Il fallait commencer par là.
Par la règle.
Par la norme.
Par cette discipline silencieuse qui distingue les États organisés des territoires livrés à l’improvisation.
En lançant les travaux d’élaboration des normes nationales de construction, le gouvernement congolais s’attaque à un problème ancien : celui d’un pays où l’on construit trop souvent sans contrôle, sans cohérence et parfois sans sécurité.
À Kinshasa comme ailleurs, les images sont connues : immeubles fissurés, routes dégradées après quelques pluies, ouvrages publics fragilisés avant même leur mise en service. Derrière ces défaillances, il y a des pertes financières. Mais surtout des vies humaines.
La RDC paie depuis des années le prix du désordre urbain et de l’absence de standards techniques fiables.
La démarche portée par Judith Suminwa et John Banza mérite donc d’être saluée. Parce qu’elle touche à la racine du problème. Parce qu’elle replace l’État dans son rôle essentiel : protéger, encadrer, prévoir.
Une infrastructure n’est pas seulement du béton.
C’est une question de souveraineté.
De sécurité publique.
De crédibilité nationale.
Un pays incapable de définir ses propres normes finit toujours par subir celles des autres, souvent mal adaptées à ses réalités géographiques et climatiques.
C’est tout l’enjeu de cette réforme : construire congolais, penser congolais, normer selon les réalités du territoire congolais.
Le discours du gouvernement est cohérent. La RDC ne peut prétendre devenir une puissance régionale avec des infrastructures fragiles et une urbanisation anarchique.
Mais il faut désormais aller au-delà des ateliers.
Car l’Afrique connaît trop de réformes ambitieuses qui produisent des rapports impeccables… avant de disparaître dans les tiroirs administratifs.
La vraie bataille commence après les annonces.
Il faudra imposer ces normes. Contrôler les chantiers. Sanctionner les fraudeurs. Résister à la corruption qui prospère précisément dans l’absence de règles.
Une norme sans contrôle devient un texte décoratif.
Un référentiel sans autorité reste une brochure technique.
L’État devra aussi investir dans les compétences : former des ingénieurs, moderniser les services d’urbanisme, renforcer les structures de contrôle.
Le défi est immense. Mais, pour une fois, le diagnostic est juste. Et l’ambition nécessaire.
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