La lutte contre les drogues et les substances psychoactives en République démocratique du Congo s’appuie désormais sur une approche centrée sur les jeunes. Lancé lundi à Kinshasa, le projet « Des voix pour le changement » va mobiliser, jusqu’en 2028, les jeunes, les organisations de la société civile et les pouvoirs publics autour de la prévention, de la réinsertion et du plaidoyer, face à un phénomène marqué par l’apparition de nouvelles drogues artisanales.
Le projet « Des voix pour le changement : capaciter les jeunes et les organisations de la société civile pour une prévention et une réinsertion inclusives en République démocratique du Congo » a été lancé lundi à Kinshasa lors d’une table ronde réunissant des représentants des pouvoirs publics, des organisations de la société civile et des jeunes, avec l’ambition de renforcer la lutte contre les drogues et les substances psychoactives.
Porté par la Fédération mondiale contre la drogue (WFAD), avec l’appui de la coopération suédoise, ce programme de trois ans, couvrant la période 2026-2028, est également mis en œuvre au Kenya et en Ouganda.
Selon Dandy Yela, directeur-pays de la Fédération mondiale contre la drogue (WFAD), ce projet repose sur les préoccupations exprimées par les jeunes eux-mêmes.
« C’est un projet élaboré à partir de ce que les jeunes ont apporté comme éléments. Il vise à faire entendre leur voix, à les capaciter ainsi que les organisations de la société civile pour une prévention et une réinsertion réussies face aux drogues et autres substances psychoactives », a-t-il expliqué.
Il a précisé que cette initiative s’appuie sur une enquête réalisée en 2025 auprès de 1.145 jeunes dans 73 pays afin d’identifier les défis liés à la consommation de drogues et les réponses les plus adaptées.
Quatre axes d’action et une alerte sur les nouvelles drogues
Le projet s’articule autour de quatre axes principaux : la prévention, la sensibilisation, l’organisation de tables rondes d’experts destinées à formuler des recommandations aux autorités, ainsi que des formations en présentiel et en ligne accompagnées d’actions de terrain.
Au cours de son intervention, Dandy Yela a également alerté sur la multiplication des drogues artisanales et le détournement de médicaments.
Il a cité notamment les solvants, la colle, l’essence, les ossements humains ainsi que les mélanges associant tramadol, diazépam et Colpatex.
« Une épidémiologie nationale est nécessaire pour répertorier toutes les substances consommées. Sans données, sans baseline, il est impossible de mener une lutte efficace », a-t-il plaidé, appelant l’État congolais à renforcer les moyens humains, financiers et matériels du Programme national de lutte contre les toxicomanies et les substances toxiques (PNSD).
Les jeunes appelés à devenir des acteurs du changement
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective.
Le responsable du programme de l’Initiative locale pour le développement intégré (ILDI), Godefroid Mboyo, a appelé à une implication accrue du gouvernement, de la société civile et des jeunes afin de construire des solutions durables.
Il a également plaidé pour l’intégration de la lutte contre les drogues dans le paquet minimum d’activités des zones de santé ainsi que dans le système éducatif afin de renforcer la prévention de proximité.
Pour sa part, la présidente du Conseil consultatif des jeunes de la RDC (CCJ-RDC), Ruth Mbadu, a estimé que les jeunes doivent participer pleinement à l’élaboration des politiques publiques.
« Les jeunes ne doivent pas être uniquement considérés comme des bénéficiaires des politiques publiques, mais également comme des acteurs et partenaires du changement », a-t-elle déclaré.
Elle a mis l’accent sur quatre priorités : la prévention, l’éducation, l’accompagnement et la réinsertion, tout en proposant la création de conseils consultatifs de la jeunesse aux niveaux national et provincial.
« Cette table ronde est un point de départ. Elle doit se transformer en actions concrètes, en plaidoyer et en engagement pour que la voix des jeunes soit réellement entendue », a-t-elle conclu.
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