Propulsée au cœur d’une polémique par des accusations de liens présumés avec les rebelles ADF, ESCO KIVU SARL fait face à des allégations qui, à ce jour, ne reposent sur aucun élément public vérifiable. Acteur reconnu de la filière cacao à Beni, l’entreprise, qui subit elle-même les conséquences de l’insécurité dans l’Est de la RDC, apparaît davantage comme la cible d’une campagne de discrédit que comme l’objet d’accusations étayées. Retour sur les incohérences d’une mise en cause qui suscite de nombreuses interrogations.
Depuis quelques jours, des publications relayées dans certains médias et sur les réseaux sociaux tentent d’associer la société ESCO KIVU SARL aux activités des rebelles ougandais des ADF. Une accusation d’une extrême gravité qui, au-delà de son caractère spectaculaire, soulève une question fondamentale : où sont les preuves ?
Car derrière le bruit médiatique, un constat s’impose. Aucun document officiel, aucune enquête judiciaire rendue publique, aucun rapport des services compétents n’est venu étayer les allégations lancées contre cette entreprise installée à Beni et active dans l’exportation du cacao congolais.
Pour de nombreux observateurs du secteur, ces accusations ressemblent davantage à une tentative de déstabilisation économique qu’à une révélation fondée sur des faits vérifiables.
Une accusation qui se heurte à la réalité du terrain
L’une des principales faiblesses de cette campagne réside dans sa contradiction avec la réalité vécue par ESCO KIVU elle-même.
Comment une entreprise dont plusieurs activités ont été perturbées par l’insécurité pourrait-elle avoir intérêt à soutenir les auteurs mêmes de cette insécurité ?
Depuis des années, les violences attribuées aux ADF affectent profondément l’économie de la région de Beni. Les déplacements des populations, les difficultés d’accès aux zones de production et les menaces permanentes sur les opérateurs économiques ont lourdement pesé sur l’ensemble de la filière cacao.
ESCO KIVU n’a pas échappé à cette réalité. Comme de nombreux acteurs économiques locaux, elle a subi les conséquences directes de l’insécurité qui frappe cette partie du pays.
Cette simple évidence suffit à fragiliser une thèse qui peine à résister à l’examen des faits.
Un acteur majeur de l’économie locale
L’entreprise s’est imposée au fil des années comme l’un des principaux acteurs structurés du secteur cacao dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Son activité ne se limite pas à l’achat et à l’exportation. ESCO KIVU accompagne des milliers de producteurs à travers des programmes de formation portant sur les bonnes pratiques agricoles, la fermentation du cacao, la qualité des récoltes et la traçabilité des produits.
La société collabore également avec les structures publiques compétentes afin de renforcer les standards de qualité et de promouvoir une exportation conforme aux exigences nationales et internationales.
Dans une région confrontée au chômage et à l’insécurité, son implantation contribue à créer des revenus pour de nombreuses familles vivant directement ou indirectement de la filière cacao.
La lutte contre la fraude dérange-t-elle certains intérêts ?
Plusieurs acteurs du secteur n’excluent pas que ces accusations s’inscrivent dans un contexte de concurrence économique particulièrement sensible.
Depuis plusieurs années, les autorités congolaises multiplient les efforts pour lutter contre la contrebande, les exportations frauduleuses et les circuits informels qui privent l’État d’importantes recettes.
Or, l’émergence d’acteurs structurés favorisant les exportations légales et la traçabilité des produits n’est pas nécessairement du goût de tous les réseaux qui prospèrent dans l’informel.
Dès lors, une question mérite d’être posée : à qui profite réellement cette campagne de mise en cause ?
Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays, associer une entreprise à un groupe terroriste constitue l’une des accusations les plus lourdes qui puissent être formulées.
Une telle démarche exige des preuves solides, des enquêtes rigoureuses et des conclusions établies par les autorités compétentes. À défaut, le risque est grand de transformer l’espace médiatique en tribunal parallèle où la rumeur tient lieu de preuve.
Au moment où le Président Félix Tshisekedi appelle à renforcer la contribution du secteur privé au développement économique national et à faire de l’agriculture un moteur de croissance, la fragilisation d’entreprises engagées dans la production et l’exportation légales soulève également la question de la protection de l’investissement productif.
À ce jour, les accusations visant ESCO KIVU apparaissent davantage comme une offensive contre son image que comme un dossier étayé par des éléments vérifiables.
Melis Boasi

