En Ituri, la bataille contre la fraude minière s’organise. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya N’kashama, a réuni plusieurs opérateurs économiques du secteur extractif pour les sensibiliser aux exigences de traçabilité des minerais, dans une province où l’or constitue l’un des principaux leviers économiques.
L’initiative intervient dans un contexte marqué par la persistance de circuits parallèles d’exportation et par une érosion significative des recettes publiques. Province stratégique pour la production aurifère, l’Ituri concentre une activité minière dense dont une part échappe encore au contrôle formel de l’État.
Canaliser la production vers les circuits officiels
Au cœur des échanges : la nécessité d’une canalisation stricte de la production vers les comptoirs agréés et le respect des obligations administratives par tous les acteurs de la chaîne.
« Il faut une canalisation stricte de la production sur des sites miniers vers les comptoirs agréés, car sans traçabilité, pas de recettes fiables. Les négociants doivent avoir leurs cartes des négociants. Les exploitants doivent avoir leurs cartes des creuseurs. Les coopératives doivent avoir leurs documents d’agrément. Toute la production doit se canaliser vers des comptoirs agréés. On a insisté sur ça à l’issue de cette entrevue fructueuse avec le gouverneur militaire », a déclaré Christophe Lonema, président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) en Ituri.
L’objectif affiché est clair : mettre un terme à l’« hémorragie financière » liée aux minerais qui échappent au circuit officiel, et renforcer la fiabilité des recettes publiques dans une province à fort potentiel aurifère.
Restaurer la confiance et assainir le secteur
Au-delà des impératifs fiscaux, les autorités provinciales entendent tourner la page d’une économie parallèle qui fragilise l’autorité de l’État et alimente l’instabilité. La démarche vise à rétablir un climat de confiance entre l’administration, les exploitants miniers et les communautés locales.
La réunion marque ainsi une tentative de convergence entre pouvoir public et opérateurs privés autour d’un même impératif : formaliser l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à la commercialisation.
Une évaluation de la mise en œuvre des recommandations est annoncée pour la fin du mois de mars 2026. D’ici là, les autorités entendent mesurer l’effectivité des engagements pris et l’impact des nouvelles orientations sur la traçabilité et les recettes minières.
Melis Boasi, correspondant au Nord-Kivu

