôle du M23 comme outil de Kigali peuvent y prendre part. Présenter le conflit comme un simple problème interne, c’est masquer l’occupation, diviser le pays et donner du temps à l’agresseur. Institutionnellement, le cadre doit être transparent, avec un ordre du jour clair centré sur la cohésion nationale, la gouvernance et la paix juste. Sécuritairement, le préalable indispensable est un retrait vérifiable des forces rwandaises et le silence des armes. Sans cela, le dialogue risque de devenir un instrument de pression ou un marché politique au détriment de la nation. La victoire militaire, ou à tout le moins la neutralisation de l’ennemi, reste la condition d’une paix durable. Les demi-mesures de trente ans ont déjà coûté trop de vies.
Infos27 : Comment faire en sorte que le dialogue national s’attaque aux causes profondes des conflits : gouvernance, accès aux ressources, justice, pauvreté et insécurité, plutôt qu’à leurs seules conséquences ?
Honorable Olivier Kasanda Katuala : En refusant de réduire le conflit à ses symptômes. Les causes profondes sont l’agression extérieure motivée par le pillage des ressources, la faiblesse de la gouvernance locale dans certaines zones, l’impunité et la pauvreté qui en découle (d’où l’état de siège y décrété par endroit) . Le dialogue doit donc placer au centre : la restauration pleine et entière de l’autorité de l’État sur tout le territoire, la sécurisation des ressources minières au profit exclusif du peuple congolais, la réforme de la gouvernance locale pour plus d’efficacité, et surtout la justice pour les victimes.
Il faut lier explicitement paix et développement : un plan de reconstruction de l’Est, d’accès équitable aux ressources et de lutte contre la pauvreté. Mais aucune discussion sur la gouvernance ou les ressources ne peut servir d’alibi pour négocier avec ceux qui occupent. Le Président l’a dit : la paix juste sanctionne les crimes et transforme nos ressources en instruments de développement, non en carburant de guerre. C’est ainsi que nous briserons le cycle.
Infos27 : Quelle place accorder aux groupes armés, aux victimes des conflits, aux femmes, aux jeunes et aux organisations de la société civile dans le processus de dialogue et de construction de la paix ?
Honorable Olivier Kasanda Katuala : Les victimes des conflits, les femmes, les jeunes et la société civile doivent occuper une place centrale et active. Ce sont elles qui portent le poids du Genocost. Leur voix est essentielle pour la réconciliation authentique, la reconstruction et les garanties de non-répétition. Les organisations de la société civile crédibles, les confessions religieuses dans leur rôle d’apaisement, les femmes et les jeunes doivent être pleinement associés.
Quant aux groupes armés : uniquement ceux qui acceptent le désarmement, le désengagement, la condamnation claire de l’agression rwandaise et le respect de la souveraineté nationale. Le M23 n’est pas une rébellion autonome ; c’est un outil de l’armée rwandaise. Il n’y a pas de place à la table pour ceux qui continuent d’occuper et de piller. L’inclusion ne peut se faire au prix de l’impunité ou de la légitimation de l’agression. C’est la position ferme du Président et de notre famille politique.
Infos27 : Quels mécanismes de justice, de réconciliation et de lutte contre l’impunité faut-il mettre en place pour éviter que les accords issus du dialogue ne reproduisent les cycles de violence ?
Honorable Olivier Kasanda Katuala : Nous maintenons et confirmons avec force la position du Président de la République : la justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout et sans complaisance, afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression. Les crimes commis à l’Est (massacres, viols, recrutements d’enfants, pillage) ne doivent pas rester impunis.
Les mécanismes doivent combiner justice transitionnelle (vérité, réparations, réconciliation) et responsabilité pénale individuelle. Pas d’amnistie pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide. Des tribunaux spécialisés, le soutien à la CPI le cas échéant, et des mécanismes nationaux renforcés. Des exemples contemporains le confirment : en Ukraine, la communauté internationale et les juridictions nationales et internationales poursuivent les auteurs de crimes de guerre russes ; nul n’envisage d’accorder l’impunité au nom d’un « dialogue ». De même, les tribunaux pour l’ex-Yougoslavie ou le Rwanda lui-même ont montré que la paix durable exige la reddition de comptes. Laisser l’impunité, c’est garantir la répétition du Genocost. La réconciliation sincère repose sur la vraie justice.
Infos27 : Comment garantir que les engagements pris lors du dialogue national soient effectivement appliqués et permettent de construire une paix durable au-delà des compromis politiques de court terme ?
Honorable Olivier Kasanda Katuala : Par des mécanismes de suivi contraignants, sous l’autorité des institutions de la République : un comité de suivi paritaire (Majorité/Oppostion) avec des indicateurs vérifiables, des échéances claires, un rapportage public et des sanctions en cas de non-respect. Les engagements doivent être traduits en lois, en budgets et en actions concrètes (effort de guerre, reconstruction, réformes de gouvernance).
La paix durable ne se construit pas sur des compromis de court terme qui sacrifient la souveraineté. Elle exige la victoire sur l’agression, le retrait effectif des forces étrangères, le désarmement, le retour des déplacés, la justice pour les victimes et des garanties crédibles de non-répétition. Comme l’a rappelé le Président, les processus de Washington, Doha ou Montreux n’ont de sens que s’ils produisent des résultats concrets, vérifiables et irréversibles. Le Parlement et le Gouvernement doivent mobiliser tous les moyens de l’État pour l’effort de guerre et la mise en œuvre. Le peuple congolais, souverain, sera le gardien ultime de ces engagements.
Je reste convaincu que, sous le leadership du Président Félix Tshisekedi, et avec la détermination de tous les Congolais patriotes, nous pouvons transformer ce dialogue en un véritable sursaut national. Pas de paix avec celui qui occupe et pille. La victoire de la République et la justice pour nos martyrs d’abord.
Propos recueillis par Pitshou Mulumba

