Mis en cause dans une affaire de détournement présumé de fonds publics liés à un projet carcéral à Kisangani, le ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, a exprimé mardi 17 juin son souhait de quitter le gouvernement. Le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a accepté cette décision, dans un contexte politique tendu et exigeant en matière de gouvernance. Figure de proue de la réforme de la justice et artisan de plusieurs textes de loi majeurs, l’ancien ministre quitte ses fonctions après un mandat bref mais dense. Tandis que des voix, à l’instar de l’avocat Jean-Marie Kabengela, réclament un procès public et transparent.
Le ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, a informé mardi 17 juin le président Félix Tshisekedi de sa volonté de quitter le gouvernement. Selon des sources proches de la présidence, le chef de l’État a pris acte de cette décision et devrait l’avaliser officiellement dans les prochains jours. Cette annonce intervient dans un contexte délicat, alors que l’Assemblée nationale a autorisé, deux jours plus tôt, des poursuites judiciaires à l’encontre du ministre pour des faits présumés de détournement de fonds publics.
Le dossier porte sur la gestion de crédits publics destinés à la construction d’une prison centrale à Kisangani, dans la province de la Tshopo. Saisie par le parquet général près la Cour de cassation, l’Assemblée nationale s’est prononcée dimanche 15 juin en faveur de l’ouverture d’une instruction.
Nommé en mai 2024, ce juriste de formation et ancien député s’était donné pour mission de réformer un appareil judiciaire qu’il avait lui-même qualifié, dès son arrivée au gouvernement, de « malade », en écho aux discours du président Tshisekedi sur la restauration de l’État de droit. Son passage à la tête du ministère aura été marqué par une série d’initiatives et de prises de position fortes.
Il s’était notamment illustré dans le dossier hautement sensible de la levée de l’immunité parlementaire de l’ancien président Joseph Kabila, après un réquisitoire de l’auditeur général des Forces armées de la République. Une démarche inédite dans l’histoire institutionnelle congolaise.
Du côté de la présidence, l’on souligne que « le chef de l’État prend acte de la décision du ministre, dans le respect des institutions et de la procédure ».
Dans un message publié mardi sur sa page Facebook, consulté par l’Agence congolaise de presse (ACP), Me Jean-Marie Kabengela, avocat au barreau de Kinshasa-Matete, a appelé à un procès public et retransmis en direct. « Pour l’innocence réclamée par Constant Mutamba ou sa culpabilité soutenue par le procureur général, le peuple exige un procès public et radiotélévisé en direct afin que tout soit apprécié à sa juste valeur », a-t-il écrit. Une requête qui illustre les attentes d’une partie de l’opinion quant à la transparence du processus judiciaire.
Pour ses proches, Constant Mutamba quitte ses fonctions « la tête haute », après avoir, selon eux, « rendu de nobles et loyaux services à la République ». Respectueux de la légalité républicaine, il devrait adresser dans les tout prochains jours une correspondance officielle au président de la République et à la Première ministre Judith Suminwa.
En un peu plus d’un an à la tête du ministère de la Justice, Constant Mutamba a porté plusieurs réformes et initiatives notables : la bancarisation des frais judiciaires ; l’injonction de poursuites contre des magistrats et fonctionnaires pour abandon de poste ; la relance du débat sur la peine de mort pour les détournements de deniers publics ; la rédaction de projets de loi sur la création d’un parquet financier, la réforme de l’ordre judiciaire, le Conseil supérieur de la magistrature, le statut des magistrats et l’organisation du barreau ; une posture ferme dans le débat sur la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, plaidant pour l’intégration du ministre de la Justice en son sein ; la gestion des tensions liées au surpeuplement carcéral et aux mouvements sociaux dans la magistrature ; la tenue des états généraux de la justice ; l’organisation d’une collecte nationale d’offrandes en faveur des groupes d’autodéfense populaire (Wazalendo) opérant dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Une séquence qui s’achève sur fond d’incertitudes judiciaires, dans un climat politique marqué par une exigence accrue de reddition des comptes.
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