Ils ont choisi de parler depuis l’étranger, mais pour peser sur le débat national. À Washington, une délégation de Congolais banyamulenge vivant aux États-Unis a publiquement rejeté toute assimilation de leur communauté à l’agression dans l’Est de la RDC. Reçus par le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, ces représentants de la diaspora ont dénoncé l’instrumentalisation de leur identité par Rwanda pour justifier l’instabilité sécuritaire. Un message politique clair : dissocier les Banyamulenge congolais des agendas régionaux et réaffirmer leur attachement à la souveraineté nationale.
La prise de parole se voulait nette. Sans ambiguïté. Mardi, à Washington, une délégation de Congolais banyamulenge résidant aux États-Unis a rencontré le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Au cœur des échanges : la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo et l’image de cette communauté, régulièrement citée dans les discours liés au conflit.
Les représentants de la diaspora ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation politique.
« Nous avons attendu longtemps d’avoir des canaux de communication avec les autorités de notre pays. Aujourd’hui c’est chose faite », s’est réjouie Me Émilie Muhizi, présidente d’une mutualité des Banyamulenge aux États-Unis, saluant l’ouverture d’un dialogue direct avec Kinshasa.
Rejeter l’amalgame
Le message principal visait à lever toute confusion entre appartenance communautaire et agendas militaires.
Selon les participants, l’identité banyamulenge ne saurait être utilisée pour justifier les violences armées dans l’Est ni servir d’alibi aux ingérences extérieures. Plusieurs intervenants ont insisté sur leur attachement à la citoyenneté congolaise et à l’intégrité territoriale du pays.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où la question des appartenances ethniques reste particulièrement sensible dans le débat public congolais, souvent exploitée dans les narratifs de guerre.
Une parole plus offensive
La rencontre a également donné lieu à des déclarations plus combatives.
Ancien militaire, Bosco Manyota s’est exprimé en lingala : « Les militaires rwandais sont des peureux. Nous, militaires congolais, sommes plus aguerris que les soldats rwandais. Nous devons juste nous organiser et gagner cette guerre. »
Des propos qui traduisent la frustration d’une partie de la diaspora face à la persistance de l’insécurité, mais aussi la volonté d’affirmer une loyauté nationale sans équivoque.
Pour le gouvernement, ces échanges participent d’une stratégie plus large de rapprochement avec les communautés congolaises de l’étranger, perçues comme des relais d’influence et de cohésion.
En rencontrant cette délégation, Patrick Muyaya entendait aussi désamorcer les amalgames et réaffirmer que les conflits armés relèvent d’enjeux géopolitiques, non communautaires.
Au-delà des déclarations, la séquence souligne une réalité : la bataille autour de l’Est se joue aussi sur le terrain des récits. Et la diaspora veut désormais y prendre sa part.
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