82.78 F
Kinshasa
17 avril, 2026 - 15:11:54
Image default
Flash InfosLa unePolitiqueSécurité

Goma : derrière la frappe de drone, les incohérences du récit de l’AFC/M23 

À peine la frappe de drone survenue mercredi 11 mars à Goma avait-elle retenti que l’AFC/M23 s’empressait déjà d’en désigner le coupable : Kinshasa. Une accusation instantanée, martelée avant toute enquête et reprise avec une assurance déconcertante par les responsables du mouvement rebelle soutenu par le Rwanda. Mais derrière ce récit soigneusement construit, les incohérences s’accumulent. Chronologie confuse des annonces, certitudes techniques proclamées en quelques minutes, communication synchronisée sur les réseaux sociaux : autant d’éléments qui fragilisent la version servie par les occupants de Goma. Pour de nombreux observateurs, cette précipitation ressemble moins à une quête de vérité qu’à une tentative de manipulation destinée à orienter l’opinion internationale. Dans une région où la guerre se joue aussi sur le terrain de la propagande, certains soupçonnent une mise en scène visant à provoquer l’indignation occidentale et à détourner l’attention du rôle central de Kigali dans la déstabilisation persistante de l’est de la RDC.

Une frappe de drone survenue mercredi 11 mars à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, a fait au moins trois morts, dont une humanitaire française travaillant pour l’Unicef. L’incident, immédiatement attribué au gouvernement congolais par la rébellion AFC/M23 qui occupe la ville depuis janvier 2025 avec l’appui du Rwanda, soulève toutefois de nombreuses interrogations tant sur les circonstances de l’attaque que sur la rapidité avec laquelle les rebelles ont désigné un responsable.

Selon les autorités de facto installées par l’AFC/M23 à Goma, un drone aurait frappé une habitation située dans le quartier Katindo, non loin du lac Kivu. L’attaque a coûté la vie à Karine Buisset, employée française de l’Unicef, ainsi qu’à deux civils congolais dont les identités n’ont pas été immédiatement rendues publiques.

Des témoins sur place ont évoqué deux explosions successives. D’après ces sources locales, l’un des drones se serait abîmé dans les eaux du lac Kivu tandis que l’autre aurait touché un immeuble résidentiel situé à proximité de la résidence d’Olive Lembe Kabila, épouse de l’ancien président Joseph Kabila. Des informations relayées par plusieurs médias indiquent par ailleurs que ce dernier se trouverait actuellement à Goma, ville passée sous contrôle rebelle depuis plus d’un an.

Mais à peine les explosions entendues, les responsables de l’AFC/M23 se sont empressés de désigner Kinshasa comme responsable de l’attaque. Une accusation formulée alors même qu’aucune enquête indépendante n’avait encore été menée et que les circonstances exactes de la frappe demeuraient floues.

Cette précipitation alimente les doutes de nombreux observateurs. Sur les réseaux sociaux, plusieurs responsables du mouvement rebelle ont évoqué presque simultanément une attaque de drones attribuée aux Forces armées de la RDC, parfois avant même que les premières confirmations de l’explosion ne circulent.

Une anomalie qui interroge : comment les dirigeants de l’AFC/M23 ont-ils pu annoncer avec autant de certitude la nature et l’origine de l’attaque alors que les faits venaient à peine de se produire ?

Plus troublant encore, l’un des responsables politiques du mouvement rebelle a affirmé, moins de deux heures après l’incident, que le drone impliqué serait de fabrication chinoise et aurait été lancé depuis des positions contrôlées par Kinshasa. Une conclusion formulée sans qu’aucune analyse technique de l’appareil n’ait été rendue publique.

Ces déclarations rapides contrastent avec l’absence d’éléments matériels clairement établis sur le terrain. Des sources locales indiquent notamment que les traces visibles autour de la résidence touchée ne correspondent pas forcément à l’impact classique d’un projectile aérien venu de l’extérieur.

Dans ce contexte, certains analystes soupçonnent une possible mise en scène destinée à orienter l’opinion publique et à discréditer les autorités congolaises.

Depuis plusieurs semaines, l’AFC/M23 traverse en effet une période délicate sur le plan militaire et diplomatique. Les forces loyalistes congolaises ont récemment annoncé avoir abattu deux drones de l’armée rwandaise dans la zone de Mikenge, dans le Sud-Kivu, mettant en lumière l’implication directe de Kigali aux côtés de la rébellion.

Par ailleurs, plusieurs attaques revendiquées par le mouvement rebelle ont visé l’aéroport de Bangoka à Kisangani, dans la province de la Tshopo, illustrant l’extension du conflit bien au-delà du Nord-Kivu.

Dans ce contexte de pression accrue, certains observateurs estiment que la création d’un incident impliquant une victime occidentale pourrait servir les intérêts de Kigali et de ses alliés rebelles en cherchant à susciter l’indignation internationale contre Kinshasa.

L’hypothèse d’une instrumentalisation politique n’est pas nouvelle dans la région des Grands Lacs, où les conflits armés se doublent souvent d’une guerre de communication destinée à influencer les perceptions diplomatiques.

Pendant ce temps, la communauté internationale appelle à la retenue et à la transparence. Le président français Emmanuel Macron a confirmé la mort de la ressortissante française et appelé au respect du droit humanitaire.

« Nous appelons au respect du droit humanitaire et des personnels qui sont sur place et qui s’engagent pour sauver des vies », a-t-il déclaré dans un message publié sur le réseau X.

La commissaire européenne chargée de la gestion des crises, Hadja Lahbib, a également rappelé que « toutes les parties doivent respecter leurs engagements », tandis que le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a dénoncé « la multiplication de ce type d’attaques en violation du cessez-le-feu ».

De son côté, l’Organisation des Nations unies a condamné l’escalade de la violence et appelé à l’ouverture d’une enquête « rapide, indépendante et crédible » afin d’établir les responsabilités.

« Il est nécessaire de faire toute la lumière sur les circonstances de cet incident, d’identifier les responsables et de les traduire en justice », a indiqué Bruno Lemarquis, représentant intérimaire de l’ONU en RDC.

Pour de nombreux Congolais, toutefois, la question essentielle demeure : comment une frappe de drone a-t-elle pu se produire en plein cœur d’une ville contrôlée militairement par l’AFC/M23 et ses alliés rwandais ?

Dans une ville sous occupation rebelle depuis plus d’un an, où les mouvements aériens et terrestres sont étroitement surveillés, l’hypothèse d’une opération extérieure menée sans détection préalable suscite un scepticisme croissant.

Au-delà des accusations et des récits contradictoires, la mort de l’humanitaire française et de deux civils congolais constitue avant tout un drame humain qui exige vérité et justice.

Mais dans l’est de la RDC, où la guerre se mène autant sur le terrain militaire que sur celui de l’information, une certitude demeure : la bataille du récit est désormais aussi stratégique que celle des armes.

Infos27

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus