Sur les étals de Kananga, les paniers se vident plus vite que les bourses. Depuis plusieurs jours, les prix des denrées alimentaires grimpent dans la capitale du Kasaï-Central, accentuant la pression sur des ménages déjà fragilisés par la conjoncture économique. Symbole de cette flambée : l’anguille, poisson populaire et bon marché hier encore, dont le tarif a été multiplié par quatre ou cinq en quelques semaines. Rareté de l’offre, baisse des prises, dégradation des zones de pêche : les vendeurs évoquent une chaîne d’approvisionnement grippée. Pour beaucoup d’habitants, un aliment du quotidien bascule ainsi du côté des produits inaccessibles.
Sur les marchés de Kananga (Kasaï-Central), les prix ne se négocient plus. Ils s’imposent. Depuis plusieurs jours, une hausse marquée des denrées alimentaires est observée dans la capitale provinciale. Manioc, légumes, poisson : tout augmente. Mais un produit cristallise les conversations : l’anguille.
Longtemps considérée comme une source de protéines abordable, elle devient rare. Et chère.
Selon des consommateurs rencontrés au marché de Kamayi, le poisson qui se vendait entre 1 000 et 1 500 francs congolais s’affiche désormais entre 5 000 et 6 000 FC, selon la taille. Une multiplication par quatre, parfois davantage.
Pour de nombreux ménages, l’achat devient exceptionnel. « Avant, on en prenait pour la famille sans réfléchir. Aujourd’hui, c’est un luxe », confie une cliente, panier vide à la main.
Une offre en baisse
Les vendeuses parlent d’abord de pénurie. Les quantités livrées diminuent. Les arrivages sont irréguliers.
Certaines pointent la dégradation des zones de pêche. La pollution de plusieurs cours d’eau aurait réduit les prises, fragilisant toute la chaîne d’approvisionnement. Moins de poisson, donc des prix plus élevés. Un mécanisme simple. Mais brutal.
Cette tension sur l’offre intervient dans un contexte économique déjà difficile. À Kananga, où une grande partie des revenus provient du secteur informel, la moindre hausse alimentaire pèse immédiatement sur les budgets.
Résultat : les ménages ajustent. On réduit les portions. On remplace le poisson par des alternatives moins coûteuses. On renonce parfois.
Plusieurs acteurs locaux appellent à des mesures de protection environnementale et à un soutien accru aux pêcheurs pour sécuriser la production.
Car derrière l’anguille, c’est toute une économie qui vacille : celle des pêcheurs, des mareyeuses et des familles dépendantes du commerce quotidien.
À Kananga, la flambée des prix n’est plus une statistique. Elle se lit sur les étals. Et dans les assiettes.
Stony Mulumba, correspondant à Kananga

