De nos jours, ce qu’on a appelé « philosophie » n’est (devenue) que de la sociologie appliquée au journalisme pour devenir « débats de société ». Parce que les philosophes et les hommes politiques ne peuvent exister qu’à condition d’avoir détruit ce qui a philosophé avant eux. C’est un principe. N’en déplaise !
Je lisais les querelles philosophiques lorsqu’ a éclaté la polémique sur la métaphore du Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi.
Je me suis arrêté sur la querelle entre saint Augustin et Pélage, le premier traitant le second de « gros chien de montagne » et le second traitant le premier de « seigneur des ânes ». Il y a toujours une relation de l’homme avec les bêtes. Mobutu, le grand Léopard, Ngiama Werrason est le Lion, roi de la forêt. Fally Ipupa est Aigle. Soit !
Au demeurant, monsieur Jeufroy répond à Bouvard et Pécuchet qui s’interrogent sur le sens de la grâce : « Puisque la chair est maudite, comment se fait-il que l’on doive remercier Dieu pour le bienfait de l’existence ? (…) Où est le signe de la grâce ? »
Alors que l’existence des bêtes féroces est antérieure à la Chute, comment parler du péché originel ? On va le constater.
L’une des querelles les plus persistantes et acharnées de la théologie est née d’une différence de tempérament irréductible entre un laïc breton, Pélage et Augustin, l’évêque africain.
Deux tempéraments mais aussi deux visions de l’Église. Augustin laissa le soin de dénigrer Pélage à ses disciples pour permettre à ce dernier d’inspirer le premier chapelet d’injures chrétiennes. Pour saint Jérôme parlant pour le compte Augustin, Pélage n’est qu’un « gros chien de montagne », un « grand abruti » alourdi de porridge écossais. On se moquait de son obésité qui lui donnait une « démarche de tortue ».
Aux yeux de ces « champions du jeûne » aspirant à une « dignité d’homme mince », toute personne qui a de l’embonpoint ne peut avoir la finesse de la pensée selon la formule « S’il est gros, c’est qu’il est faux ».
A l’aise dans sa chair, Pélage était aussi, semble-t-il, en paix avec son sexe.
Cette opposition des tempéraments et de théologie se manifesta davantage de la querelle qui opposa Augustin et Jérôme à Pélage autour d’une femme de haute société romaine, Démétriade qui voulait se consacrer à la vie religieuse.
Augustin lui recommande la soumission et la modestie en s’adressant à la mère et à la grand-mère de Démétriade là où Pélage lui conseille de regarder son âme au fond des yeux, de « faire la coquette ». Faire comme Augustin dans les « Confessions » pour s’en servir (la beauté) comme un miroir dans lequel l’âme regarde son reflet pour corriger ses laideurs ou accroître ses beautés.
Pélage s’attaque à celui qui avait goûté du sexe les fureurs et les délices et qui conseille à la dame de s’en méfier (L’âme fornique, Augustin panique).
Là où l’évêque Augustin prônait une morale de la soumission et de la grâce, Pélage le laïc défendait l’ascèse dans une morale de surhomme : récuser le péché originel, c’était n’en autoriser aucun autre sans pour autant vouer le pécheur à la damnation.
Julien d’Éclane, partisan de Pélage, fit cette phrase « Augustin est un persécuteur des nouveau-nés et le seigneur des ânes ».
A un problème théologique qui empoisonna l’histoire de la chrétienté, Augustin et les siens apporteront une solution politique en obtenant de l’empereur Honorius un décret d’expulsion de Rome de Pélage et Caelestius. Pélage sera aussi expulsé des lieux saints en Palestine.
Une autre querelle, celle qui opposa Pierre Adelard, audacieux introducteur de la logique et de la dialectique à Bernard de Clairvaux, prédicateur de la seconde croisade et futur saint sur le droit de mettre en doute, condition de la recherche de la vérité et le devoir de la démonstration rationnelle (philosophie) et du côté de la théologie, la soumission de l’esprit à la révélation, l’adhésion de la foi aux dogmes et la confiance données aux autorités pour la clarification. Le fait de vouloir expliquer la Trinité à travers la philosophie comme le fait Adelard est appelé « Stupidologie ».
Voltaire et Jean-Jacques Rousseau ont vécu dans une confrontation passionnelle, Voltaire multipliant des pamphlets et s’attaquant à la personne même de Jean-Jacques le traitant de catin et de valet suborneur de la fille qui révèle l’abandon de ses enfants et le présentant en un aventurier attaqué par la vérole. Rousseau devient un malade mental qu’on va interner.
L’opposition entre Joseph Kabila et Félix-Antoine Tshisekedi relève du centre et de la périphérie, deux mondes différents.
Les nostalgiques n’ont jamais compris qu’un monde avait fini avec le premier (18 ans) et qu’un autre commençait avec le second. De la même manière, Joseph Kabila a mis fin à un monde lui légué par Laurent-Désiré Kabila en soumettant un certain Mwenze Kongolo (comme tant d’autres à la prison) à la démence et à l’errance.
Le départ volontaire de Joseph kabila de la RDC est une sorte de retraite dispersée, mélancolique/méditative pour certains de ses ouailles mais traîtresse, guerrière et énervante pour d’autres.
D’où cette rupture qui se voulait silencieuse mais la présence de Joseph Kabila chez Kagame l‘aura rendue bouillante, vindicative et révoltante. Il n’y a pas de dette de l’un envers l’autre à payer. L’un a fini son mandat et a rejoint la rébellion et l’autre est dans son mandat et combat ladite rébellion. L’un a damné la mémoire de mzee Laurent-Désiré Kabila, l’autre cherche à la conserver en montrant que le premier à trahi son père en allant au Rwanda.
Il n’y a pas d’amitié. C’est une rupture, une cassure épistémologique.
Une véritable relation d’amitié est impossible entre les deux. Ils pouvaient être égaux de par la fonction occupée mais jamais semblables.
A-t-il raison ou tort ? Il n’y a que des idiots qui ne comprendront jamais et qui se mettront à répondre à Félix-Antoine Tshisekedi.
Mzee Kabila traitait ses coéquipiers de l’AFDL d’un conglomérat d’aventuriers. Nguz a traité Mobutu d’incarnation du mal. Frantz Fanon les appelait « chiens de garde du colonialisme ». Qui dit mieux !
Nicaise Kibel’Bel Oka

