Le mot est resté, l’architecture a changé. En appelant désormais à un dialogue national « inclusif » sans en exiger explicitement la facilitation par les Églises catholique et protestante, Martin Fayulu acte un infléchissement stratégique majeur. Longtemps défenseur d’une médiation confiée à la CENCO et à l’ECC, le leader de l’opposition congolaise semble désormais douter de la neutralité de ces acteurs religieux. Pour le journaliste et chercheur Ambroise Mamba Ntambwe, ce glissement n’est ni anodin ni circonstanciel : il traduit la prise de conscience progressive de l’incompatibilité entre la restauration de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo et une médiation perçue comme politiquement partisane. Derrière la sémantique, une question centrale demeure : peut-on dialoguer avec tous, quand certains acteurs restent liés, directement ou indirectement, à l’agression extérieure menée par le Rwanda ?
Le changement est subtil, mais lourd de sens. Lors de sa récente prise de parole médiatique, Martin Fayulu n’a plus conditionné l’ouverture d’un dialogue national à la médiation de la CENCO et de l’ECC. Pour Ambroise Mamba Ntambwe, ce recul traduit un constat politique : l’affichage, jugé « à ciel ouvert », d’une partisannerie des prélats aurait fini par convaincre le président de l’ECiDé de l’impossibilité d’imposer une médiation religieuse acceptée par tous.
L’argument est frontal : confier la facilitation du dialogue à des acteurs soupçonnés de complaisance envers les forces d’occupation reviendrait à fragiliser la légitimité même du processus. La neutralité, condition cardinale de toute médiation, serait dès lors compromise.
L’« inclusivité », une notion désormais contestée
C’est ici que l’analyse se durcit. L’inclusivité prônée par Fayulu pose, selon Ambroise Mamba Ntambwe, un problème de fond. Intégrer des acteurs dont le « cordon ombilical » avec Kigali ne serait pas rompu équivaudrait, de facto, à ouvrir la porte du forum politique congolais à l’agresseur extérieur. Une ligne rouge.
D’où une proposition sémantique assumée : substituer le terme « inclusif » par celui d’« exclusif ». Non par rejet du pluralisme, mais par souci de cohérence nationale. Le temps d’un dialogue rassemblant indistinctement tous les acteurs serait, dans le contexte actuel, dépassé.
La crédibilité érodée des médiateurs religieux
En s’exposant politiquement, la CENCO et l’ECC auraient, selon cette lecture, sapé leur propre crédibilité. Le paradoxe est souligné : Fayulu a multiplié les prises de position publiques contre le Rwanda, allant jusqu’à demander à Joseph Kabila de quitter Goma, une exigence jamais portée par ceux qu’il appelait encore hier ses « pères spirituels ».
À terme, avertit l’analyste, l’activisme politique des Églises pourrait marginaliser Fayulu lui-même, en l’isolant au sein de l’opposition non armée et en affaiblissant sa posture de leader indépendant.
En filigrane, une alternative se dessine. En se détachant de la médiation confessionnelle, Fayulu semble ouvrir la voie à une implication accrue de l’Union africaine. Une option qui, aux yeux d’Ambroise Mamba Ntambwe, offrirait un cadre plus acceptable pour permettre aux Congolais de se parler, sans ambiguïté sur la défense de la souveraineté nationale.
Le débat est lancé. Et il engage, bien au-delà des mots, l’architecture politique de la sortie de crise congolaise.
Infos27

