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8 novembre, 2026 - 16:27:48
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La Francophonie à l’épreuve de ses valeurs : Rwanda ou RDC, la France doit choisir !

À l’approche du sommet de Phnom Penh, la question de la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend les allures d’une épreuve de vérité pour la diplomatie française et les États membres. Pour la République démocratique du Congo, il ne s’agit plus d’une simple compétition entre candidats, encore moins d’une querelle de personnes. C’est une question de principes, de souveraineté et de dignité nationale. Comment justifier le maintien à la tête d’une organisation qui proclame la paix, la démocratie et le respect du droit d’une personnalité politique issue d’un pays dont le soutien militaire au M23 a été expressément condamné par le Conseil de sécurité des Nations unies ? La résolution 2773 est sans ambiguïté sur ce point. Dès lors, demander à Kinshasa de passer outre ses préoccupations pour préserver un consensus diplomatique reviendrait à lui demander de reléguer ses propres blessures au second plan. La France, qui multiplie les démarches pour éviter une rupture, doit mesurer l’enjeu : une Francophonie qui perdrait la RDC pour préserver la reconduction de Louise Mushikiwabo porterait durablement les stigmates d’un choix politique lourd de conséquences.

La Francophonie ne peut pas être réduite à un club diplomatique où les arrangements entre capitales primeraient systématiquement sur les principes fondateurs. Sa vocation dépasse largement la promotion de la langue française. Elle revendique également la démocratie, l’État de droit, les droits humains, la solidarité et la prévention des conflits. Ces engagements sont précisément ceux qui donnent à l’organisation sa légitimité internationale.

C’est à l’aune de ces valeurs que la controverse autour d’un éventuel troisième mandat de Louise Mushikiwabo doit être appréciée. L’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, à la tête de l’OIF depuis 2019, sollicite un nouveau mandat dans un contexte profondément différent de celui de sa première élection en 2018. La crise sécuritaire dans l’est de la RDC a considérablement détérioré les relations entre Kinshasa et Kigali.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, dans sa résolution 2773 adoptée le 21 février 2025, a condamné l’offensive du M23 menée avec l’appui et la participation directs des Forces de défense rwandaises. Il a notamment exigé la cessation de ce soutien et le retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Ce texte constitue un élément majeur du dossier diplomatique que Kinshasa ne saurait ignorer.

Dans ces conditions, la contestation congolaise ne peut être simplement balayée comme une manifestation de rivalité bilatérale. Elle pose une question politique fondamentale : les principes proclamés par une organisation internationale doivent-ils peser dans le choix de ceux qui la dirigent ?

Paris face à une responsabilité diplomatique

Les démarches attribuées à Paris pour rapprocher Kinshasa et Kigali témoignent de l’inquiétude française devant une possible crise institutionnelle. La perspective d’un retrait congolais de l’OIF, si Louise Mushikiwabo venait à être reconduite, représente un enjeu considérable pour l’avenir et le rayonnement de l’organisation.

Mais la diplomatie française ne peut raisonnablement rechercher la préservation de l’unité francophone en donnant l’impression que les préoccupations congolaises constituent une variable secondaire. La France doit mesurer les conséquences politiques d’un éventuel soutien à une reconduction contestée par Kinshasa.

Vouloir préserver simultanément les relations avec Kigali et l’appartenance de la RDC à l’OIF suppose davantage qu’une succession de consultations discrètes. Cela exige une position cohérente avec les principes que Paris affirme défendre sur la scène internationale.

La question n’est donc pas de demander à la France de choisir arbitrairement entre deux peuples, mais de lui rappeler qu’aucun compromis diplomatique ne saurait effacer les exigences de souveraineté et de respect du droit international.

La RDC n’est pas un membre ordinaire de la Francophonie

Avec son poids démographique et linguistique, la RDC occupe une place stratégique dans l’espace francophone. Son importance ne se limite pas à son statut de membre : elle représente un centre majeur de diffusion du français et un acteur incontournable de l’avenir de cette communauté.

Le sommet de Phnom Penh, prévu les 15 et 16 novembre 2026, ne peut donc traiter la contestation congolaise comme un simple désaccord protocolaire. Pour la première fois, la désignation du secrétaire général intervient dans le cadre d’une procédure formalisée d’audition des candidats et d’un vote annoncé entre plusieurs prétendants, dont la Congolaise Juliana Lumumba.

La RDC dispose ainsi de moyens institutionnels et diplomatiques pour défendre sa position. Elle peut soutenir sa candidate, rechercher des convergences avec d’autres États membres et faire valoir ses arguments dans le cadre de la procédure de désignation.

Le prix d’un consensus qui oublierait le Congo

Dans l’opinion congolaise, les appels à ne pas cautionner une nouvelle reconduction de la candidate rwandaise prennent une dimension qui dépasse les cercles politiques. Des voix s’élèvent pour réclamer une position ferme, estimant que l’appartenance à une organisation internationale ne doit jamais obliger un peuple à relativiser les atteintes à sa souveraineté.

Il serait toutefois réducteur de considérer cette mobilisation comme une simple posture de circonstance. Elle traduit une interrogation profonde sur la place accordée à la RDC dans les institutions multilatérales et sur la portée réelle des principes qu’elles affichent.

Le débat est désormais posé : quelle crédibilité pour une Francophonie qui entend promouvoir la paix sans prendre suffisamment en considération les préoccupations d’un de ses membres les plus importants ?

Si les États membres décidaient de reconduire Louise Mushikiwabo malgré les objections de Kinshasa, les autorités congolaises auraient à assumer les conséquences de leur position, y compris celle d’un éventuel retrait de l’organisation. Une telle décision serait lourde, tant pour la RDC que pour l’OIF.

La France et les autres membres doivent donc mesurer ce que signifierait une Francophonie qui conserverait sa direction actuelle au prix d’une rupture avec Kinshasa. Car une organisation ne peut prétendre incarner une communauté de valeurs si la préservation de ses équilibres diplomatiques finit par occulter les préoccupations fondamentales de ses membres.

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