Le constat est désormais difficile à éluder. À chaque nouvelle étape du processus de paix, Kigali revient aux FDLR comme à une justification centrale de son implication dans l’est de la République démocratique du Congo. Lundi, Paul Kagame l’a encore affirmé avec force : « Le problème du Rwanda a toujours été les FDLR au Congo. Et si ce problème n’est pas résolu, bien sûr, le Rwanda restera impliqué comme partie prenante à ce problème. Il n’y a pas d’autre alternative. » Cette déclaration appelle une réponse simple. Si la menace des FDLR constitue réellement la préoccupation sécuritaire première du Rwanda, alors cette menace doit être traitée par les mécanismes convenus entre les deux pays. Elle ne peut servir indéfiniment de justification à une présence militaire étrangère sur le territoire congolais.
Kinshasa ne peut certes pas nier l’existence des FDLR. Leur présence demeure une question de sécurité régionale. Mais la République démocratique du Congo a précisément accepté de s’attaquer à ce dossier dans le cadre de l’accord de Washington.
Et elle agit. Lors de la sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, tenue les 12 et 13 août à Genève, la RDC a présenté son plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration des FDLR. Les discussions ont porté sur sa mise en œuvre. Les parties ont aussi travaillé sur des mécanismes de suivi et de vérification.
Quelques semaines auparavant, Kinshasa avait annoncé la signature, par une faction des FDLR, d’un protocole de démilitarisation, de démobilisation et de cantonnement. Ce résultat ne règle pas tout. Il constitue néanmoins un acte concret. Il montre que la voie choisie par la RDC n’est pas celle de l’inaction.
Le mérite de Kinshasa est précisément d’avoir accepté de transformer une question sécuritaire ancienne en engagement vérifiable. La RDC doit poursuivre cet effort avec rigueur. Elle doit accélérer la mise en œuvre de son plan, produire des résultats mesurables et permettre aux mécanismes internationaux de les vérifier.
Mais Kigali a aussi des obligations
C’est ici que le discours de Kigali atteint sa limite.
L’accord de Washington ne prévoit pas que la RDC neutralise les FDLR pendant que le Rwanda conserve ses forces en territoire congolais. Les engagements sont réciproques. Le dispositif prévoit la neutralisation des FDLR par la RDC et, parallèlement, le désengagement des forces rwandaises et la levée des mesures défensives de Kigali.
Le mécanisme conjoint de sécurité a précisément été conçu pour suivre ces engagements. En juillet, Kinshasa et Kigali avaient encore réaffirmé leur volonté d’accélérer à la fois la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces rwandaises.
La logique est donc limpide : si les FDLR constituent la menace invoquée par Kigali, leur neutralisation doit conduire à la fin de la justification sécuritaire avancée pour maintenir une intervention militaire au Congo. Le contraire serait dangereux.
Car une menace sécuritaire, aussi réelle soit-elle, ne confère pas à un Etat un droit permanent d’intervention chez son voisin. La souveraineté de la RDC n’est pas négociable. Sa sécurité non plus.
Ne pas confondre sécurité et occupation
Le débat ne doit surtout pas être déplacé vers une querelle de déclarations. Il doit revenir aux faits.
La RDC doit neutraliser les groupes armés présents sur son territoire. Elle doit protéger les civils. Elle doit empêcher que son sol serve de base à des attaques contre ses voisins. Elle doit aussi respecter ses engagements internationaux.
Mais le Rwanda doit faire exactement la même chose : respecter l’intégrité territoriale congolaise, mettre fin à toute présence militaire non autorisée et renoncer à soutenir des groupes armés. La paix ne peut être à sens unique.
C’est pourquoi les efforts engagés par Kinshasa méritent d’être reconnus. Ils ne doivent pas être minimisés par les accusations de Kigali. Ils doivent, au contraire, être accompagnés d’exigences identiques envers le Rwanda.
La RDC n’a pas intérêt à une guerre sans fin. Elle a intérêt à une paix contrôlée, vérifiable et durable. Elle doit donc continuer à avancer sur le dossier des FDLR, sans faiblesse et sans complaisance.
Mais elle doit aussi rappeler une évidence : neutraliser les FDLR ne signifie pas accepter l’occupation de son territoire.
Si Kigali veut réellement tourner la page des FDLR, qu’il permette au mécanisme prévu par l’accord de Washington d’aller jusqu’au bout. Que Kinshasa neutralise la menace. Que Kigali retire ses forces. Que tous les groupes armés déposent les armes.
Alors seulement, les actes pourront remplacer les prétextes. Et la paix, enfin, pourra devenir autre chose qu’une promesse répétée.
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