Alors qu’une vidéo du ministre rwandais des Affaires étrangères affirme que la levée des mesures de défense par Kigali dépendrait de la « neutralisation des FDLR » par la RDC conformément à l’accord signé à Washington, la déclaration a enflammé les réseaux sociaux congolais. Y voient-ils un piège, un énième mécanisme permettant au Rwanda de justifier une présence sécuritaire dans l’Est du Congo ? Interpellé sur ce sujet, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a livré une lecture politique sans détour. Dans une métaphore appuyée, évoquant le Rwanda comme « père » et le M23 comme « fils », il rappelle que « le monde entier sait qui a engendré quoi » et assure que Kinshasa reste « scrupuleusement attaché » à ses engagements. Entre diplomatie officielle, bataille narrative et soupçons persistants sur les intentions de Kigali, le débat reprend une intensité nouvelle.
Une séquence diplomatique, une vidéo et un échange en conférence de presse auront suffi à rallumer un débat que la médiation internationale tente laborieusement d’encadrer. Dans un enregistrement circulant depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux, le chef de la diplomatie rwandais affirme que Kigali lèvera ses mesures de défense une fois que Kinshasa aura « neutralisé les FDLR », conformément à l’accord signé à Washington. Une conditionnalité qui suscite des interrogations en RDC : certains y lisent la confirmation d’un engrenage permettant au Rwanda d’entretenir, à son avantage, l’instabilité dans la région.
Interrogé à ce sujet par le journaliste Pitshou Mulumba (Infos27), le ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a répondu avec une fermeté maîtrisée. « D’ordinaire, je n’aime pas commenter les propos distillés par celui que vous citez », a-t-il d’abord lâché, avant de rappeler le cadre des engagements pris. « Nous sommes dans un processus où nous avons des engagements, où nous avons une médiation… Nous nous en tenons à nos engagements que nous exécutons de bonne foi ».
« Le père qui renie le fils » : une charge politique assumée
S’appuyant sur une métaphore devenue virale, Patrick Muyaya a réaffirmé l’origine du mouvement rebelle M23. « Je rappelle encore pour que cela soit bien fixé dans la mémoire collective : nous tous, nous savons que le M23 est une création du Rwanda. Nous tous, nous savons aussi que le Rwanda a toujours nié la création du M23. Le père qui renie le fils », a-t-il insisté.
Loin d’une figure de style, le ministre a invoqué les sources internationales : « Tous les rapports des Nations unies, tous les rapports des services de renseignements des gouvernements occidentaux disent que c’est le père, le Rwanda, qui est le créateur du fils, le M23 ».
Kinshasa voit dans les déclarations de Kigali une stratégie narrative récurrente visant à justifier la présence de ses troupes et alliés dans l’Est. « Les intentions du Rwanda, les verbiages habituels sont connus », affirme M. Muyaya, qui assure que les médiateurs internationaux « savent qui est responsable de quoi sur le terrain ».
Le porte-parole replace aussi la crise actuelle dans une histoire plus longue de rébellions soutenues par Kigali. « Avant le fils actuel, il y avait d’autres fils. Dites-moi où se trouvent les RCD, qui étaient d’ailleurs plus puissants que le fils actuel… L’essor de ceux qui ont été utilisés est connu, et c’est cette même histoire qui va se répéter », prévient-il.
Si Kinshasa assure respecter scrupuleusement les termes de l’accord de Washington, Patrick Muyaya laisse entendre que les prochains jours seront déterminants : « Dans les jours qui viennent, il y aura une évolution et on verra ce que cela va donner ».
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