L’accord international sur le cacao (AIC 2026), signé à Abidjan et appelé à être ratifié par la République démocratique du Congo, est présenté par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, comme un levier de transformation de la filière cacaoyère nationale. Dans une analyse détaillée, il met en avant douze retombées attendues, allant de l’amélioration des revenus des producteurs à l’accès aux financements internationaux, en passant par la certification, la traçabilité, la modernisation des infrastructures et la sécurisation des bassins de production, avec pour objectif de renforcer la souveraineté économique et la compétitivité du cacao congolais sur les marchés mondiaux.
Tribune
Cacao, stratégie et souveraineté : les 12 impacts concrets de l’accord international sur le cacao
La signature de l’Accord International sur le Cacao (AIC) 2026 à Abidjan suivie de sa ratification n’est pas qu’un succès diplomatique; c’est un bouclier et un accélérateur économique direct pour nos vaillants planteurs.
Voici 12 avantages concrets et pragmatiques :
I. Prix, revenus et lutte contre l’exploitation
1. L’application du « Revenu Vital Garanti » : L’AIC 2026 impose pour la 1ère fois des mécanismes de fixation des prix intégrant le coût de la vie décente du paysan. Nos agriculteurs ne subiront plus de plein fouet les prix de misère imposés par les intermédiaires.
2. Un pouvoir de négociation face aux acheteurs ougandais : À Beni, Mambasa et Butembo, la proximité de la frontière pousse les paysans à brader leur cacao en Ouganda. Grâce aux prix de référence internationaux vulgarisés par l’accord, le producteur congolais sait exactement ce que vaut sa récolte et peut refuser l’exploitation.
3. L’accès direct aux primes pour le Cacao Bio et Aromatisé : La Tshopo et le Grand Nord-Kivu produisent un cacao d’une qualité exceptionnelle (souvent biologique). L’accord ouvre la voie aux circuits de commerce équitable qui paient des primes de qualité (surplus financier) directement aux coopératives locales.
II. Financement, structuration et appui technique
4. En intégrant l’ICCO, la RDC accède aux fonds de développement internationaux, ce qui permettra de financer les coopératives avant la récolte, évitant que les paysans ne vendent leur production « en herbe » (à vil prix par manque de liquidités).
5. La distribution de masse de bacs de fermentation et séchoirs : Le grand défaut du cacao de Beni ou de la Tshopo est parfois le taux d’humidité ou les impuretés. L’accord finance des programmes de modernisation technique : des centres de séchage et de fermentation collectifs vont être installés.
6. Les fonds de l’ICCO appuieront le Ministère du Développement Rural pour structurer les agriculteurs isolés en coopératives solides. Unies, les coopératives de Beni ou de la Tshopo pourront exporter directement sans passer par des commissionnaires véreux.
III. Souveraineté, traçabilité et certification
7. La certification gratuite « Zéro Déforestation » (Norme UE) : L’Europe (principal acheteur) menace de bannir le cacao issu de la déforestation. L’accord prévoit un appui technique (cartographie satellite) pour certifier gratuitement que le cacao de la Tshopo, de Beni ou de Mambasa respecte les forêts, sécurisant ainsi leur accès au marché européen.
8. La fin de la dépendance aux certificateurs étrangers : Grâce au partenariat obtenu avec les Américains en marge de cet accord, des Congolais seront formés pour certifier eux-mêmes le cacao de la RDC. Cela réduit les coûts de certification qui étaient autrefois payés à des agents venus de l’étranger.
9. La traçabilité numérique et la reconnaissance de l’origine RDC : Le cacao congolais ne sera plus mélangé frauduleusement pour enrichir les statistiques des pays voisins. Le label « Cacao de Beni » ou « Cacao de la Tshopo » sera mondialement reconnu, ce qui augmente sa valeur marchande.
IV. Enclavement, logistique et sécurité
10. Partout, le cacao pourrit faute de transport rapide. L’accord soutient la construction d’entrepôts climatisés et de silos de stockage dans les grands centres pour conserver les fèves en parfait état en attendant leur évacuation.
11. L’engagement de la RDC dans cet accord accélère l’exécution du plan interministériel adopté le 08 mai 2026.
Les axes routiers reliant les bassins de production de l’Est aux ports de sortie seront réhabilités en priorité.
12. Parce que l’accord exige une chaîne d’approvisionnement stable, le Gouvernement (via l’unité mixte Police-Douane-Armée) sécurisera en priorité les pistes et les plantations congolaises contre groupes armés et coupeurs de route.
Julien PALUKU

