La décision était attendue, scrutée, parfois redoutée. Elle est finalement tombée comme un signal de confiance. En validant la deuxième revue des programmes FEC et FRD conclus avec la République démocratique du Congo, le Fonds monétaire international (FMI) acte la résilience d’une économie sous pression, confrontée à une guerre persistante à l’Est, à des contraintes budgétaires sévères et à des chocs climatiques récurrents. L’exercice n’avait rien d’académique : il s’agissait de mesurer la solidité d’un cadre macroéconomique mis à l’épreuve par l’urgence sécuritaire et humanitaire, sans renoncer aux réformes de fond. Réunis lundi 22 décembre au Centre financier de Kinshasa, le ministre des finances, le gouverneur de la Banque centrale du Congo et le représentant résident du FMI ont livré une lecture convergente : discipline budgétaire maintenue, réformes structurelles engagées, résultats globalement satisfaisants. Reste désormais l’enjeu central : transformer cette validation technique en levier durable de stabilité, d’investissement et de croissance inclusive.
La deuxième revue des programmes de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) a été formellement validée, ouvrant la voie à de nouveaux décaissements et confirmant la crédibilité du cadre macroéconomique congolais.
Ces conclusions ont été au centre d’un point de presse tenu lundi 22 décembre au Centre financier de Kinshasa, co-animé par le ministre des finances, Doudou Fwamba, le gouverneur de la Banque centrale du Congo et le représentant résident du FMI en RDC.
Deux programmes, une même ligne : discipline et réformes
Le programme FEC, d’un montant de 1,729 milliard de dollars, poursuit trois objectifs structurants : accélérer la diversification de l’économie par l’élargissement de l’espace budgétaire, renforcer la résilience face aux chocs externes et promouvoir une croissance plus inclusive fondée sur la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption et le blanchiment des capitaux.
En parallèle, le programme FRD, doté de 1,038 milliard de dollars, inscrit la RDC dans l’agenda climatique mondial. Son objectif principal est clair : renforcer la résilience de l’économie congolaise face au changement climatique et consolider le statut du pays comme « pays solution ». Il cible la préservation des forêts, l’adaptation aux catastrophes climatiques et l’intégration du climat dans la gestion des investissements publics.
Une économie éprouvée par la guerre à l’Est
La revue du FMI intervient dans un contexte particulièrement tendu. L’aggravation de la crise sécuritaire dans l’Est, marquée par l’instabilité au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les déplacements massifs de populations et la perturbation des activités économiques, exerce une pression directe sur les finances publiques.
Les impacts budgétaires sont lourds : hausse des dépenses sécuritaires, réduction des recettes fiscales locales, augmentation des besoins humanitaires et défis accrus de gestion budgétaire. Face à ces contraintes, le gouvernement a maintenu une ligne de conduite ferme : discipline budgétaire, priorisation stricte des dépenses essentielles et renforcement de la mobilisation des recettes intérieures.
Réformes fiscales : cap maintenu malgré la baisse des recettes
Pour amortir la baisse des recettes, plusieurs mesures structurantes ont été mises en œuvre. Elles incluent la réforme de la dépense fiscale pétrolière, avec la suspension des exonérations à l’importation des produits pétroliers et l’application, dès juillet 2025, de la taxation des carburants consommés par les sociétés minières et leurs sous-traitants.
Le gouvernement a également accéléré la digitalisation des administrations financières, rationalisé les exonérations dérogatoires, étendu la télédéclaration de la TVA et relevé certains droits d’accises, notamment sur l’acide sulfurique. L’objectif est double : sécuriser les recettes et préserver la stabilité macroéconomique.
Des repères structurels globalement respectés
Sur le plan des réformes, la majorité des repères structurels ont été atteints. La généralisation de la facturation normalisée de la TVA est en cours, l’activation de la chaîne de la dépense progresse dans les ministères pilotes et les mécanismes de centralisation des données du secteur extractif sont renforcés.
Les critères quantitatifs : solde budgétaire intérieur, recettes du gouvernement central, plafonds des dépenses sociales et de la masse salariale restent sous surveillance étroite, dans un contexte marqué par des dépenses exceptionnelles liées à la sécurité.
Un satisfecit prudent, un test de durabilité
À ce stade, les décaissements cumulés atteignent 965,4 millions de dollars, dont 783,4 millions au titre de la FEC et 182 millions pour la FRD, soit un taux global de décaissement de 34,9 %. L’appui budgétaire direct s’élève à environ 130 millions de dollars.
Sur le plan macroéconomique, la croissance du PIB s’établit à 5,6 %, l’inflation moyenne recule sensiblement et les réserves de change progressent, confirmant, selon la Banque centrale, la solidité du cadre macroéconomique malgré les chocs cumulés.
En validant la deuxième revue des programmes FEC et FRD, le FMI adresse un message de confiance, mais aussi de vigilance. La RDC a démontré sa capacité à maintenir le cap des réformes dans un environnement hostile. Le défi reste désormais politique et économique : transformer cette stabilité sous contrainte en croissance durable, créatrice d’emplois et résiliente face aux crises sécuritaires et climatiques.
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