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30 octobre, 2026 - 20:18:38
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Eric Kamba : « Fayulu ne peut pas substituer la réconciliation politique au travail de la justice »

« Tout Congolais peut avoir le droit d’être entendu. Mais être entendu par la justice n’est pas la même chose qu’être réhabilité politiquement autour d’une table de dialogue. La paix ne peut devenir le mécanisme par lequel on contourne la responsabilité. » Lorsque Martin Fayulu appelle à un dialogue national incluant notamment Joseph Kabila et Corneille Nangaa, une question fondamentale doit être posée : mesure-t-il réellement la portée politique, morale et historique d’une telle proposition ? Car cette question dépasse largement Félix Tshisekedi. Elle concerne la justice, la mémoire des victimes, l’autorité des institutions et surtout le précédent que la République démocratique du Congo laissera aux générations futures. Être entendu, oui. Participer au dialogue politique, c’est autre chose.

Il faut ici établir une distinction essentielle.

Joseph Kabila et Corneille Nangaa doivent-ils pouvoir être entendus ? Oui.

Mais par qui, et dans quel cadre ?

Lorsqu’une personne est poursuivie, mise en cause ou condamnée par les juridictions de son pays, elle doit pouvoir exercer les droits que lui reconnaît la loi, présenter sa défense et utiliser les voies de recours prévues par le droit.

C’est cela, l’État de droit.

Mais être entendu par la justice n’est pas la même chose qu’être invité autour d’une table politique nationale comme si les procédures judiciaires et les graves accusations entourant les crises du pays pouvaient soudainement être reléguées au second plan.

Voilà la distinction que Martin Fayulu semble dangereusement brouiller.

Il ne peut pas se substituer aux magistrats.

Il ne peut pas décider politiquement que la réconciliation doit précéder la justice.

Et surtout, il ne peut pas transformer un dialogue national en mécanisme de réhabilitation politique susceptible de donner l’impression que la politique peut neutraliser les conséquences d’une procédure judiciaire.

Que la justice fasse son travail.

Si des personnes condamnées disposent de voies de recours, qu’elles les exercent.

Si elles doivent répondre à des accusations, qu’elles présentent leur défense.

Si elles sont finalement innocentées conformément au droit, la République devra respecter la décision de justice.

Mais ce n’est pas à Martin Fayulu de prononcer leur absolution politique.

Le Congo manque-t-il réellement de Congolais pour dialoguer ?

Il faut ensuite poser une question simple.

La République démocratique du Congo compte plus de cent millions d’habitants.

Elle possède des universitaires, des chercheurs, des organisations de la société civile, des autorités coutumières, des confessions religieuses, des femmes engagées dans la consolidation de la paix, des jeunes, des entrepreneurs, des représentants de la diaspora, des victimes des conflits, des médecins, des juristes, des diplomates, des économistes et des responsables politiques n’ayant jamais pris les armes contre leur pays.

Pourquoi faudrait-il alors présenter Joseph Kabila et Corneille Nangaa comme indispensables à l’avenir du Congo ? Ils ne le sont pas.

Martin Fayulu ne l’est pas davantage. Félix Tshisekedi non plus. Aucun homme n’est indispensable à la République.

C’est précisément cela, la République : les institutions et la nation doivent survivre aux individus.

Le Congo dispose de suffisamment d’intelligence, d’expérience et de patriotisme pour réfléchir à son avenir sans faire de quelques personnalités le passage obligé de sa reconstruction.

Quelle leçon voulons-nous transmettre aux générations futures ?