Après plus de trois décennies d’absence, la République démocratique du Congo retrouve un siège au cœur du système de sécurité collective mondiale. Pour Kinshasa, le retour au Conseil de sécurité des Nations unies n’est ni symbolique ni honorifique. Élue membre non permanent pour 2026-2027, la République démocratique du Congo entend assumer ce mandat comme une responsabilité politique majeure, au service d’un multilatéralisme exigeant. Porte-voix des priorités africaines au sein des A3, la RDC veut faire du Conseil un espace de cohérence et d’action, où les principes de la Charte des Nations unies ne restent pas déclaratifs. Au cœur de cette ambition : la crise sécuritaire dans l’est du pays, présentée comme un cas d’école des dérives actuelles du système international, marqué par l’écart entre résolutions adoptées et réalités du terrain. Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikomba-Wagner, ce mandat doit servir à réaffirmer la crédibilité du Conseil de sécurité et à exiger que ses décisions produisent enfin des effets concrets.
C’est une image forte, et un signal politique. La République démocratique du Congo a officiellement repris sa place au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, après plus de trente ans d’absence. Élue membre non permanent pour la période 2026-2027, Kinshasa entend utiliser ce siège comme une tribune diplomatique centrale, notamment pour porter la crise sécuritaire persistante dans l’est du pays.
« C’est avant tout un moment d’une grande responsabilité », a souligné Thérèse Kayikomba-Wagner, ministre congolaise des affaires étrangères. La RDC siègera au Conseil au titre des A3, le groupe des trois membres africains non permanents représentant l’Union africaine. « Cette responsabilité ne concerne pas seulement la RDC, mais l’ensemble du continent africain », a-t-elle insisté, rappelant la confiance accordée par les États membres de l’Union africaine.
Faire du Conseil un espace d’exigence
Au cœur de ce mandat : la situation dans l’est congolais. Pour Kinshasa, le retour au Conseil doit permettre de prolonger un plaidoyer déjà engagé, en inscrivant la crise congolaise dans une lecture plus large des dérives du multilatéralisme contemporain. La ministre a souligné que cette crise se caractérise par « des violations flagrantes du droit international et du droit international humanitaire », appelant à un multilatéralisme « à la hauteur des valeurs et principes de la Charte des Nations unies ».
La diplomatie congolaise entend également s’attaquer à ce qu’elle considère comme l’un des angles morts du système onusien : l’écart entre les décisions prises et leur mise en œuvre effective. L’adoption, en février, de la résolution 2773 est citée comme un tournant. Le texte mentionne explicitement le Rwanda comme acteur clé de la déstabilisation dans la région des Grands Lacs et de l’occupation illégale d’une partie du territoire congolais.
« Le Conseil de sécurité se prononce, adopte des résolutions fermes, mais nous constatons encore un fossé entre ces décisions et la réalité sur le terrain », a relevé Mme Kayikomba-Wagner. Kinshasa souhaite donc œuvrer pour que les résolutions cessent d’être « purement rhétoriques » et qu’elles retrouvent une portée contraignante, condition essentielle, selon elle, pour restaurer la crédibilité de l’organe onusien.
Une guerre d’agression
Face aux contestations de Kigali, qui rejette la qualification de « guerre d’agression », la cheffe de la diplomatie congolaise adopte un ton ferme. Elle rappelle que la situation à l’est de la RDC a été « objectivement documentée » par plusieurs mécanismes des Nations unies, notamment le Conseil des droits de l’homme et les comités de sanctions. Elle souligne également que, lors d’une récente réunion du Conseil de sécurité, les quinze membres se sont exprimés « de manière explicite » sur la responsabilité rwandaise.
Pour Kinshasa, le débat n’est plus narratif mais factuel. « C’est une réalité confirmée par de nombreux pays et instances internationales », insiste la ministre. En réintégrant le Conseil de sécurité, la RDC espère désormais transformer cette reconnaissance diplomatique en actions concrètes, et faire de son mandat un moment de bascule, non seulement pour son propre dossier, mais pour la crédibilité du multilatéralisme lui-même.
Infos27

