La tentative de verrouillage judiciaire a échoué. Mardi 20 janvier 2026, la Haute Cour militaire a rejeté l’ensemble des exceptions soulevées par la défense du lieutenant-général Philémon Yav Irung, poursuivi pour trahison et incitation à la rébellion. Un arrêt avant dire droit, lourd de conséquences, qui remet le procès sur ses rails et maintient l’ancien commandant de la Troisième zone de défense en détention.
La décision marque un tournant. En déclarant recevables mais non fondées les requêtes de la défense y compris la demande de liberté provisoire pour raisons de santé, la Cour a fermé la porte à toute suspension de la procédure. Le général Yav reste sous les verrous, dans l’attente de la poursuite de l’instruction.
Une défense méthodique, une Cour inflexible
Lors de l’audience du 6 janvier, les avocats du prévenu avaient déployé un arsenal procédural : contestation de la compétence de la Haute Cour militaire, dénonciation d’une arrestation jugée arbitraire, absence alléguée d’autorisation présidentielle préalable aux poursuites, violation de la dignité humaine et du droit à la santé. Ils soutenaient également que leur client avait été maintenu en détention préventive au-delà du délai légal de douze mois, sans prorogation régulière.
La Cour n’a pas suivi. L’Auditeur général a rappelé que Philémon Yav relève naturellement de la compétence de la Haute Cour militaire et que les poursuites engagées sont conformes au droit. Il a précisé que le renvoi devant la juridiction avait été acté dès le 18 novembre 2022, et que les retards dans l’ouverture du procès étaient dus à une contrainte légale : les juges appelés à siéger devaient être d’un grade égal ou supérieur à celui du prévenu.
Des accusations au cœur de la guerre dans l’Est
Sur le fond, les charges restent lourdes. Le lieutenant-général Yav est accusé d’avoir collaboré avec des groupes armés étrangers dans un projet de déstabilisation de la République démocratique du Congo, en lien présumé avec James Kabarebe. Le dossier évoque une collusion avec l’ennemi et une stratégie visant à affaiblir l’intégrité territoriale du pays.
Un second prévenu, Tshiboko Shauri Issa, chauffeur basé à Bukavu, est poursuivi pour avoir transporté des armes et munitions destinées au groupe Twigwaneho de Makanika, allié de la coalition RDF/AFC/M23 à Minembwe. Il est également accusé d’avoir participé à des réunions clandestines, notamment à bord du bateau Emmanuel Kat, dans un projet présumé de balkanisation et d’exportation illicite de minerais vers le Rwanda via le poste frontalier de la Ruzizi II.
En ordonnant la poursuite de l’instruction, la Haute Cour militaire ouvre une phase décisive : celle des auditions et de l’examen au fond. Les peines encourues sont parmi les plus lourdes prévues par le droit militaire — jusqu’à la réclusion à perpétuité, voire la peine capitale. La défense a annoncé son intention de faire appel. Mais pour l’heure, la ligne est claire : le procès aura lieu. Et il s’annonce explosif.
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