En s’affichant en première ligne du 17ᵉ Sommet des affaires États-Unis – Afrique, qui s’est ouvert à Luanda ce 23 juin, le président congolais Félix Tshisekedi confirme une orientation désormais claire : faire de la République démocratique du Congo non plus un simple réservoir de matières premières, mais un pilier de la souveraineté industrielle africaine. Face à des partenaires américains en quête de nouveaux équilibres économiques sur le continent, Kinshasa veut incarner une Afrique qui transforme, qui exporte de la valeur ajoutée et qui dialogue d’égal à égal. À travers le corridor de Lobito — projet logistique d’envergure soutenu par Washington —, la RDC entend s’imposer comme une plateforme d’intégration régionale et un acteur stratégique des grandes mutations géoéconomiques. Une posture assumée, à l’heure où le continent devient le théâtre d’une compétition ouverte entre les grandes puissances.
La République démocratique du Congo n’est plus un simple figurant dans les grands rendez-vous internationaux. En prenant part ce lundi 23 juin au 17ᵉ Sommet des affaires États-Unis – Afrique, qui s’est ouvert à Luanda, en Angola, le président Félix Tshisekedi affirme avec constance sa volonté de placer la RDC au cœur des reconfigurations économiques mondiales. Organisé par le Corporate Council on Africa, ce sommet réunit plus de 1 500 délégués, chefs d’État, responsables américains de haut niveau et capitaines d’industrie.
Une diplomatie économique de poids
Placée sous le thème « Les voies de la prospérité : une vision commune du partenariat entre les États-Unis et l’Afrique », la rencontre de Luanda incarne une nouvelle ambition : passer de la rhétorique de l’aide au développement à une coopération d’affaires assumée. Pour Félix Tshisekedi, cette plateforme de dialogue est l’occasion de démontrer que la RDC, forte de ses ressources stratégiques et de sa position géographique, peut être un acteur-clé du commerce intercontinental et des chaînes de valeur industrielles.
« La République démocratique du Congo veut s’imposer comme un partenaire fiable, non plus seulement fournisseur de minerais, mais puissance de transformation », confie un diplomate congolais présent sur place. Un message que le président congolais devrait marteler ce mardi lors de son intervention très attendue sur le projet du Corridor de Lobito.
Le corridor de Lobito, vecteur d’intégration et d’influence
Ce projet d’infrastructure, soutenu par Washington via le Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII), vise à relier par rail les régions minières de la RDC et de la Zambie aux ports angolais de l’Atlantique. Bien plus qu’un simple axe logistique, il s’agit d’un levier stratégique pour l’intégration régionale et pour l’ancrage industriel du continent. À travers lui, Kinshasa entend promouvoir des partenariats durables, ancrés dans la souveraineté des États et dans la création de valeur locale.
« Le corridor de Lobito, c’est une colonne vertébrale économique qui peut redéfinir le rôle de l’Afrique centrale dans les échanges mondiaux », résume un expert angolais des relations internationales. De nombreuses firmes américaines, déjà positionnées sur les segments du transport, de l’énergie verte et des technologies, suivent de près les annonces qui sortiront des panels techniques de Luanda.
Des signaux politiques observés à la loupe
La présence de Félix Tshisekedi aux côtés de ses homologues gabonais, angolais, malgache ou encore namibien, envoie également un message politique fort : la RDC entend consolider son image de pays stable, en transition économique maîtrisée, capable de nouer des partenariats à long terme. À l’agenda du chef de l’État figurent plusieurs rencontres bilatérales, notamment avec le conseiller Afrique du président Trump, Massad Boulos, dans un contexte où l’avenir de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) — accord phare des relations commerciales USA-Afrique — reste incertain à l’approche de son échéance en septembre 2025.
Alors que la Chine annonce de son côté une exonération quasi totale des droits de douane sur les importations africaines, les États-Unis tentent de rééquilibrer leur présence économique sur le continent. Pour Kinshasa, ce jeu de puissances représente une opportunité, à condition de défendre une stratégie claire : industrialisation, diversification et montée en gamme.
Une présence qui n’est plus symbolique
Il est loin le temps où la RDC n’était évoquée qu’en marge des grandes conférences africaines. À Luanda, sa participation est active, ciblée et stratégique. Félix Tshisekedi ne cherche pas simplement à être entendu : il veut coécrire les prochaines pages des relations afro-américaines, sur la base d’un partenariat gagnant-gagnant.
Dans cette Afrique qui se redessine entre ambitions locales et rivalités globales, la RDC se sait attendue. Et elle entend bien répondre présente.
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