Contre-attaque diplomatique et juridique. Dans une mise au point détaillée, le gouvernement congolais rejette l’analyse de Human Rights Watch sur la situation sécuritaire à Uvira, estimant que l’ONG isole les violences post-retrait sans les replacer dans la séquence d’occupation rwandaise. Pour Kinshasa, le cœur du problème reste inchangé : la présence de l’armée rwandaise et de ses supplétifs du M23, auteurs des exactions, de pillages et de déplacements forcés. L’exécutif refuse toute « dilution des responsabilités » et affirme que les risques actuels découlent d’un chaos sciemment entretenu par les forces de Kigali. Derrière la querelle d’interprétation, un enjeu politique majeur : ne pas placer sur un pied d’égalité l’État congolais et une force d’occupation étrangère. Une ligne rouge que Kinshasa entend défendre sur les scènes diplomatique et judiciaire internationales.
Kinshasa hausse le ton. Et choisit le terrain du droit. Deux jours après la publication d’un communiqué de Human Rights Watch alertant sur les risques encourus par les civils à Uvira, le gouvernement congolais répond point par point. Une réplique ferme. Argumentée. Presque judiciaire.
L’exécutif dit partager l’objectif de protection des civils, mais reproche à l’ONG une lecture « partielle » des événements. Se focaliser sur l’insécurité apparue après le retrait du RDF/M23 reviendrait, selon lui, à effacer la séquence précédente : celle d’une occupation armée.
Pour Kinshasa, les troubles actuels ne naissent pas d’un vide sécuritaire spontané. Ils seraient les « effets résiduels » d’un désordre organisé.
Avant leur départ d’Uvira, le 17 janvier, les forces rwandaises et leurs supplétifs ont laissé derrière eux pillages, menaces, intimidations et stigmatisations communautaires. Un climat de peur destiné à prolonger l’instabilité.
La « responsabilité première », insiste le gouvernement, incomberait donc au RDF/M23.
Refuser toute “équivalence”
La ligne politique est claire : pas question de renvoyer dos à dos l’État congolais et une force étrangère.
Kinshasa parle d’« occupation armée illégale », de violation de la souveraineté nationale et d’atteinte à l’intégrité territoriale, en référence explicite à la Charte des Nations unies et au droit international humanitaire.
Dans cette lecture, le Rwanda, en tant qu’État, serait juridiquement responsable des actes de ses forces et des groupes armés opérant sous son appui.
Les déplacements de civils, notamment au sein de la communauté banyamulenge, sont qualifiés de « transferts forcés ». Une pratique strictement interdite, susceptible, rappelle le texte, de constituer un crime de guerre, voire un crime contre l’humanité. Aucun argument sécuritaire ne saurait les justifier.
Rétablir l’autorité de l’État
Sur le terrain, le gouvernement met en avant le redéploiement rapide des FARDC, de la police et des services de sécurité pour restaurer l’ordre public.
Il affirme qu’aucun décès ni blessé n’a été signalé au sein de la communauté banyamulenge depuis le retrait du RDF/M23, attribuant cette stabilité aux « mesures de prévention ciblées » et aux appels répétés à la cohésion sociale.
Kinshasa dit également avoir relancé les institutions judiciaires afin que toute infraction relève du droit commun, et non de représailles communautaires. Message martelé : seule la justice étatique est légitime.
Un bras de fer narratif et diplomatique
Au-delà du débat sécuritaire, c’est une bataille d’interprétation. Le gouvernement se dit attaché aux mécanismes internationaux des droits humains, mais refuse toute analyse qui « diluerait les responsabilités » ou instaurerait une « non-équivalence entre l’État agressé et la force d’occupation ».
En clair : documenter les risques, oui. Mais sans occulter l’agresseur.
La RDC annonce vouloir poursuivre les voies diplomatiques, judiciaires et multilatérales pour faire reconnaître les violations et établir les responsabilités.
À Uvira, la guerre est militaire. À l’international, elle devient juridique. Et Kinshasa entend désormais la mener sur les deux fronts.
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