Les mots sont mesurés, le constat sévère. Dans son rapport à mi-parcours, le Groupe d’experts dresse le tableau d’un Est congolais où la dynamique diplomatique peine à contenir l’escalade militaire. Au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les violences armées se sont intensifiées, la situation humanitaire s’est dégradée et les civils paient un tribut de plus en plus lourd. Malgré la signature d’accords politiques et la mise en place de mécanismes de confiance, les violations répétées des cessez-le-feu fragilisent les avancées obtenues. En toile de fond, l’émergence d’une gouvernance parallèle, l’exploitation accrue des ressources minières et l’implication régionale redessinent les rapports de force. Le rapport met en lumière une réalité dérangeante : sans respect strict des engagements et sans pression politique crédible, la paix reste un horizon lointain.
Dans l’est de la République démocratique du Congo, la situation sécuritaire s’est nettement détériorée, selon le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont été le théâtre de violents affrontements armés, tandis que les attaques contre les civils et les violences sexuelles liées au conflit se sont multipliées de façon alarmante.
Ce durcissement intervient pourtant après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, complété par une déclaration de principes à Doha. Les négociations se sont poursuivies, tant entre Kinshasa et Kigali qu’avec l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), afin de lever les points de désaccord persistants. Des mécanismes de vérification et de renforcement de la confiance ont été instaurés, notamment pour soutenir les plans de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Violations des cessez-le-feu et économie de guerre
Mais ces avancées restent fragiles. Le rapport souligne que toutes les parties ont simultanément mené des opérations de mobilisation et des offensives, en violation des engagements de cessez-le-feu. L’AFC/M23 a cherché à s’imposer comme une autorité de substitution, mettant en place des structures administratives, judiciaires et sécuritaires, et affichant l’ambition de gouverner à terme une région autonome dans l’est du pays.
Sur le terrain, l’AFC/M23, appuyée par la Force de défense rwandaise, a étendu sa campagne militaire. Après avoir consolidé son contrôle autour de Goma, elle a mené des opérations ciblant les FDLR, avec des affrontements violents et des exactions contre les civils, notamment dans les zones de Bwito et de Bwisha. Dans le Masisi et le Walikale, la prise de couloirs logistiques et de centres urbains vise l’accès aux ressources et le contrôle territorial.
Le rapport met aussi en lumière l’enjeu économique du conflit. L’AFC/M23 contrôle désormais une part significative de la production de minerais stratégiques au Sud-Kivu, après la prise de sites clés comme Nzibira et la mine d’or industrielle de Twangiza. Face à cette progression, les Forces armées de la République démocratique du Congo et les groupes Wazalendo poursuivent des opérations conjointes pour contenir l’avancée rebelle et sécuriser les axes vitaux.
En filigrane, le rapport pose une question politique centrale : sans rupture claire avec la logique militaire et sans garanties contraignantes sur le respect des accords, les efforts de médiation risquent de rester lettre morte.
Infos27

