En infligeant des sanctions économiques directes au Rwanda, le Canada envoie un message clair : l’agression contre la RDC ne restera pas sans conséquence. En suspendant les exportations de technologies contrôlées, en gelant la coopération commerciale gouvernementale et en révisant sa participation aux événements internationaux organisés à Kigali, Ottawa frappe là où cela fait mal. Cette posture tranche avec l’attention de certains partenaires internationaux et marque un tournant diplomatique qui pourrait rebattre les cartes dans la région des Grands Lacs.
La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, le ministre du Développement international, Ahmed Hussen, et la ministre de la Promotion des exportations, du Commerce international et du Développement économique, Mary Ng, ont pris lundi 3 mars à Ottawa une position sans équivoque face à la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans une déclaration conjointe, ils ont dénoncé avec force l’occupation de territoires congolais par le Mouvement du 23 mars (M23) et la présence des Forces rwandaises de défense sur le sol congolais.
Le Canada a exprimé sa vive préoccupation face aux violations répétées de l’intégrité territoriale de la RDC, pointant directement la responsabilité du Rwanda dans le soutien accordé au M23. « Nous condamnons la présence des Forces rwandaises de défense en RDC et leur soutien au M23, qui constituent des violations flagrantes de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la RDC et de la Charte des Nations Unies », a affirmé Mélanie Joly.
Face à cette escalade, Ottawa a appelé toutes les parties prenantes à privilégier le dialogue et à œuvrer pour une solution pacifique afin d’éviter une déstabilisation accrue de la région des Grands Lacs.
Des crimes de guerre et une situation humanitaire alarmante
Le gouvernement canadien a également dénoncé les atrocités commises dans l’est de la RDC, citant des attaques indiscriminées contre les civils, les personnes déplacées, les acteurs humanitaires et les forces de maintien de la paix de l’ONU. Le Canada s’est particulièrement alarmé des violences sexuelles infligées aux femmes et aux filles dans le cadre du conflit, qualifiant ces actes d’odieux et de contraires aux normes du droit international.
En réaffirmant son soutien à la Cour pénale internationale (CPI), Ottawa a souligné l’importance d’assurer justice aux victimes de ces crimes et de permettre des réparations dans le cadre des enquêtes en cours.
Un soutien humanitaire renforcé
En réponse aux agissements du Rwanda, le Canada a annoncé une série de mesures économiques et diplomatiques à l’encontre de Kigali : Suspension de la délivrance de licences pour l’exportation de marchandises et de technologies contrôlées vers le Rwanda ; Suspension des nouvelles activités commerciales entre les gouvernements canadien et rwandais, ainsi que du soutien aux entreprises canadiennes souhaitant développer des projets au Rwanda ; Révision de la participation du Canada aux événements internationaux organisés au Rwanda et des propositions de Kigali pour accueillir de futurs événements internationaux.
Le haut-commissaire du Rwanda au Canada a été convoqué par Affaires mondiales Canada pour être informé officiellement de ces décisions. Ottawa a par ailleurs averti que de nouvelles sanctions pourraient être envisagées si le Rwanda persistait dans ses violations du droit humanitaire international.
Un engagement humanitaire fort pour la RDC
Conscient de la gravité de la situation humanitaire dans l’est du Congo, le gouvernement canadien a également annoncé un appui financier supplémentaire de 15 millions de dollars canadiens pour répondre aux besoins des populations affectées par la crise. Cette aide vise à soutenir les organisations humanitaires sur le terrain afin de fournir une assistance vitale aux déplacés et aux personnes les plus vulnérables.
Le Canada a salué les efforts des organisations régionales telles que la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et l’Union africaine (UA) pour instaurer une paix durable dans la région. Ottawa a exhorté les parties prenantes à respecter les engagements des processus de paix de Luanda et de Nairobi, afin de mettre un terme aux hostilités et de s’attaquer aux causes profondes du conflit.
Par cette déclaration, le Canada réaffirme son engagement en faveur de la souveraineté de la RDC et de la stabilité régionale, tout en renforçant son action diplomatique et humanitaire pour atténuer les souffrances des populations touchées par ce conflit meurtrier.
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