77.38 F
Kinshasa
14 mai, 2026 - 06:03:36
Image default
Flash InfosJusticeLa une

Condamné à trente ans à Paris, Roger Lumbala annonce son appel

La condamnation de Roger Lumbala par la Cour d’assises de Paris ne referme pas le dossier, mais elle a déjà valeur de rupture. En annonçant son intention de faire appel, l’ancien opposant congolais prolonge une bataille judiciaire qui dépasse sa seule personne. Car derrière le verdict de trente ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité, c’est une page sombre de la guerre en Ituri qui ressurgit, vingt-trois ans après l’opération « Effacer le tableau ». Tandis que les soutiens de Lumbala dénoncent une justice étrangère qu’ils jugent illégitime, les victimes, elles, parlent enfin de reconnaissance. En Ituri, la société civile réclame désormais l’indemnisation et des réparations concrètes. Pour les organisations de défense des droits humains, le jugement marque une avancée majeure contre l’impunité des chefs de guerre. Au-delà de l’appel annoncé, la décision parisienne pose une question centrale : celle de la responsabilité pénale internationale face aux crimes de masse commis dans l’Est congolais.

Au lendemain de sa condamnation à trente ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, l’ancien opposant congolais Roger Lumbala a choisi de contre-attaquer sur le terrain judiciaire. Son collectif d’avocats a annoncé, mardi 16 décembre, son intention d’interjeter appel dès le lendemain, une démarche confirmée par Maître Tshibangu Kalala au micro de Radio Okapi.

Selon la défense, le verdict n’a rien d’une surprise. Roger Lumbala avait en effet refusé d’assister aux audiences, un choix interprété par la cour comme un refus de se défendre, et qui a pesé dans l’appréciation finale des juges. Ancien député et figure politique congolaise, Lumbala était poursuivi en France pour des faits liés à des crimes commis en République démocratique du Congo au début des années 2000.

Un verdict qui ravive la mémoire de l’Ituri

Les faits jugés remontent à 2002 et 2003, lors de l’opération dite « Effacer le tableau », menée par des éléments du Rassemblement congolais pour la démocratie–National (RCD-N), mouvement rebelle dirigé par Roger Lumbala. À l’époque, l’Ituri est plongée dans une guerre d’une extrême violence. Selon de nombreux témoignages et rapports d’ONG, cette opération visait à éliminer toute opposition à l’occupation rebelle.

Des milliers de civils auraient été tués dans les chefferies de Mambasa, Babila Babombi, Bwakwanza et Lese. Des femmes ont été violées, des villages vidés de leurs habitants, contraints de fuir vers Beni, au Nord-Kivu, ou vers Bafwasende, dans l’actuelle province de la Tshopo. Plusieurs organisations ont documenté des violences préméditées, qualifiées de crimes contre l’humanité, avec l’usage du viol comme arme de guerre et des exécutions sommaires.

Entre appel judiciaire et attente des victimes

Si certains soutiens de Roger Lumbala dénoncent une justice étrangère qu’ils estiment « illégitime », les réactions en Ituri vont dans un sens diamétralement opposé. Dans le territoire de Mambasa, la société civile locale salue un verdict perçu comme un soulagement moral pour les survivants, tout en jugeant la peine insuffisante au regard de l’ampleur des crimes.

Les organisations de défense des droits humains parlent, elles, d’une avancée significative dans la lutte contre l’impunité. Pour l’ONG Justice-Plus, la condamnation revêt un caractère « pédagogique ». « Elle envoie un signal fort à tous les chefs de guerre qui continuent de commettre des crimes graves en Ituri et dans l’Est de la RDC », explique Bienvenue Ukech, chargé de programme de l’organisation.

La question centrale des réparations

Au-delà de la peine, la revendication principale reste celle des réparations. La Nouvelle Société civile de Mambasa appelle la Cour d’assises de Paris à accélérer le processus d’indemnisation des victimes de l’opération « Effacer le tableau ». Vingt-trois ans après les faits, des milliers de survivants attendent toujours une reconnaissance matérielle des souffrances endurées.

Roger Lumbala dispose désormais de quinze jours pour formaliser son appel. Mais quelle que soit l’issue de cette nouvelle étape judiciaire, le verdict parisien a déjà produit un effet politique et symbolique majeur : rappeler que, même des décennies plus tard, les crimes de masse peuvent encore trouver un écho devant la justice internationale.

Infos27

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus