Présentée jeudi 10 septembre à Kinshasa, l’évaluation à mi-parcours du Centre de recherche d’études évaluatives de l’Université de Kinshasa (CREEUK) juge pertinente la construction de la rocade sud-ouest et sud-est, tout en mettant en garde contre ses fragilités techniques, financières et environnementales.
Le projet de rocade qui doit relier l’ouest et le sud-est de Kinshasa avance, mais son achèvement ne suffira pas, à lui seul, à résoudre les difficultés de mobilité de la capitale congolaise. C’est l’un des principaux enseignements du rapport d’évaluation à mi-parcours présenté, jeudi 10 septembre, par le Centre de recherche d’études évaluatives de l’Université de Kinshasa (CREEUK).
Réalisée sur fonds propres par une équipe de chercheurs, l’étude entend fournir aux autorités des éléments d’appréciation sur l’état d’avancement de cette infrastructure stratégique. « Nous avons relevé ce qui ne marche pas dans la construction de ces rocades pour que les autorités compétentes en tiennent compte », a expliqué Mamitsho Masano, coordinatrice adjointe du CREEUK, lors de la présentation du rapport après le mot de bienvenue du Cordonnateur du centre, le Professeur Joël Lisenga, par visioconference.
Une infrastructure jugée pertinente
Longue d’environ 73 kilomètres, la rocade sud-ouest et sud-est doit relier Mbudi à l’aéroport international de Ndjili. Inscrite dans le cadre du contrat Sicomines renégocié en 2024 entre la République démocratique du Congo et les entreprises chinoises, elle est présentée comme un outil destiné à désengorger les principaux axes de la capitale et à désenclaver ses quartiers périphériques.

Sur le principe, le CREEUK considère le projet comme pertinent. Mais les chercheurs soulignent que son efficacité dépendra largement de son articulation avec le reste du réseau routier. Sans voies secondaires permettant aux habitants des quartiers riverains d’y accéder, la nouvelle infrastructure risque de ne profiter que partiellement aux populations qu’elle est censée desservir.
L’avancement physique global des travaux est estimé entre 50 % et 55 %, selon plusieurs sources indépendantes mobilisées par les chercheurs. Le CREEUK précise toutefois qu’il s’agit d’une estimation indicative et non d’un relevé métrique officiel.
Le drainage au cœur des inquiétudes
C’est sur le terrain technique que le rapport se montre le plus vigilant. Le drainage et l’assainissement constituent, selon les chercheurs, l’un des principaux points de fragilité du chantier. Certains experts consultés redoutent un éventuel sous-dimensionnement des ouvrages destinés à évacuer les eaux, notamment dans les secteurs marécageux.
Une faiblesse de ce type pourrait compromettre, à terme, la durabilité de la chaussée. Pour le CREEUK, la question mérite donc une attention particulière avant la finalisation des travaux.
Le chantier doit par ailleurs composer avec le déplacement des réseaux des concessionnaires, les opérations d’expropriation et les indemnisations. Le rapport relève néanmoins l’existence d’un dispositif de contrôle de la qualité associant notamment la Mission de contrôle et l’Agence congolaise des grands travaux.
Une facture qui appelle davantage de transparence
Le volet financier fait également partie des sujets soulevés par l’évaluation. Le coût déclaré de l’ouvrage atteint environ 395,94 millions de dollars pour 73 kilomètres, soit près de 5,42 millions de dollars par kilomètre.
Le CREEUK se garde cependant d’en déduire une quelconque mauvaise gestion. La comparaison avec certaines références régionales ne suffit pas, selon les chercheurs, à établir une anomalie. Ils recommandent plutôt un accès plus large aux informations contractuelles et financières afin de permettre une analyse documentée des coûts.
À court terme, le centre préconise également le renforcement des ouvrages d’assainissement et la création d’un mécanisme de gestion des plaintes. À moyen terme, il insiste sur le financement des routes de raccordement et sur la nécessité de garantir des ressources pérennes pour l’entretien de l’infrastructure.
Au-delà de la seule construction de la rocade, l’évaluation pose ainsi la question de son intégration durable dans une métropole confrontée à une croissance rapide et à une saturation chronique de ses axes de circulation. Pour le CREEUK, la réussite du projet se mesurera moins à l’achèvement du chantier qu’à sa capacité à transformer concrètement les déplacements dans l’ensemble de Kinshasa.
Infos27

